Fernando de Amorim
Paris, le 16 octobre 2026
Un collègue m’a appelé pour me transférer un courriel intitulé « Actualité des menaces touchant la psychanalyse et le soin psychique à l’approche de l’examen par l’Assemblée nationale du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) ».
Je lui ai dit que la CPP (Consultation Publique de Psychanalyse) est une solution pour les psychistes (psychiatres, psychologues) et pour le système de santé français, à condition que ce dispositif soit mis à l’essai pendant six mois. Si elle fonctionne, les groupements de psychistes (écoles de psychanalyse, associations de psychiatres, collèges de psychologues) pourront présenter cette proposition et ses résultats aux politiciens.
En attendant, je livre le fond de ma pensée.
Sincèrement, les psys n’arrêtent pas de se plaindre et de réclamer que les pouvoirs publics accordent une place réelle et des financements aux méthodes alternatives d’évaluation. Quant au RPH (Réseau pour la Psychanalyse à l’Hôpital), École de psychanalyse engagée avec l’enseignement de Freud et de Lacan, ses résultats cliniques sont probants et accessibles à tout clinicien qui veut s’engager avec la clinique et souhaite faire usage de mon dispositif dans son service ou dans sa consultation.
Comment les politiciens pourront-ils reconnaître les psychothérapies psychodynamiques et les psychothérapies institutionnelles s’ils n’arrivent pas à diriger notre bateau France, qui coule un peu plus chaque jour ?
Non, mes petits, il faut compter avec vous-mêmes. Vous avez tout ce qu’il faut pour conduire la santé mentale en France : la compétence, les locaux, les patients. Si vous ne comprenez pas ce que je vous écris, interpellez un membre du RPH pour qu’il vous explique comment il sert la population selon le serment hippocratique – « Je donnerai mes soins à l’indigent » – tout en gagnant correctement sa vie et comment il travaille en tant que psychothérapeute en institution en suivant la Cartographie du RPH, avec des résultats tout à fait favorables pour le patient.
Il faut repenser la conduite de la cure, comme je l’avais fait au sein du RPH. Sans un centime d’argent public, les quelque trente cliniciens de l’école, en 2025, « ont reçu 4 388 patients, ont assuré 159 377 consultations et déclarent 2 319 487,19 euros de revenus générés, tout en pratiquant une clinique où les souffrants payent selon leurs moyens »1.
Les cliniciens du RPH, en assurant les consultations, évitent des suicides, des meurtres, des actes terroristes, des passages intempestifs dans les services-portes des hôpitaux publics ou aux urgences psychiatriques, et contribuent à la diminution des prises de médicaments ainsi que des arrêts maladie. Des chômeurs retournent au travail, se marient, deviennent parents.
Miracle ? Pas du tout. Psychothérapies conduites par des psychothérapeutes ou des psychanalystes qui n’ont pas peur d’occuper la position transférentielle de psychothérapeutes, de supposés-psychanalystes ou de psychanalystes quand l’examen que Lacan avait nommé passe leur est favorable. Le tout – formation, psychanalyse personnelle, supervision, contrôle – sans mendicité, c’est-à-dire sans aide de papa, maman, maîtresse, État. Juste la force vigoureuse de leur désir.
La psychanalyse est un bijou que vous ne savez pas porter. L’enseignement de Freud et de Lacan ? De la confiture aux cochons. Votre bateau rafistolé avec de la pitance publique sombre. Venez sur le nôtre, venez critiquer furieusement les raisons pour lesquelles il n’y a pas de suicide dans ma consultation ni dans celles des cliniciens dont j’assure la supervision ou le contrôle.
La fête est finie, le gaspillage aussi. Mais vous pensez qu’il y a une afterparty, suivie du brunch du lendemain. Il vous faut repenser votre clinique et, sans les psychanalystes, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer le manque de lits, de subventions, de financement pour la recherche en génétique. Quand j’ai entendu pour la troisième fois, lors d’un congrès de psychiatrie en 1981, que le gène de l’homosexualité, puis quelques années plus tard celui de la schizophrénie et ensuite celui de l’autisme seraient « bientôt » découverts, je me suis dit que j’avais affaire à de bien piètres marchands de tapis. D’où mon engagement indéfectible envers la psychanalyse.
Je propose aux pédopsychiatres de travailler en partenariat avec les membres du RPH. Un partenariat existe déjà, mais porté par l’amitié entre les uns et les autres. Il est important d’officialiser une collaboration qui fonctionne et de l’étudier lorsqu’elle ne fonctionne pas. Autrement dit, faire science véritablement. Pas une pâle science copiée-collée du modèle de la physique ou de celui établi par Claude Bernard. Une science du désir, science qui a un nom : la psychanalyse. La psychanalyse est la science du désir. Celles et ceux qui la servent devraient savoir comment se positionner et s’adapter à des situations particulières. Si ce n’est pas le cas, le problème n’est pas chez le politicien, chez le patient ni dans la psychanalyse, mais chez le psy qui ne s’engage pas véritablement avec son désir.
Comment rectifier cela ? Il faut que les psys retournent sur le divan et y restent le temps de leur exercice professionnel. C’est le sens de ma formule lapidaire : la psychanalyse du psychanalyste est sans fin.
La pédopsychiatrie est une priorité de santé publique ? Oui, à condition que les pédopsychiatres fassent équipe avec les membres du RPH. Après six mois de collaboration, il sera possible de prouver scientifiquement, sans demander de financements ou de moyens – vous n’avez que ces mots à la plume – que la clinique du partenariat est utile. Ma réponse est déjà positive puisque cette recherche est faite au sein du RPH depuis des décennies. Mais repartons de zéro.
Intégrer la dimension culturelle, c’est toujours nourrir les Moi et leurs acolytes. Or, la visée de la rencontre avec un psychothérapeute ou un psychanalyste dans la position de psychothérapeute est que l’être devienne sujet, indépendamment de son lieu de naissance ou de l’origine de ses parents. Introduire la dimension culturelle et anthropologique est une autre façon d’appâter les donneurs de sous qui ne leur appartiennent pas, au même titre qu’inventer quatre ou douze séances gratuites de psychothérapie, ou encore trois mois d’analyse renouvelables et plus si affinités : de la pisse de chat pour les séances gratuites, de l’attrape-nigaud pour les mois renouvelables. Le désir n’est pas au rendez-vous, ni dans un cas ni dans l’autre. Le soufre, oui.
En venant en France, l’être s’engage à baigner dans l’Autre barré français, celui de la civilisation, des sciences, des arts, de la culture, de la poésie. Enfin, celui de la langue. Il n’y aura jamais d’intégration si l’autorité du transfert nourrit l’aliénation du Moi, quand elle devrait opérer pour dégager l’être caché sous les jupes imaginaires du Moi affidé au désir de l’Autre non‑barré.