Fernando de Amorim
Paris, le 22 mars 2026
Le désir est l’objet de la psychanalyse. Il est le résultat de la rencontre de la libido avec le signifiant castré qui vient de l’Autre barré (Ⱥ). Cette phrase est portée par mon interprétation de l’enseignement de Freud et de Lacan.
Au moment du Le colloque du RPH – École de psychanalyse, une avancée s’est produite. Évoquant la rupture de Jacques Lacan avec l’IPA et la création de l’EFP qui s’est ensuivie, Lucille Mihoubi écrit ce qui suit : « […] contraire à la logique de l’inconscient et du désir »1. Elle poursuit : « […] plaçant le désir au cœur de l’expérience »2. À quel désir Jacques Lacan et Lucille Mihoubi font-ils référence ? Ce désir qu’ils mentionnent est déjà entré dans le discours populaire ; la populace moïque – l’amas des Moi qui constitue le discours sociétal, les réseaux SSociaux, le « X » de Musk – ne se gêne pas pour en faire usage. Dire « c’est mon désir », comme l’avait fait le Moi d’une psy pour justifier son inanition existentielle, signifie que le Moi veut et non que l’être désire, car l’être ne sait pas ce qu’il désire : il sait concernant son désir une fois ce dernier réalisé.
La question du désir revient ensuite dans l’intervention de Julien Faugeras, lorsqu’il écrit : « Si c’est dans sa psychanalyse personnelle que le clinicien peut dénouer ses symptômes en construisant son désir et sa subjectivité […]. »3 Effectivement, le clinicien construit son désir, mais ce désir est éparpillé. C’est un désir qui parle, qui travaille beaucoup en tant que psychiatre et psychanalyste, en tant que professeur et psychanalyste, en tant que psychologue et psychanalyste. Cependant, à la fin de l’opération, il est toujours diplômé psychiatre mais analyste, professeur diplômé des universités mais analyste, diplômé psychologue mais analyste, parce que le désir n’est pas barré : il est castré. Un désir castré est propre à un adulte ; un désir barré est propre à l’être dans la position de sujet. Un sujet construit son désir à partir de l’Autre barré et continue à le construire. L’analyste, quant à lui, a abandonné la voie de la castration.
Le désir (d) doit être différencié du désir barré (đ). Le désir barré est construit par l’être barré pendant la construction de sa subjectivité, la construction de la subjectivité étant l’autre nom d’une psychanalyse. Le désir devient barré lorsque le sujet authentifie son rapport à la parole, au corps, à autrui, au Réel.
Dans le même texte, l’auteur associe le désir avec le « style »4, puis avec la construction de « la joie et de la responsabilité »5. Le style, la joie et la responsabilité sont les fruits du désir barré, car seul le désir peut les produire. Mais une telle esthétique, une telle émotion et une telle obligation ne tiennent pas dans la durée. Peut-être quelques années, quelques décennies, mais pas la durée d’une vie.
Sara Dangréaux met, elle aussi, l’accent sur la « construction de son désir »6 car, écrit-elle, « un désir n’est pas une chose acquise »7. Cependant, je considère que le désir est acquis dès que l’être parle ; je rappelle ma définition pulsionnelle : le désir est la rencontre de la libido avec l’Autre barré. C’est le désir barré qui n’est pas acquis car il exige que l’être soit barré, ce qui suppose qu’il a accepté d’obéir à l’Autre barré, que l’être est sorti de psychanalyse, donc qu’il occupe la position de sujet. C’est à partir de ce moment qu’il pourra dire, que sa parole comptera car ce qu’il dira, il le fera, et qu’il sera question d’un sujet porteur d’un désir barré. Le sujet porteur d’un désir barré porte sa parole, son discours, son action, son monde, et son monde n’est pas plus lourd que la main d’un enfant. L’auteur se pose la question du risque de s’aliéner « au désir de l’Autre »8. Quand l’être entre en psychanalyse, il commence à se désaliéner du désir de l’Autre. Cet Autre est en lui : c’est le bras verbal de la résistance du Surmoi. Cela n’a pas de lien avec les rencontres actuelles. Il s’agit plutôt d’un divertissement pascalien mis en place pour nourrir le commérage et ainsi ne pas prendre soin de la construction de son désir, en le barrant.
- Mihoubi, L. (2026). « L’analyse didactique : histoire et actualités », Revue de psychanalyse et clinique médicale, n° 58, à paraître. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Faugeras, J. (2026). « Sur l’éthique du psychanalyste », Revue de psychanalyse et clinique médicale, n° 58, à paraître. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Dangréaux, S. (2026). « Quitter l’aliénation moïque », Revue de psychanalyse et clinique médicale, n° 58, à paraître. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎