Fernando de Amorim
Paris, le 21 février 2026
Otto Fenichel écrit que « l’activité thérapeutique de notre Institut ne peut pas faire valoir des chiffres absolus impressionnants »1. Celle de la CPP (Consultation Publique de Psychanalyse), si. En atteste le bilan 2025 du RPH.
Fenichel met en évidence que « le nombre relativement élevé d’analyses arrêtées après peu de temps s’explique du fait qu’il s’agit le plus souvent de cas dont l’accessibilité analytique était incertaine, mais qu’on soumettait quand même à une “analyse à l’essai”, à la fin de laquelle l’analyste allait se prononcer négativement (bien moindre a été le nombre de cas qui, pour d’autres raisons, extérieures ou intérieures, donnaient lieu à un arrêt prématuré) »2. Il ne s’agit pas d’analyse arrêtée mais de psychothérapie avec psychanalyste abandonnée ou de psychanalyse abandonnée. L’accessibilité psychanalytique, et non analytique, doit être examinée d’abord, à partir du clinicien. Si ce dernier a fait son travail clinique, il sera possible de se pencher vers la volonté du Moi de ne pas savoir sur le désir de l’être. Il n’existe pas d’essai en psychanalyse. En reconnaissant le passage du fauteuil vers le divan, l’autre nom du passage de la psychothérapie vers la psychanalyse, j’ai voulu mettre en évidence que, quand l’être entre en psychanalyse, il s’engage à construire sa subjectivité. À la sortie de cette construction, il occupera la position de sujet. Comme dans la vie, il n’y a pas d’essai : ou bien l’être embarque sur le bateau nommé Psychanalyse ou il reste à quai. S’il saute une fois qu’il a embarqué, c’est qu’il abandonne sa circumnavigation.
Si l’analyste, tel un maître, se prononce négativement ou non à la fin de l’analyse d’essai3, le psychanalyste, quant à lui, supporte la conduite de la cure. Il supporte parce que, cliniquement, il est prêt. Il est prêt parce qu’il continue sa psychanalyse personnelle. Évidemment, il y a des situations où le Moi du psychanalysant devient insupportable. À ce moment, le clinicien construit une solution clinique pour régler la difficulté du Moi du psychanalysant, pas la sienne. Mais il ne s’agit pas, surtout pas, de jugement moïque de sa part.
Les psychanalyses « d’une durée de traitement exceptionnellement longue »4 ne sont pas des « entreprises de prime abord problématiques »5. Elles ne sont pas un problème. La fonction d’un psychanalyste ($) est de suivre la construction du désir de l’être, pas de déterminer quand sa psychanalyse est finie ou n’est pas finie. De même quand il lève la séance : il n’est pas autorisé à suspendre la séance par son Moi mais par le discours de l’être barré, car ce discours est chargé des signifiants castrés ($), propres à l’Autre barré (Ⱥ).
L’idée d’une « classification psychanalytique des névroses reconnue »6 a été la préoccupation de Fenichel, de même « l’établissement du diagnostic »7. La classification n’intéresse pas la clinique psychanalytique, car elle n’est que la route que le Moi indique au clinicien, route sur laquelle le Moi s’était figé à la sortie de l’Œdipe. Ce qui intéresse le clinicien, c’est de prendre la voie structurelle du Moi (névrose, psychose, perversion), pour ainsi savoir à quelle structure du Moi il a affaire et donc ce qu’il peut exiger de ce Moi pour qu’il supporte que l’être se dégage de lui et construise sa position de sujet. L’établissement du diagnostic est une simple indication pour le clinicien, qui lui montre par où il peut et doit conduire la psychanalyse. Avoir un Moi névrosé, psychotique ou pervers, ce n’est pas un problème. Le problème est de souffrir des symptômes du Moi, car ces symptômes empêchent l’être de construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée. Le symptôme du Moi a, ici, fonction de divertissement pascalien : de la poudre aux yeux pour ne pas regarder que la mort est dans les parages et que le Moi, avec le consentement de l’être, ne traite pas le quotidien avec le respect et le soin qu’il mérite.
Quand Fenichel évoque des maladies organiques qui sont venues « par erreur »8 dans la consultation, je ne peux que réagir. Il n’y a pas d’erreur. Pour le justifier, j’avais fait usage de la notion d’appel, concept que j’avais pris chez Lacan, qui lui-même l’avait emprunté à Klein. Avec l’appel, je peux partir de l’hypothèse que la libido pure, celle de l’Inconscient, déborde sur l’ouverture de ’32 pour nourrir la maladie organique parce que cette libido n’a pas pu s’associer au signifiant.
Concernant le traitement « fractionné »9, j’avais écrit qu’il s’agit de l’avancée normale de la clinique avec le Moi psychotique car ce dernier avance par à-coups.
- Fenichel, O. « Rapport statistique sur l’activité thérapeutique entre 1920-1930 », in On forme des psychanalystes. Rapport original sur les dix ans de l’Institut Psychanalytique de Berlin (1920-1930), Paris, Éditions Denoël, 1985, p. 57. ↩︎
- Ibid., p. 58-59. ↩︎
- Ibid., p. 59. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid., p. 63. ↩︎
- Ibid., p. 64. ↩︎
Le Colloque du RPH
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