L’ignorant aimable

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L’ignorant aimable

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Fernando de Amorim

Paris, le 4 juin 2017

 

A L.-L. R. et à Amandine

 

 La technique de l’ignorant aimable consiste, pour le psychanalyste face au délire, voire à l’hallucination psychotique, d’essayer avec prudence et sans forcer, d’éviter le passage vers la thérapeutique médicamenteuse ou l’hospitalisation. Pour cela, il doit faire naître, installer et nourrirletransfert(http://www.rphweb.fr/details-les+etapes+du+transfert+dans+la+direction+de+la+cure+psychanalytique-136.html),tout en mettant en place la technique de l’écarteur (http://www.rphweb.fr/details-la+technique+de+l+ecarteur+-200.html).

 

L’ignorant aimable est à l’opposé de la position du maître, de celui qui dit que l’être psychotique « est fou », qu’il dit « n’importe quoi », que ses dires « ne sont pas prouvés scientifiquement ». Ces arguments sont soutenus par des praticiens qui peuvent dire « Je ne comprends rien à ce que vous dites », ce qui est vrai pour le praticien dans la position de maître ou pour le clinicien dans la position d’ignorant aimable. La différence est que l’ignorant aimable reconnaît le discours délirant et l’hallucination comme preuve de ce que les parties du moi sont séparées.

 

 En occupant la position de l’ignorant aimable, le clinicien vise à rassembler les parties éclatées du moi (Voir Fig. 1). Pour cela, il dira : « Croyez-vous vraiment à ce que vous dites ? Sûrement ? Dur comme fer ? ». Je me suis inspiré ici, des examens de Lacan à Sainte-Anne.

 Une fois la certitude établie, le clinicien demandera plus d’informations. La visée ici est – tout en installant et nourrissant le transfert – de mettre en place la technique de l’écarteur. L’ambition de cette dernière est de passer l’aiguille de la castration, en tirant le fil du symbolique, représenté par les traits vert ci-dessous (Fig. 2).

Il s’agit d’une intention de rafistoler les parties du moi pour mettre en place, soit une suppléance, un quatrième nœud ou un nom-du-père. Ceci se passe dans le champ de l’urgence d’une psychothérapie avec psychanalyste.

 

L’objectif est d’installer le transfert et de mettre en place la technique de l’écarteur pour éviter, si toutefois cela s’avère possible, la prise de médicaments, voire l’hospitalisation. Je signale sans tarder qu’il ne s’agit pas d’éviter la prise de médicaments ou l’hospitalisation à tout prix, mais d’offrir, par un psychanalyste, une pratique clinique possible, pratique qui honore la clinique psychanalytique, désengorge les urgences médicales de demandes déplacées, de consultations en médecine générale inefficaces et de prises de médicaments superfétatoires.

 

Face au psychotique en plein délire, le clinicien est doux, ferme sans être agressif, indiquant qu’il est possible de mettre fin à la rencontre s’il ne se calme pas. Une fois qu’un brin de transfert est possible, le clinicien n’hésitera pas à interrompre le patient en délire : « Vous avez dit quoi ? Je n’ai pas très bien entendu. Pardonnez-moi ! ». Le patient continue et dès qu’il sera possible, une autre intervention face aux dires fous se fera jour : « Je n’arrive pas – je vous demande pardon –, à saisir ce que vous dites ! ». Chaque opération de cette nature doit viser à coudre la partie délirante à une autre partie du moi (Fig. 2). Et chaque fois qu’il s’agit d’hallucination et de délire, le clinicien interrompt le patient avec des demandes qui vont de la sollicitation d’aide pour mieux saisir, histoire de dégonfler la certitude de ce que dit, ou fait, le patient.

 

Cette technique vise à raccommoder, rafistoler, les parties séparées du moi avec les fils du transfert et du symbolique évoqués plus haut. Ainsi, l’être s’installera ou se réinstallera dans la position de quelqu’un qui peut construire, à partir du désir et du transfert, une issue possible pour lui.

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