Fernando de Amorim
Paris, le 1er mars 2026
Franz Alexander présente Le cursus théorique1. Il écrit : « Après que le candidat a surmonté par sa propre analyse (l’analyse didactique) les résistances instinctives typiques que les découvertes psychanalytiques provoquent chez la majeure partie des êtres humains, il commence sa formation théorique. »2 Il faut entendre sa propre analyse comme étant l’analyse didactique, l’autre nom du renforcement du Moi du médecin. Oui, médecin, puisque la grande majorité des candidats étaient de jeunes psychiatres3, qui ne disposaient pas forcément d’une solide formation en médecine interne. Pour Alexander, la psychanalyse est la « première psychologie scientifique »4. Le piège d’une telle formulation est que la psychanalyse se confond avec ce qu’il entend par psychologie, à savoir : « la connaissance des contenus psychiques de l’être humain et de l’appareil psychique comme système cohérent »5. Il reconnaît que la dimension clinique de la psychanalyse est devenue « une possibilité d’application parmi beaucoup d’autres »6. C’est ici que le ver s’introduit dans le fruit, car je pense que l’unique utilisation de la psychanalyse est clinique.
Hors du registre de la clinique, il n’y a plus de psychanalyse, mais une psychologie de renforcement du Moi. Cette psychologisation de la psychanalyse gonfle le Moi de celui qui la pratique et de celui qui subit le gonflement. Je comprends l’assaut, à l’époque, de tous les intervenants de cette nouvelle science, comme en témoigne Alexander. Cependant, aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire de vouloir étaler la psychanalyse partout. Le risque est qu’elle perde son intégrité. La preuve en est apportée par le discours populaire : n’importe quel psychiste est surnommé psy, qu’il s’agisse d’un psychothérapeute, d’une psychiatre, d’une psychologue.
La formation proposée à l’époque possédait une coloration très universitaire, comme celle proposée par Daniel Lagache en France. Celui-ci a voulu effectuer une sorte de transition entre la psychologie expérimentale et la psychanalyse : il a accouché d’une bête à cinq pattes qui n’avait de clinique que le nom desséché. Avec des tentatives de cette nature, inévitablement, le signifiant psychanalyse s’évanouit petit à petit, certes pas avec la grossièreté brutale des précédents intervenants du Rapport, mais l’évanouissement était aussi présent chez Alexander.
L’auteur constate un fait vrai à son époque mais banalisé par le niveau intellectuel du candidat d’aujourd’hui. Il écrit : « Si nous avons introduit ces cours [application de la psychanalyse à la littérature et à l’art, ainsi qu’un cours sur l’ethnologie psychanalytique], c’est que l’expérience a prouvé que les candidats qui possèdent une culture humaniste devancent de beaucoup la plupart du temps ceux qui n’ont qu’une formation purement médicale ou biologique […]. »7 Je tiens à rappeler que la formation scolaire d’alors était beaucoup plus solide et que l’érudition du candidat était plus riche que celle du candidat à devenir psychanalyste d’aujourd’hui. À part quelques étudiants de psychologie qui ont débuté une formation universitaire en philosophie ou en littérature avant de prendre la voie de la faculté de psychologie ou de médecine, la grande majorité des étudiants, surtout de psychologie, souffrent d’une pauvreté intellectuelle criante, sont médiocres, voire ignorants, en culture générale. Au contraire de les accabler avec ce constat, je les invite – ce qu’ils acceptent – à rattraper le bateau de l’érudition en visitant les musées, en faisant des gardes avec des camarades médecins, en étudiant des langues, en faisant un doctorat. Le résultat est oxygénant.
Étudier la littérature ou l’art folklorique des peuples primitifs8 ne concerne pas la psychanalyse. Ce mélange des genres, ce dépassement d’un champ d’étude sur un autre ne rend pas service à la science en question, qu’il s’agisse de l’anthropologie ou de la sociologie. Cela rend service à la volonté du Moi d’utiliser l’instrument psychanalytique comme arme de connaissance imaginaire et donc de pouvoir.
Comme évoqué plus haut, la grande majorité des candidats étaient des psychiatres. La « liaison la plus intime avec la médecine organique »9 était un problème hier, et le reste aujourd’hui. Je me souviens des excitations suivies d’agitations provoquées chez les psys à l’hôpital quand je rentrais dans la chambre des malades atteints de cancer ou d’une autre maladie pour faire naître, installer et nourrir le transfert, chaque jour. Cette démarche est tout à fait légitime cliniquement, à condition de ne pas psychologiser la maladie organique ni le Moi du malade organiquement atteint.
- Alexander, F. (1930). « Le cursus théorique », in On forme des psychanalystes. Rapport original sur les dix ans de l’Institut Psychanalytique de Berlin (1920-1930), Paris, Éditions Denoël, 1985, p. 139. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid., pp. 139‑140. ↩︎
- Ibid., p. 140. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid., p. 142. ↩︎
- Ibid., pp. 144‑45. ↩︎
- Ibid., p. 145. ↩︎
- Ibid. ↩︎
Le Colloque du RPH
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