Fernando de Amorim
Paris, le 1 juillet 2026
Cette distinction entre la passe interne et la passe externe, je la dois à Jean‑Baptiste Legouis : « La passe interne est le moment où le psychanalysant, qui est un clinicien du RPH – École de psychanalyse, témoigne de sa propre sortie de psychanalyse. » La passe interne installe le psychanalysant dans la position de sujet, ce qui le rend apte à construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée. C’est l’éthique du sujet. La passe externe, elle, installe le supposé-psychanalyste dans la position de psychanalyste, psychanalyste de cette psychanalyse uniquement. Ma visée est de mettre en évidence que le Moi du clinicien n’a pas de quoi se vanter d’être psychanalyste, même si l’être peut socialement se présenter ainsi. Après la réunion de la passe et son retour sur le champ de bataille, l’autre nom de sa consultation, il sera à nouveau mis dans la position de psychothérapeute ou de supposé-psychanalyste. Pour cette raison, j’associe la position du psychanalyste à celle du Hollandais volant : le marin qui n’accoste pas.
Voici une autre définition de Jean‑Baptiste : « La passe externe est le moment dans lequel un supposé-psychanalyste de l’École témoigne devant les membres du RPH et des invités extérieurs – des cliniciens se présentant en tant que psychanalystes d’autres écoles de psychanalyse – de la sortie de psychanalyse d’un psychanalysant qui a fréquenté son divan. »
Quand j’ai évoqué dans la brève du 30 juin 2026 que « ma passe externe est devenue ancienne », je faisais référence à ma passe personnelle, puisque mon premier témoignage s’est déroulé en 1990. Il y a ensuite eu un témoignage à l’Hôpital San Carlos, à Madrid, en 1991, de la même sortie de psychanalyse et un autre encore lors d’une réunion à l’hôpital Saint‑Louis, à Paris. Le témoignage de cette dernière passe a été recueilli par Laure Baudiment et publié dans la Revue de Psychanalyse et Clinique Médicale, dont Lucille Mihoubi est la rédactrice en chef. Je témoigne de manière sporadique des sorties de psychanalyse qui ont lieu sur mon divan, car le psychanalyste se doit de signaler les sorties de psychanalyse tout au long de son parcours. La passe est un moment très instructif pour le psychanalyste comme pour les auditeurs de son témoignage.
L’analyste, lui, ne peut pas être en contrôle, comme je l’ai affirmé dans ladite brève, parce qu’il n’est pas sorti de psychanalyse. Pour cette raison, je compare l’analyse au voyage du capitaine Diego de Teive qui, en arrivant dans la mer des Sargasses, a fait demi-tour. Ainsi, pour être en contrôle, le clinicien doit avoir reçu, lors de la passe externe évoquée plus haut, un avis favorable sur la conduite de la psychanalyse qu’il a assurée, ce qui lui confère, au sein du RPH – École de psychanalyse, le statut de psychanalyste. C’est cette passe qui assure la logique du RPH : le supposé-psychanalyste est devenu psychanalyste car le psychanalysant est devenu sujet. L’analyste peut exiger un contrôle, mais il ne sait pas ce que ce mot signifie parce qu’il ne s’est pas engagé effectivement dans la construction de sa subjectivité, l’autre nom d’une psychanalyse, ni dans son désir de devenir sujet et de construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée.
Comme j’ai reconnu que je pouvais avoir l’exigence de continuer ma psychanalyse même après avoir traversé la passe et que d’autres, au sein du RPH, pouvaient à leur tour suivre la voie que j’ai ouverte, je me suis vu dans l’obligation de distinguer la position d’un psychanalyste de la position d’un analyste et de la place d’un psychologue ou d’un psychiatre qui se met en tête de vouloir assurer des psychothérapies, à ses risques et périls.
Pour le dire simplement, la psychanalyse du psychanalyste est sans fin, jusqu’au moment où il cessera de recevoir des malades, des patients ou des psychanalysants.
La passe externe ouvre au monde le candidat à la position de psychanalyste. De là l’importance que cela ne soit pas fait en interne, car ma crainte est que, par copinage, le Moi de celui qui est aujourd’hui auditeur et membre du RPH puisse valider la sortie du psychanalysant pour que le supposé-psychanalyste soit reconnu en tant que psychanalyste de la cure en question. En effet, le moment venu de témoigner de la conduite de sa cure, celui qui était auditeur serait tenté de compter sur le retour d’ascenseur du Moi de son camarade, qui est lui-même devenu psychanalyste grâce à son vote et qui pourrait, dans son Imaginaire, être enclin à le reconnaître à son tour en tant que psychanalyste.
La passe interne comme la passe externe ne sont pas contingentes mais nécessaires. Elles sont nécessaires pour que le clinicien soit reconnu en tant que psychanalyste. Cette reconnaissance ne vient pas de la famille, ni des proches, ni des intimes. Elle vient de l’Autre barré de celui qui n’est nullement attendu dans l’équation, c’est-à-dire le psychanalysant à la sortie de sa psychanalyse, devenu sujet. Avec une telle stratégie, je vise à dégonfler le Moi du clinicien dans l’opération.
Au moment de la passe, les psychanalystes présents examineront s’il y a eu ou non traversée des fantasmes originaires, construction de la position de sujet grâce à l’objet rien, ainsi que situation féminine caractéristique de cette position. Le lecteur aura ici mes arguments qui justifient les critères d’une psychanalyse scientifique et de sa transmission dans l’École.
Du côté de Freud, et concernant la transmission de la psychanalyse, un seul désir, son seul désir, n’est pas suffisant. Du côté de Lacan, en abandonnant sa psychanalyse personnelle, il a cédé sur son désir et le signifiant psychanalyse a fait du cabotage, l’autre nom de l’analyse.
Dès lors que la psychanalyse du psychanalyste est sans fin et qu’est assurée la psychanalyse des psychanalysants occupant la position de sujet, puis de psychanalyste, j’estime que la psychanalyse est en passe d’avoir les éléments fondamentaux pour être reconnue comme science. Sa transmission pourra dorénavant être assurée par des psychanalystes qui sont aussi sujets parce qu’ils continuent leur psychanalyse personnelle, elle-même assurée par un psychanalyste qui occupe toujours la position de psychanalysant.
Tel l’auteur de cette missive.
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