Transfert

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Fernando de Amorim

Paris, le 15 mars 2016

 

 

Aborder le transfert dans la clinique exige, me semble-t-il, de faire la distinction entre le transfert-passion, le transfert-cadeau et le transfert-vérité. Le premier nourrit la clinique avec des affects, d’amour,  de haine, de tristesse. Le deuxième est un transfert dans lequel le patient ou le psychanalysant apporte des souvenirs ou des secrets en séance à donner au clinicien. Il s’agit ici d’un cadeau qui attend un retour amoureux. C’est une manœuvre très courante dans la clinique avec les femmes et chez les hystériques femmes et hommes. Cette manœuvre est menée de main de maître par le moi. Le transfert-vérité se caractérise par des mots qui sortent par l’enclos de dents, comme disait Homère. Il faut que le clinicien soit solide pour supporter ce qui est dit, et ces dires ne concernent pas le genre mais le vrai pour l’être.

 

Etymologiquement, le mot femme, du latin femina, est défini vers la fin du Xe siècle comme l’être humain de sexe féminin ; femelle, entre 1121 et 1134, est défini comme l’animal du sexe féminin. Les anglo-saxons n’ont jamais quitté cette lecture vétérinaire des femmes. La preuve en est que, pour arranger cette impasse, ils touchent le discours social mais pas le signifiant. Voici une question qu’il est possible de trouver dans le questionnaire du bureau des affaires consulaires des Etats-Unis : « No, the only genders available for a passport are male and female » [Non, les seuls genres disponibles pour un passeport sont les hommes et les femmes]. Je pense que celles qui pourront porter un discours consistant sur les femmes, leur plaisir, leur jouissance, leur désir, sont les psychanalystes françaises. A condition qu’elles ne se privent pas de passer par l’Autre. Ici donc, Lacan est clé et serrure. Le mot féminin ou féminine, femenin, apparaît en 1165 et indique ce qui a le caractère de la femme, c’est-à-dire, archaïque certes, mais imprégné de son moi. Le mot féminité apparaît vers 1265, dérivé du latin femina. Ici, les femmes sont happées par le semblant, le semblant de la « mode, de la beauté, du people, de la société, du mariage, des loisirs, de l’astrologie, du e-shopping », des signifiants extraits du site d’un « magazine hebdomadaire français ». Est-ce un reproche ? Pas du tout. Qui, étant civilisé, peut reprocher à une femme un peu de rouge à lèvres, de parfum ou de suivre les saisons des maisons de couture ? C’est quand dame s’égare, voire se perd en exagération ou restriction qu’il faut s’inquiéter.

 

Freud n’a pas voulu jouer au plus malin puisque, très rapidement, il demanda l’aide aux femmes qui l’entouraient et qui étaient des analystes, pour tisser un savoir sur le féminin, sur la féminité. Avec son génie, il avait donné des pistes précieuses qu’un certain nombre d’hommes ont essayé d’articuler. Cependant, il me semble encore que nous sommes dans un registre d’insuffisance.

 

La situation des femmes dans les pays orientaux est consternante, comme la violence faite aux femmes dans les pays occidentaux, comme l’impossibilité aux jeunes françaises d’origine musulmane de jouir de leur corps comme bon leur plaise et sans avoir à subir le despotisme du triste sire habillé en frère, père ou mère. Oui, en mère car, l’orifice qui caractérise l’affaire n’est pas le genre mais le phallus imaginaire que l’Autre non-barré se donne la charge d’incarner.

 

La jouissance du corps féminin est possible pour les femmes quand elles se rendent à la passivité d’être aimée. Mais cette posture dure le moment de l’étreinte sexuelle. Même si parfois cela peut se prolonger comme l’erre d’un navire, cela s’arrête chez les femmes, pas chez celles qui portent le symptôme, qu’il soit névrotique, comme dans l’hystérie, psychotique, comme dans la paranoïa, ou pervers, comme dans le masochisme. D’où l’importance de savoir où se trouve-t-elle dans son désir. L’appel de phares – et ce n’est pas par ignorance que j’utilise une formule née chez les camionneurs – utilisé par les femmes comme les décolletés, les prothèses mammaires, les jupes courtes, les tallons aiguilles, servent à signaler qu’il y a loi et interdit sur la route du désir. Les frileux évitent, les goujats font du rentre-dedans, les fous rentrent dedans. En un mot, ils n’ont rien compris aux codes. Et cela par le simple fait que, si les hommes ne comprennent pas la féminité habillée en mascarade, les femmes ne savent pas non plus ce qui les anime.

 

Le dénominateur commun pour la petite fille et pour le petit garçon c’est la rencontre avec l’Autre.

 

C’est du côté de l’Autre qu’il est possible de saisir, à partir du discours dit librement de la fille devenue femme, lesbienne, ensuite, bi, transgenre, puis cisgenres, intersexe, asexuel, pansexuel, allosexuel, altersexuel comment construire son désir de femme car, l’éventail d’objet sexuel créé à partir des plaintes des unes et des demandes des autres est tel qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

 

Mais le plus intéressant est que, en s’éloignant du champ du désir, où la psychanalyste est l’unique à pouvoir authentifier à l’être sa condition d’être manquant, c’est avec le sigle « + », que les LGBT, ont résolu l’ouverture sans fin de la relation des êtres avec la sexualité.

 

Si nous calmons le jeu de répétition des dires de Freud et de Lacan et si nous nous mettons à table – de l’opération psychanalytique – à partir de Freud et de Lacan mais avec les lunettes de notre clinique, la relation du féminin portera des couleurs plus vives que celles qui nous sont offertes par les tyrans domestiques, les psys, les analystes et les faux prophètes.

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