Fernando de Amorim
Paris, le 11 mars 2026
Le logos psychanalytique est aussi le nom de l’Autre barré (Ⱥ)1. Certes, « au début était une analyse »2, mais il n’y a plus de raison que cela continue ainsi. La raison en est simple : le psychanalyste « ne doit tolérer aucune résistance en lui-même »3. Pour cela, il doit faire le nécessaire pour assurer sa « purification psychanalytique »4, l’autre nom de la psychanalyse personnelle sans fin du psychanalyste.
Jusqu’à présent, tous les auteurs de ce recueil dirigé par Paul Denis et Jacqueline Schaeffer ont montré une indécision à se positionner dans la clinique puisqu’ils évoquent tantôt l’analyste, tantôt le psychanalyste, qui assure une analyse, avec une psychanalysante, avec un analysant. Un usage si ambigu du signifiant psychanalyse et de ses variations met en évidence qu’ils ne se sont pas lavés de leur imaginaire. L’Imaginaire leur colle à la peau. Ce qui fait penser que Lacan a voulu enlever la colle de son école. Sans succès, évidemment, car pour cela il faut donner l’exemple. Un analyste ne peut pas exiger que l’analysant pousse sa psychanalyse jusqu’à son terme : l’ayant lui-même abandonnée, il n’a aucune autorité pour le faire.
Une psychanalyse n’est pas lourde ; une analyse l’est, sans aucun doute5. Lacan a apporté de la fluidité à la psychanalyse, mais il a chargé son bateau à ras bord, ce qui peut justifier un peu son ras-le-bol. L’embarcation qu’il a mise à l’eau en ouvrant la voie à ce que l’analyste s’autorise de lui-même a accouché d’un bon nombre de zigotos. Pourtant, j’estime qu’il a bien fait. Le moment est venu de séparer le désir de devenir psychanalyste de l’ivraie. Une telle sélection s’opère sur le divan et dans la rencontre du Moi qui se dit apte à devenir clinicien avec le discours du souffrant à la CPP (Consultation Publique de Psychanalyse). C’est son être sur le divan et son Moi dans la clinique qui trancheront. Le clinicien validera le résultat de l’opération.
Cependant, le moment est venu d’affiner sa proposition. Il ne faut pas confondre la psychanalyse avec celui qui la pratique. Lacan a mis en évidence le mot analyste et j’estime pouvoir affirmer qu’un analyste n’occupe pas la même position qu’un psychanalyste. Un psychanalyste a une vie agréable, il aime, baise, est apaisé dans sa vie quotidienne. Les psys en général et les analystes en particulier, lacaniens, freudiens, kleiniens, winnicottiens, semblent évoquer la santé mentale du bout des lèvres. En un mot, ils semblent être portés par un Moi ennuyeux, triste, mais empli d’arrogance. Le Moi tout simplement, indépendamment de son orientation. Pas étonnant que les sociétés et écoles analytiques soient remplies de vieilles et de vieux. Je fais, ici, référence au Moi, cela va de soi. Ils ne réveillent pas le désir de la jeunesse parce que leurs réunions, leurs habits, leurs haleines exhalent le tombeau.
Une psychanalyse vitalise, anime, éveille l’être à la construction de son désir. Ainsi, tout simplement, en suivant les indications de Freud, je me suis dit qu’il fallait continuer ma psychanalyse personnelle. Le résultat me ravit.
Didier Anzieu, selon Anna Potamianou, « pense qu’une analyse pourrait devenir didactique quand l’analyse personnelle sera poussée assez loin pour que les patients des futurs analystes n’aient pas à souffrir d’une avidité non apaisée du désir de l’autre »6. C’est une lecture qui m’interroge : qui poussera assez loin ladite analyse personnelle ? Les patients n’installent pas les futurs analystes – qui pour garantir qu’ils deviendront analystes vraiment ? – dans la position d’analyste, voire de supposé-psychanalyste, mais dans la position de psychothérapeute, selon ma proposition théorique. Comme Anzieu n’est pas très aimable avec la doctrine lacanienne, il m’est difficile de saisir le sens de l’usage, ou l’usage que madame Potamaniou fait en son nom du « désir de l’autre ». Autrement dit, une telle lecture sent le soufre, autre synonyme du Moi gonflé.
La psychanalyse n’est pas tombée malade, elle est malmenée par ceux qui sont devenus quelqu’un grâce à elle, c’est-à-dire les analystes. Si la psychanalyse bouge encore, c’est grâce au désir de savoir du psychanalysant, indépendamment de l’analyste.
L’analyste crache dans la soupe en transformant en dogme la doctrine de Freud, de Klein, de Lacan, de Winnicott. Sans style, le clinicien devient praticien et transforme la conduite de la cure en routine, voire en rituel. La « formation psychanalytique »7, est devenue une formation d’analyste, d’ânes à liste.
Lacan a mis un terme à la routine du Moi en psychanalyse. Ce qui ne lui a jamais été pardonné par ceux qui se servent de ses avancées pour se sortir de l’embarras clinique quotidien.
L’impossibilité de faire respecter la règle fondamentale et l’impossibilité d’en faire une éducation rendent la cure analytique possible, écrit Anna Potamianou en citant Michel Fain8. Le ventre mou de l’analyste n’accouchera pas d’un psychanalyste, d’un style ou d’un sujet apte à construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée.
- Potamianou, A. (1992). « Inquiétudes au sujet d’une étrange familiarité », in Devenir psychanalyste, Paris, PUF, 2001, p. 121. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid., pp. 121‑22. ↩︎
- Ibid., pp. 122. ↩︎
- Ibid., pp. 126 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid., pp. 128 ↩︎
- Ibid., pp. 129 ↩︎
Le Colloque du RPH
LA FORMATION DU PSYCHANALYSTE : COMMENT FAIRE ÉCOLE ?
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