Utilise-t-on la scansion avec un psychotique ? Paris 9

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Utilise-t-on la scansion avec un psychotique ? Paris 9

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Utilise-t-on la scansion avec un psychotique ?

Fernando de Amorim

Paris, le 12 février 2016

 

Le rythme, et surtout la cadence d’une séance psychanalytique est aléatoire. La raison est due à la nature même de l’inconscient. L’erreur stratégique des analystes jusqu’à présent est qu’ils lisent l’inconscient et ses formations, comme si la nature de l’inconscient était terrestre. C’est parce que l’inconscient n’est pas de nature terrestre et que son objet d’étude n’est pas inanimé, qu’il est impossible de prévoir le prochain coup d’une séance de psychanalyse. La psychanalyse n’est pas l’astronomie, mais cela n’autorise personne à la malmener en disant qu’elle n’est pas scientifique car, la psychanalyse a cette prétention de scientificité. Prétention qui a commencée avec Freud et que j’estime avoir argumenté en mettant en évidence sa scientificité. Il est possible d’argumenter sur la scientificité de la psychanalyse si nous faisons une lecture verticale – et non horizontale comme le font et doivent le faire les physiciens et biologistes avec leurs respectives sciences – d’une psychanalyse[1].

 

Ainsi, face au rythme particulier – de la séance et de la cure – avec le psychotique, le psychanalyste se doit de chercher à mettre en évidence – parfois avec une douce force – la cadence, l’air, le chant, le mouvement, la poésie, et même le swingue du discours de celui qui vogue sur la route, route maritime, de la psychose.

 

Quand le psychanalyste met le rythme du psychotique en évidence, il ne scande pas la séance, il prépare la scansion. La scansion avec le psychotique se fait après la cadence, l’air, le chant, le mouvement, la poésie, le swingue. L’objectif ce n’est pas de lever la séance mais, je le répète, de préparer la scansion – qui aura lieu à la prochaine sortie de route, comme sur une autoroute. Ainsi, au moment que nous scandons, nous levons la séance à la fin de la prochaine phrase, ou celle d’après. Cette stratégie sert à ne pas bousculer le moi du psychotique et à nourrir le transfert[2].

 

La cure psychanalytique doit être lue, si nous voulons apprendre sur l’inconscient, comme une navigation dans un milieu aquatique et non terrestre. Les difficultés des praticiens, et même leurs errances dans la conduite de la cure, sont dues au fait que, selon mon hypothèse, ils lisent l’inconscient et ses formations assis sur leur désert mental, parfois assis sur leurs continents. Quelques heureux, le lisent en regardant de leur falaise le psychanalysant se battre et se débattre dans les flots.

 

Si l’analyste devient psychanalyste, c’est-à-dire, s’il retourne sur le divan – occupant ainsi la position de psychanalysant –, et s’il assure la sortie d’une psychanalyse, il trouvera le désir qui est le sien. Il aura ainsi la force qu’il faut pour mouiller ses pieds, pour monter sur le bateau de la cure avec le malade et le patient (en psychothérapie), et avec le psychanalysant (en psychanalyse). Il naviguera ainsi dans les eaux douces de la rivière dans le premier cas et dans les eaux salées de la deuxième. Actuellement il tourne en rond ou à la merci des vents et des courants dans les eaux saumâtres de ce qu’eux-mêmes appellent analyse : « assurer des analyses », « être des analystes », « écouter des analysants ». L’usage qu’ils font des mots indique leurs balises. Et leurs balises m’indiquent qu’ils sont perdus.

 

Cette stratégie – qui consiste à écouter sans ponctuer et scander sans lever la séance immédiatement mais de lever la séance lors de la prochaine sortie d’autoroute ou celle d’après – est possible avec le psychotique en général, à condition d’utiliser la scansion avec le psychotique sans occuper la position d’objet a pour lui, mais pour soi.

 

Il faut occuper la position d’objet petit a pour soi, en tant que psychanalyste, pas pour le psychotique, ai-je écrit. Si le psychanalyste se rend objet petit a pour le psychotique il pourra le rendre fou car il s’agit d’une position insupportable pour ce dernier.

 

Pour cette raison, je dis que le psychanalyste occupe, pour lui la position d’objet a, à savoir, il fait silence. Cela signifie concrètement qu’il ne fera pas le mort. Le psychotique, surtout s’il est sur le divan – donc en psychanalyse et pas sur le fauteuil, donc en psychothérapie –, entendra la respiration du psychanalyste, l’entendra bouger. Le psychanalyste pourra serrer la main du psychanalysant et montrer, s’il est nécessaire pour nourrir le transfert, des preuves discrètes de civilité. Pour le patient une telle procédure est moins, beaucoup moins nécessaire. Le tout avec modération et prudence.

 

Si la règle d’or pour le psychanalyste est que moins il parle mieux c’est, dans la clinique avec le psychotique, cette règle est associée à des expressions de son corps vivant, sans exagération. Savoir qu’il a en face de lui un être vif – et cela surtout quand il est sur le divan – apaise le psychanalysant de structure psychotique.

 

La fonction première du psychanalyste avec le psychotique est de supporter le transfert en visant à l’amener au bon port psychothérapeutique. La fonction deuxième est de créer un tombolo en visant à l’amener à la possibilité d’une île[3]. Sans les scansions, cette tâche s’avère impossible.

 

Parfois il faut descendre dans l’arène. Mais avant, il me faut expliquer cette expression. Descendre dans l’arène ne signifie pas engager une dispute ou une controverse, ce qui ne servirait qu’à nourrir l’imaginaire déjà gonflé du psychotique dans la position de malade, patient ou psychanalysant. Il s’agit de descendre dans l’arène où se trouve justement l’imaginaire (le délire, le symptôme) et parler avec, comme Sainte Blandine face aux bêtes féroces. Il ne s’agit pas d’accepter le défi imaginaire du psychotique, quand par exemple, il interpelle le psychanalyste directement, en exigeant une réponse à sa demande. Il s’agit de le mettre au travail d’association libre, avec tact.

 

Dans une telle perspective puisque c’est celle que je pratique, la scansion avec le psychotique est possible.

 

 

Docteur F. de Amorim

CPP - Paris IXe

http://www.fernandodeamorim.com

http://www.rphweb.fr

 

Tél. : 01 47 70 56 02

 

[1] Amorim, F. (2012), De la clinique, RPH, Paris, p. 24.

[2] Amorim, F. (2011), Les étapes du transfert dans la direction de la cure psychanalytique : Naissance, installation et nourrissage du transfert, Brève du RPH du 5. X. 2011, in http://www.rphweb.fr

[3] http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+stuctures-264.html

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