Fernando de Amorim
Paris, le 17 mars 2026
La défense de la psychanalyse ne se fait pas en tapant sur des casseroles ou en criant à tue-tête. Ces formes d’expression sont d’une stérilité juvénile ou d’un amateurisme sans nom. Bien évidemment, les analystes ne font pas cela, ils sont plus discrets. Cependant, le résultat est le même, à savoir : rien d’effectif. Les tribunes et les pétitions en défense de la psychanalyse ne défendent ni la psychanalyse ni même leurs auteurs. Comment défendre la psychanalyse ? En retournant sur le divan. Je vise ici les analystes. Peut-être pourront-ils un jour devenir psychanalystes et occuper la position d’objet a. L’autre possibilité est d’aller vers le divan pour que, diplômé, l’être puisse découvrir qu’il désire devenir psychanalyste ou tout au moins adulte. Je vise ici les jeunes étudiants en psychiatrie, psychologie, médecine.
Comment parler à un politicien ? En arrivant en masse, en bloc compact, avec l’autorité et la dignité cliniques de ceux qui assurent. Les analystes sont loin du compte. Ils se présentent tantôt en tant que philosophes, tantôt en tant que psychologues, et à la toute fin de la présentation de leurs titres universitaires, le mot psychanalyste pointe son nez comme le ténia accroché à l’anus d’un ours qui a bouffé trop de saumon.
La psychanalyse n’opère pas avec la parole, contrairement à ce que dit l’analyste. Quelle plate manière de s’exprimer ! Elle opère avec le signifiant. Par ailleurs, il n’existe pas de remboursement des soins psychanalytiques. La psychothérapie ou la psychanalyse assurée par un psychanalyste doivent être payées par le patient ou le psychanalysant. Ce qui fonde la psychanalyse, c’est que l’être devienne sujet. Ainsi, quand quelqu’un d’autre paie le traitement (Sécurité sociale, mutuelle, parent, petit ami, épouse), cela bouleverse la construction de sa subjectivité. Des bricolages sont possibles, mais ils vont dans le sens contraire de ce qui est proposé à la Consultation Publique de Psychanalyse (CPP) : le patient paie selon ses moyens et une telle démarche ne lèse économiquement pas le clinicien. Ma proposition selon laquelle « la consultation à la CPP, Consultation Publique de Psychanalyse, pourra être gratuite » était impossible jusqu’à Lacan. Mais avec les séances lacaniennes, la solution se fait jour. La preuve en est que les cliniciens du RPH gagnent correctement leur vie : ils sont mieux rémunérés, dès le début de leur exercice clinique, qu’un psychiatre ou un psychologue, sans pour autant abandonner l’engagement avec le social propre à Hippocrate, Freud et Lacan.
La seule psychothérapie qui tienne la route est celle conduite par un psychanalyste qui accepte d’occuper la position de psychothérapeute. Il accepte car l’être occupe la position de malade ou de patient. La psychothérapie est l’antichambre d’une psychanalyse. Un psychothérapeute professionnel est quelqu’un qui fait semblant de conduire une cure sans avenir, ce qui ne l’empêche pas de signer des feuilles de remboursement et de gagner son pognon. Il gagne sa thune, mais il ne fait pas de clinique. Il le sait et je sais qu’il sait que je sais. Ce n’est pas de l’escroquerie, mais il n’y a ni l’honneur ni la joie du travail bien fait.
Tout le bla bla autour du malaise dans la civilisation est un divertissement pascalien. Au lieu de retourner sur le divan afin d’acquérir l’autorité nécessaire pour participer à la discussion sur la civilisation et, avec elle, sur la France – un îlot civilisé, entouré d’un océan de Moi barbares – l’analyste préfère dénoncer le trou dans la culotte des autres tout en s’abstenant de repriser la sienne. Le monde a besoin du psychanalyste pour signaler que l’absence de l’Autre barré (Ⱥ) ainsi que la présence toxique du Moi et de ses organisations intramoïques détruisent le beau. Une telle destruction existe depuis que le Moi est Moi, mais la différence est que, depuis Freud, il est désormais possible de ralentir sa progression. La clinique de la dignité est à portée de main : elle se nomme psychanalyse. Ce qui manque, ce sont des psychanalystes. Ces derniers doivent savoir se protéger et indiquer les voies possibles et nouvelles pour que l’être devienne sujet et construise, malgré la toxicité ambiante (sur un îlot, il y a aussi des vipères), sa responsabilité de conduire aussi sa destinée.
Il est vrai que le cerveau et l’inconscient n’ont rien en commun. Il me faut maintenant argumenter. L’inconscient avec un « i » minuscule est celui de Lacan ; il est structuré comme un langage. Dans l’Inconscient avec un « I » majuscule baignent tout l’appareil psychique freudo-lacanien, le corps et l’organisme. Le psychanalyste n’a accès qu’au retour du refoulé, l’autre nom du savoir inconscient. Comme indiqué ci-dessus, il fait donc référence à la partie inconsciente du Moi. À la rencontre du retour du refoulé, le Moi-mère découvre, avec un εὕρηκα et grâce à ses associations libres, qu’il existe de la vie au-delà de ses frontières. Ce moment de joie et de surprise autorise le Moi, au nom du transfert, à accepter l’invitation à la castration de la part du clinicien. Évoquer le désir n’est pas suffisant. Le désir est l’objet d’étude de la psychanalyse, le désir est la pulsion portée par le signifiant. Cependant, le désir à la sortie d’une psychanalyse est barré (đ). Le désir barré porte le sujet qui parle et fait ce qu’il dit. Le désir barré est le fruit d’années de castration symbolique et d’association libre. Une telle opération n’engage que l’être et ne peut pas être portée par la contribution généreuse d’autrui, qu’il s’agisse du contribuable ou de son partenaire. Ainsi, les douze séances remboursées décrétées par le président de la République indiquent qu’il n’a pas su s’entourer des bonnes personnes.
Il n’existe pas de psychologue formé par la psychanalyse. Quelqu’un qui est formé par la psychanalyse est psychanalyste. Même remarque concernant la croyance en un psychiatre qui se réfère à la clinique analytique. Une telle aliénation du Moi est aussi enchaînante qu’une chaîne de saucisses au collier d’un chien.
Les discours qui font emprise sur le corps font-ils disparaître le sujet ? Non, car ce n’est pas humain de désirer que l’être devienne sujet. Comment penser que quelqu’un peut devenir sujet quand le cadeau de bienvenue des majeurs (ce qui est différent des adultes) est de couper un bout du zizi de l’enfant, de le qualifier d’idiot quand il n’a que trois ans ou de coudre les lèvres du sexe de la surnommée pisseuse ?
Avec des discours d’un tel niveau, les analystes font de la suggestion en pensant œuvrer pour la psychanalyse. Sans aucun doute, à leur mort, iront-ils comme Chuck Norris au Ciel, ce lieu fait pour les innocents. Penser que les attaques contre la psychanalyse ne reviendront pas, que l’accalmie est durable, c’est penser comme un Sahraoui. Le quotidien d’un psychanalyste est sur le bateau, soit sur l’eau propre au fleuve, soit sur l’eau propre à l’océan. Autrement dit, l’accalmie ne fait pas bouger le bateau. Si elle dure, c’est la mort assurée. Pas d’accalmie, donc, pour le psychanalyste. Pour ceux qui trouvent le spectacle de l’Inconscient, de l’inconscient, de la pulsion et du désir trop barbare, qu’ils quittent le bateau et rentrent à la nage. La société ne rêve pas de contrôle car elle est une société humaine. C’est le discours sociétal qui est aveugle et qui fantasme contrôle et assujettissement. Ce discours est porté par le Moi. Pour l’examiner, le clinicien doit occuper la position de psychanalyste. Hors de cette position, il ne fera pas le poids : le Réel et l’Imaginaire sont des registres puissants et l’être n’a pas les instruments – qui sont différents des armes – pour y faire face. La psychanalyse prépare au monde grâce à la castration symbolique, produit de l’Autre barré (Ⱥ). Grâce à sa psychanalyse (Ψα), l’être (e) prend ses distances d’avec autrui (a’’’ ≠ a), c’est-à-dire de son Moi (a), de ses organisations intramoïques, à savoir la résistance du Surmoi ou RésiduS (⋔), et de l’Autre non barré (A). Pendant sa psychanalyse, l’être construit son désir (d), désir qui jusqu’à présent était le désir de l’Autre. En construisant sa subjectivité pendant sa psychanalyse, son désir devient barré (đ), porté par un être barré (ɇ). À la sortie de psychanalyse, l’être barré devient sujet (s), habilité à construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée. Voilà le cheminement pour devenir sujet.
Le psychanalyste ne délègue pas le transfert, il le supporte et parfois il le porte. Ce transfert n’est pas plus lourd que la main d’un enfant, comme l’écrit le poète. Une telle opération est possible grâce à ce que j’avais nommé les séances lacaniennes.
Le diagnostic est utile pour le clinicien car il est une balise lui permettant de savoir par où conduire la cure. Je ne pense pas que les chercheurs de FondaMental et de French Minds fassent de la recherche scientifique humaine, même avec 80 millions d’euros à disposition ; le programme Propsy, en utilisant la méthode horizontale et non la méthode verticale que je propose, me fait penser qu’il y a fausse route silencieuse – comme disent les ORL – dans l’air. J’entends par humain l’être au sens d’Aristote. Ils font des recherches avec de l’organisme humain, recherche qui servira à nourrir le Moi et son aliénation structurelle. Je ne me sens pas bouleversé par leur idéologie biologique, organique, tout comme je n’ai jamais été touché par les techniques de dressage du Moi proposées par les psychologues et psychiatres comportementalistes. Je pense que devenir sujet n’est pas pour tous les humains. Dans les années 1970 et 1980, on disait que la psychanalyse était une clinique réservée aux riches. Avec la CPP, j’ai démontré que la difficulté ne se trouve pas du côté financier mais du côté du désir, désir de devenir sujet et de se contenter d’avoir un désir barré. C’est cela qui n’est pas pour tous les humains.
L’avertissement de Freud – Qui cède sur les mots cède sur les choses – ne produit aucun effet sur des oreilles sourdes et des yeux aveugles quand le signifiant psychanalyse devient le mot analyse et qu’on se gargarise de ne pas se vendre au maître pour un plat de lentilles tout en prétendant rester dans la droite ligne de la subversion consubstantielle à la vraie psychanalyse, alors même que, pour rester debout et se maintenir en vie, l’institution analytique touche des subventions. Au RPH, pas d’argent public : seul l’argent de ses membres maintient l’École en ordre de marche.
La psychanalyse avance, tel un bateau, grâce aux coups de rames du psychanalysant sous forme d’associations libres. Elle ne s’oriente pas avant tout des symptômes. Les symptômes sont des expressions du Moi. Le clinicien apaise le Moi pour que celui-ci, au nom du transfert, accepte de se dégonfler de son aliénation structurelle, de sorte que l’être ait la possibilité de quitter sa lâcheté structurelle et de se mettre au travail de devenir sujet, unique raison valable d’être en vie pour un humain.
Une école d’analystes qui sensibilise et mobilise l’opinion opine du chef. Ce qui est attendu d’une école de psychanalystes, c’est qu’elle indique à ses membres quand ils quittent la voie de la construction de la position de sujet. Sans cela, effectivement, l’école est malade. Les premiers adversaires de la psychanalyse sont les analystes. Ils portent un désir, c’est une évidence. Mais ce désir part dans tous les sens (d), alors que le désir du psychanalyste, dans la position de sujet (s), est un désir barré (đ).
Si les astrologues ne prennent pas de risques, les analystes prennent des risques mesurés. Ils ne lâchent pas la garantie du salaire à l’université ou à l’hôpital. Ils peuvent même vendre leurs titres universitaires une fois à la retraite, histoire d’arrondir leurs fins de mois. Pas bête ! dirait Guitry. Mais cela ne fait pas position de psychanalyste. Ainsi, leurs énoncés, leurs défenses de la psychanalyse, sont des énoncés qui n’apportent aucun risque. Comment distinguer, parmi les propositions d’une psychanalyse, celles qui sont scientifiques de celles qui ne le sont pas ? Bien évidemment, ce n’est pas le psychanalyste qui parle de la psychanalyse : c’est le psychanalysant. Pour cette raison, le seul témoignage valable de la scientificité d’une psychanalyse est celui d’un psychanalysant, qui plus est lorsqu’il exerce aussi en tant que psychanalyste. Cependant, ce témoignage sera toujours le sien, celui de sa psychanalyse. Un couard ne fait pas science. Popper affirme qu’une proposition scientifique est falsifiable, c’est-à-dire énoncée de telle façon que, si elle était fausse, son caractère erroné pourrait être repéré et démenti. J’attends la preuve qu’une psychanalyse n’est pas scientifique. D’ici là, il faut continuer à nourrir la psychanalyse, car c’est grâce à elle que beaucoup de patients sont encore de ce monde, sans qu’il s’agisse d’un acharnement thérapeutique mais de la construction de leur position de sujet, que leur Moi soit de structure névrotique, psychotique ou perverse. Il est possible d’exposer une psychanalyse à une réfutation expérimentale par le psychanalysant devenu sujet et à la sortie de sa psychanalyse. C’est à la sortie de sa psychanalyse que le psychanalysant, devenu sujet et témoignant dans cette position, pourra affirmer ou réfuter la capacité de sa psychanalyse à résoudre sa souffrance. Autrement dit, d’affirmer ou de réfuter la capacité propre au désir de savoir du psychanalysant et au désir de psychanalyste du clinicien de construire un canal afin de dévier la libido qui nourrissait auparavant les symptômes et de nourrir dorénavant la construction de son désir barré, pour que la psychanalyse puisse ainsi naviguer jusqu’à bon port. Jusqu’à présent, la psychanalyse a souffert de la lâcheté des analystes, qui se cachent pour ne pas témoigner de leur clinique. Mais l’analyste ne le peut pas vraiment, car la clinique dont il peut véritablement témoigner est la sienne, en tant que psychanalysants. En exposant sa psychanalyse personnelle, il risque de montrer qu’il n’est pas sorti de psychanalyse. Par conséquent, son affirmation selon laquelle il occupe la position de sujet (s) et qu’il a occupé la position de psychanalyste ($) risque d’être démentie lors de la passe du RPH.
Quand je témoigne publiquement de mon exercice clinique et que je demande à ce que mes dires soient enregistrés, je m’expose et ainsi je peux être démenti. Je fais avancer la science psychanalytique en proposant des améliorations techniques sur la manière d’interpréter les rêves, sur le passage du fauteuil au le divan, sur les repères qui vont des entretiens préliminaires à la psychothérapie comme la descente d’un fleuve, sur ce qu’est une psychanalyse, sur la manière dont se comporte le Moi face à la Mer d’Œdipe dans le cas de la névrose, de la psychose ou de la perversion, sur l’accostage propre au Moi névrotique, psychotique ou pervers et indiquant la sortie de psychanalyse. Ces techniques sont mises à l’épreuve à chaque séance et c’est ce qui me permet d’affirmer que la psychanalyse est robuste. C’est le marin de pédiluve qui n’est pas apte à diriger un radeau de bois comme à prendre la barre de la France libre. La psychanalyse peut être efficace pour apaiser, voire guérir (en déviant le lit de la libido qui nourrit le symptôme, et donc la jouissance du Moi, vers la construction de sa position de sujet) un humain en souffrance. Cet énoncé est falsifiable, car il peut être démenti par l’expérience. À sa sortie de psychanalyse, le psychanalysant devenu sujet apporte la preuve, par le témoignage des effets positifs de la psychanalyse dans sa vie, que cette psychanalyse, dans son cas spécifique, est une opération scientifique qui mérite d’être étudiée et de continuer à être améliorée. Il n’est pas possible d’affirmer qu’une proposition scientifique est vraie. Mais jusqu’à présent, il n’a pas encore été prouvé que la psychanalyse est fausse. Les propositions de la psychanalyse sont démenties depuis sa naissance. Le complexe d’Œdipe – que je nomme Mer d’Œdipe pour nourrir ma représentation de la Mer des Sargasses et la manière dont le Moi traite la manière de la traverser – est testé, démontré et établi expérimentalement par le psychanalysant. De là l’importance que le psychanalyste soit le premier psychanalysant à prouver que la psychanalyse est scientifique, ou non.
Le Colloque du RPH
LA FORMATION DU PSYCHANALYSTE : COMMENT FAIRE ÉCOLE ?
samedi 21 mars 2026, de 9h00 à 16h30
à Paris et en visioconférence

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