Le poids des mots

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Le poids des mots

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Fernando de Amorim

Paris, le 11 septembre 2017

 

Dans Le Figaro du 9-10 septembre 2017, il est possible de lire « Le cas d’école D. M. », et en sous-titre : « Le parcours de cet adolescent est représentatif des “déséquilibrés radicalisés” ».

 

Ce qui a attiré mon attention c’est l’usage du mot « adolescent » pour quelqu’un qui a 18 ans. A cet âge, âge légal de la majorité, l’être est un adulte.

 

Infantiliser les êtres ne les aide pas à grandir et à se voir comme responsables de leurs paroles et de leurs actes.

 

C’est justement parce que l’Autre social, à savoir, les parents, l’autorité publique, scolaire, policière, n’assume pas la responsabilité et la punition tout en laissant la possibilité à une voie de sublimation ou de construction existentielle – des pulsions que ces dernières se déchaînent devant des adultes pétrifiés.

 

Empêcher des adultes de partir faire le terrorisme est ridicule et d’accepter leur retour est stupide. Un comportement démocratique est possible quand les individus ou les groupes en désaccord respectent les règles démocratiques.

 

Monsieur D. M. est représentatif de l’incompétence des adultes et de ce qu’il nous faut changer de paradigme pour la vie familiale et sociale.

 

Bien évidemment ce Monsieur est zinzin, comme n’importe quelle personne qui passe à l’acte. Déclarer cette personne irresponsable est une erreur car cette déclaration n’est pas suivie d’une injonction de psychothérapie avec un psychanalyste. Ce Monsieur est responsable de son acte et il doit payer selon les règles établies par la justice. Cependant, il convient de lui imposer un traitement psychothérapeutique.

 

La radicalisation commence quand les parents n’éduquent pas leurs enfants à entrer dans le pays qui les a accueillis, quand les parents ne supportent pas d’être les piliers sur lesquels les enfants vont s’appuyer pour apprendre à haïr car, c’est en apprenant à haïr ses parents que les enfants peuvent apprendre à aimer, s’aimer et être dans le monde de manière civilisée et non barbare.

 

Personne ne peut être stabilisé, comme il est écrit dans l’article, par un traitement psychiatrique. Un traitement psychiatrique est un traitement médical. Or, l’humiliation, la détresse, la misère sociale et économique ne se soignent pas avec des psychotropes.

 

Il faut repenser le paradigme de la santé mentale et mettre en avant la psychanalyse française et la clinique psychothérapeutique des psychanalystes telle qu’elle se pratique au sein de la consultation publique de psychanalyse (CPP).

 

Comment ne pas être sensible au ridicule de nommer « Etat » une bande de malfrats qui veulent détruire l’autrui qui n’est pas d’accord de nourrir leurs fantasmes ou leurs délires ? Toutes les fois que les médias parlent ou écrivent « Etat Islamique », ils les confortent dans leurs croyance ou dans leur certitude qu’ils sont citoyens d’un Etat. Ce qui ne consiste qu’à renforcer leur imaginaire malade.

 

Certes, la psychiatrie « est exsangue », mais ce n’est pas une raison pour continuer à réduire l’unique existence de la psychiatrie au nombre de lits disponibles et des prises de médicaments. Nous avons en France des jeunes qui sont dans des Facultés de psychologie et de psychiatrie, qui passeront des années avant d’entrer dans le monde du travail. Je demande l’ouverture des consultations publiques, où ces jeunes pourront faire leurs preuves tout en étant supervisés par des cliniciens plus expérimentés.

 

L’adolescence, ce vain mot, au point tel que Freud ne l’utilisera que trois fois dans son œuvre – deux fois dans l’analyse critique de « Katarina » en 1895 (Gesammelte Werke, I, 194-95) et dans sa « Contributions à la discussion sur le suicide » en 1910 (GW VIII, 63) ; une troisième dans « Le créateur littéraire et la fantaisie » en 1908, où il écrira Der Heranwachsende, qui sera traduit comme « l’adolescent ». Mais le plus étonnant, c’est que, dans sa « Lettre à Romain Rolland, où il écrit « halbwüchsige Kinder », c’est-à-dire, enfants mi-adultes, sera traduit en français par « adolescents ».

 

Loin de critiquer le travail de traduction – ce n’est ni mon métier ni ma compétence – j’attire l’attention sur la nécessité de garder en tête, cliniquement et socialement, la période de transition inéluctable du passage de l’enfant à l’homme pour le jeune. Mais surtout, surtout, l’installation du symptôme des adultes à se comporter comme des ados, bien évidemment attardés, pour profiter du moment pour revivre ou ne pas quitter ce qui mérite ici d’être appelé son adolescence.

 

Au contraire d’aider le jeune à traverser cette tempête, l'adulte l’y maintient : en fumant de la drogue avec lui, en jouant avec lui comme un copain, en allant en discothèque avec lui, en qualifiant – comme le font certains policiers et journalistes – de « bêtises » le fait qu’ils brûlent des poubelles ou des voitures.

 

Les bêtises sont du ressort des êtres de 8 ans, à partir de 18 ans, des actes répréhensibles juridiquement, moralement ou socialement sont nommés des fautes.

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