Fernando de Amorim
Paris, le 20 janvier 2026
À madame le docteur B.
Il n’y a pas de rapport entre la jouissance de l’Autre non-barré et la jouissance féminine, car le rapport signe l’impossibilité entre lesdites jouissances. Ce qui est différent quand il est question de relation, car cette dernière indique que les Moi des partenaires se mettent d’accord pour se tromper mutuellement au nom de l’amour. L’amour du Moi est imaginaire. L’amour vécu par l’être est pris dans le symbolique. La preuve en est la possibilité d’expérimenter un amour tranquille, sans la passion dévastatrice, passion qu’il est possible de repérer dans la jeunesse ou dans le passage à l’acte passionnel, au nom de l’amour justement.
La jouissance chez l’être dans la position féminine est celle de la copulation, du spasme, comme le dit Célestine chez Mirbeau. C’est la jouissance de la femme quand elle lâche des mots qu’elle trouverait innommables dans sa vie quotidienne, sociale, familiale. L’être, indépendamment de son sexe, constate que son Moi se lâche verbalement. Reich pensait que parler durant l’acte sexuel était l’indication d’une névrose ; autrement dit, parler pendant la copulation n’est pas de bon ton. Cette parole lâchée pendant la copulation est la preuve que l’Autre non-barré participe et qu’il est validé par le Moi pendant la copulation. Elle sert à exciter le Moi, pas autrui, et à atteindre l’orgasme.
Hors du registre de la copulation, les grossièretés sont des expressions de l’Autre non-barré que le Moi exprime. Le Moi expose le désir de l’Autre non-barré dans un cadre qui n’est pas propice à son excitation. La provocation du Moi vise à agresser, voire exciter, autrui. Il peut mettre en place ces comportements séducteurs avec des paroles excitantes propres au moment de la copulation, tel le moule-bite de ce monsieur qui, à tout bout de champ, proférait un « putain » ou un « j’adore défoncer » pendant son entraînement en salle de sport, ou bien encore le décolleté généreux d’une autre dame qui ne se gênait pas de signaler à son collègue de travail qu’il y avait « du monde au balcon » chez elle. Quand le Moi ne sait pas pour quelle raison il parle comme cela, il est question de la jouissance Autre non-barré.
Au moment où son camarade a essayé de s’approcher d’elle avec une intention sexuelle – « il a essayé de m’embrasser », dira son Moi ignorant – ce dernier s’est dérobé, vraisemblablement choqué de cette agression sexuelle, selon ses dires.
Dans la position féminine, l’être, indépendamment de son sexe, fait usage de la jouissance qui lui apparaît dans le moment sexuel, génital. Il laisse que l’Autre non-barré se présente à ce moment. Alors, jouir hors du moment sexuel perd toute sa puissance libidinale, ce qui me fait penser que l’être dans la position de sujet ne fait plus usage des armes de la féminité ou de la séduction. Il utilise son pouvoir dans la rencontre génitale. Hors du cadre génital, l’Autre non-barré représente les expressions verbales de la pulsion sexuelle en relation avec la pulsion d’emprise, la pulsion agressive et la pulsion de destruction.
L’être dans la position de sujet n’est plus à la merci de la relation de jouissance entre le Moi et l’Autre non-barré. Ce qui caractérise la jouissance de l’Autre non-barré est que le Moi est complice : il est excité de choquer autrui. À l’inverse, dans la jouissance Autre non-barré, le Moi ignore ce qui le pousse à la jouissance (pulsion sexuelle intriquée à la pulsion d’emprise, à la pulsion agressive ou à la pulsion de destruction). Cette distinction mérite d’être examinée, me semble-t-il, dans les cas d’agressions sexuelles avec insultes, avec coup ou avec meurtre.
L’être dans la position féminine fait usage de l’Autre barré et de son Moi au moment de la copulation. De là la présence de la tendresse, du respect avant, peut-être pendant, mais aussi après l’orgasme. La jouissance de l’Autre non-barré entre en scène lorsqu’elle exprime verbalement ce que l’être cherche sexuellement et que le Moi valide avec le verbe de l’Autre non-barré et avec le corps, la visée étant d’accéder à l’orgasme. Dans la jouissance Autre non-barré, le Moi ignore ce qui lui arrive, comme je l’ai écrit plus haut. Cette stase libidinale au nom de l’ignorance nourrit le symptôme psychique, corporel et organique. En ce qui concerne ce dernier symptôme, une remarque ayant intention d’hypothèse : je n’ai jamais trouvé un malade organique qui puisse évoquer une vie sexuelle (à entendre génitale et amoureuse) satisfaisante.
Dans la position féminine et dans la situation de jouissance Autre non-barré, l’être, le Moi et l’Autre non-barré jouissent de la douleur provoquée, à la demande du Moi, pour accéder à l’orgasme. Une fois parvenu à l’orgasme, le sujet dans la position féminine ne supporte plus les claques ni les humiliations du partenaire.
La jouissance Autre non-barré, hors du registre du féminin, n’est que souffrance, souffrance que le Moi ignore et qui se répète dans son quotidien amoureux et sexuel, en dehors de l’acte génital. Dans la jouissance de l’Autre non-barré, le Moi reconnaît – reconnaissance exprimée par la formule : « J’ai conscience, mais c’est plus fort que moi ! » – la présence de cette jouissance en forme de souffrance vécue, mais il est incapable d’y mettre un terme.