Quand le chat n’est pas là, les souris dansent.
Fernando de Amorim
Paris, le 22 octobre 2026
En travaillant mon séminaire, tout en visant à apporter des arguments à la scientificité de la psychanalyse, j’avais écrit ceci comme deuxième argument : « Si une psychanalyse échoue, ladite psychanalyse est fausse. La raison en est l’incompétence du clinicien. » Puis, je me suis vu écrire ce qui suit : « […] comme l’incompétence du gouvernement à empêcher les vandales et hors-la-loi – les faux Robin Hood et leur bande (Petit Jean, Will Écarlate…) – de détruire les commerces, de la boutique de vêtements à la supérette de quartier. Preuve en est que le préfet de Paris incite les commerçants à se préparer pour la manifestation du samedi 24 octobre 2026, en faisant appel à de la sécurité privée, quand la population paye des impôts pour que l’État assure sa protection. »
Ce paragraphe m’a poussé à arrêter mon travail pour commenter – ce que je déteste – l’actualité.
Il est vrai que Patrice Faure, le préfet de police de Paris, n’oblige pas à embaucher un vigile privé ; il s’agit d’une « recommandation officielle forte ». J’estime que cette recommandation est faible et lâche. Elle est la preuve que le citoyen ne peut pas compter avec les services qui sont de la responsabilité de l’État. Faut-il hurler à l’oreille du sourd que la sécurité publique, la protection des personnes et des biens ainsi que la garantie de l’ordre public sont des missions régaliennes de l’État ? Autrement dit, le préfet laisse entendre qu’il a moralement démissionné et que le citoyen est à la merci des bandits cagoulés quand les rats, avec les chats de l’Assemblée nationale, dansent.
Deux situations. Mon épouse m’a dit : « Fais attention samedi ! » ; une clinicienne me signale qu’une patiente a vu la boutique de sa patronne détruite et ne peut donc plus venir aux mêmes heures que d’habitude parce qu’elle doit garder ses enfants. Je lui ai dit en supervision qu’il n’est pas question que la patiente ne vienne pas à sa séance ni qu’elle ne s’organise pas pour assurer la séance. Il s’agit d’une démarche de politique psychanalytique : ne pas céder sur la construction de son désir.
Quand le Moi brûle une école, saccage une bibliothèque, tue un policier, il indique que son être incarne Ἔρις, cherchant le combat et nourrissant la discorde. Le petit Jean – « La République, c’est moi ! » – est bon dans l’art de mener avec sa flûte rhétorique les souris dans l’abîme. Il finira par réussir à accoucher d’une république bananière bien à lui : haineuse, triste, sanguinolente.
Face aux risques de violences et de pillages lors des manifestations, le chat devrait montrer les crocs. Mais il n’y a qu’un fonctionnaire dépassé au point de balancer des instructions sottes. Que la honte s’abatte sur vous. Honte, dis-je ? Pour avoir honte, il faut de la dignité, de la morale, du Surmoi symbolique. Le Moi aliéné dans ses pantoufles d’un État gras n’y a plus accès. Il se limite à regarder, apathique, la Marianne de la place de la République être salie par des mains infâmes.
Le maire est incapable de protéger les enfants, le préfet est incapable de protéger les commerçants. Des bras cassés, en somme.
Je ne conteste pas la manifestation, je dénonce la lâcheté des politiciens à ne pas protéger les citoyens, à empêcher l’action des policiers, à ne pas protéger l’être travailleur contre la horde d’abrutis. Bien évidemment, je ne fais pas référence aux êtres humains, mais au Moi humain qui, en troupeau, devient ce que j’appelle la populace moïque.
Si les forces de l’ordre public ne peuvent pas garantir à elles seules la protection individuelle de chaque boutique, appelez donc en renfort l’armée ; assumez l’incompétence de l’État car, si la mort se présente lors d’une manifestation samedi, la faute en reviendra au gouvernement de droit.
Le fait que « les autorités suggèrent » d’envisager une « fermeture anticipée, voire de ne pas ouvrir durant les manifestations et la soirée qui suit » et que les sous-autorités osent demander de « rentrer le mobilier des terrasses, de protéger les vitrines (rideaux métalliques), et de mettre à l’abri les marchandises » est l’indicateur qu’il n’y a pas d’autorité sur le bateau, que la bataille républicaine est déjà perdue. Depuis quand faut-il se plier à la jouissance de la furie – Ἔρις – du Moi et de ses organisations intramoïques ? L’aveu d’incompétence poussera à la création de milices, à l’auto-justice, au vigilantisme, à la vengeance privée. Le gouvernement est irresponsable et joue avec le feu, à savoir les pulsions humaines. Il ne faut pas attendre que les violences éclatent pour « appeler le 17 », il faut éviter que la violence éclate, Jean petit, selon le bon mot de madame de Amorim.
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