Le féminin et son lien avec la féminité (27)

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Le féminin et son lien avec la féminité (27)

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Fernando de Amorim

Paris, 24 mai 2018

 

 

Si Lacan a mis en évidence quelques commentaires des analystes de la première heure dans son article sur la « Sexualité féminine », dans son séminaire intitulé « La logique du fantasme », c’est sur la jouissance féminine qu’il se penchera. Et le Monsieur ne va pas y aller de main morte : si les analystes mâles affrontent la jouissance féminine le moindrement, les analystes-femmes qui approchent ce thème, sont terrifiées. Il continue : « De sorte que la question de la jouissance féminine ne semble pas, d’ici un jour prochain, être vraiment à l’étude. ». Et de conclure : « …puisque c’est là, mon Dieu, le seul lieu où l’on pourrait en dire quelque chose de sérieux. ». Il faut entendre ce Dieu-là, comme l’Autre, c’est mon interprétation. Ainsi, pour apprendre quelque chose sur la jouissance féminine il faut passer par le trésor des signifiants. En d’autres termes, « L’objet, donc, n’est pas du tout donné en lui-même par la réalité du partenaire ! J’entends l’objet intéressé dans la dimension normée, dite génitale, de l’acte sexuel. Il est beaucoup plus proche – en tout cas c’est le premier accès qui nous est donné – de la fonction de la détumescence. ». Si la jouissance féminine passe par le grand Autre, et ici il est non-barré, encore mon interprétation avec les conséquences qui s’ensuivent, cela laisse la porte ouverte, si j’ose dire, à toute sorte de manière de jouir. Quand le masculin n’a que son sexe – voire son petit fétiche ou « son p’tit chapeau, son p’tit manteau, sa p’tite auto » dixit Brel, pour montrer son impuissance phallique, pas forcément pénienne d’ailleurs, « Car pour lui le sexe, c’est plus qu’un tuyau », dixit Nougaro – le féminin en tire du plaisir, et jouit, quand il est castré, de manières les plus fleuries. Quand il n’est pas castré, ce n’est pas féminin, c’est de la féminité, de l’impuissance, donc, ça jouit sans corps, ça jouit dans l’autre, ça jouit de l’autre, mais sûrement pas avec l’autre, donc sans soi. Le féminin jouit de l’objet pulsionnel – la jouissance de l’objet féminin est le manque – pas du partenaire. Le masculin, comme la féminité, jouissent de l’image du partenaire, voire de l’image tout court. C’est pour ce motif que, dès qu’il n’y a plus d’image, ça ne bande plus, ou ça bande mou. L’augmentation de la taille du sexe des hommes, des seins des femmes, vont dans le sens de cette image phallique imaginaire. La détumescence de la position phallique de la féminité permet aux femmes de prendre la voie de la construction de leur position féminine. Si la question de la jouissance des femmes est laissée intacte, c’est parce qu’elle est barrée par le père de la horde, le père primitif, le père barbare, le père barbu, le père originel qui jouit de toutes les femmes. Cette logique du phallus imaginaire de mâle, donne à des messieurs des autorisations étonnantes encore aujourd’hui : jouir du corps de plusieurs femmes dans leur harem, autorisation à avoir plusieurs femmes, mutiler au nom de croyances des fillettes, des petits garçons. Cette logique de châtiment, que le lecteur m’autorise ce néologisme, anticipe sadiquement sur le fait que l’enfant ne puisse pas tuer l’adulte châtreur en grandissant, et justifie l’instauration, par cet adulte – incarnation de l’Autre méchant – au nom de sa culture, de sa tradition, de sa religion, de laisser libre cours à la jouissance haineuse de sa pulsion agressive. Or, il est possible de satisfaire la pulsion agressive par la sublimation qui construit la vraie culture – celles des arts et des êtres –, une vraie tradition – celle, discrète, qu’il est possible ou pas de suivre sans se faire molester –, la vraie religion – la catholique comme disait Lacan –. « Vraie » car ayant comme base l’incarnation, vraie car traversée par la philosophie grecque, vraie car castrée, vraie car portée par un rien, Dieu, par une femme, sa mère, mère dont son fils s’est empressé de se séparer. Avec Lacan, il m’est possible de rassurer les mères incarnées en leurs écrivant que les analystes ne savaient pas ce qu’ils disaient quand ils indiquaient la responsabilité des mères concernant la santé mentale de leurs progénitures. Ils n’ont pas tort du tout, mais c’était mal dit, ou parfois dit de manière maladroite, mais c’est ça la recherche clinique. Ainsi, avec Lacan, il est possible de mettre en évidence l’Autre, barré quand castré, ce qui signale que la mère fait place au père auprès de l’enfant ; ou l’Autre non barré quand elle prend l’enfant pour elle, comme la matérialisation phallique de ce qu’elle veut avoir. La différence entre, Autre barré et non barré est lisible aussi pour une vraie société humaine et une agglomération des brutes. Une culture basée sur le respect des êtres, indépendamment de leur sexe, de leur âge, de leur couleur de peau est une société qui cherche la compagnie de ce grand Autre barré. Une société menée par un tyran, par une religion, où il fait affreux vivre, est l’incarnation du grand Autre non barré. Dans ces dernières, la jouissance féminine est condamnable. Pas forcément par des adultes mâles, simplement par des adultes sans aucun projet de vie possible pour les générations à venir. Si l’être parlant est attaché à cet Autre barré, il envisage de devenir sujet – qui se dit, familièrement, « devenir quelqu’un ». Il est possible d’attendre une telle perspective de vie à la sortie d’une psychanalyse (Cf. Cartographie RPH), d’être pour quelque chose dans sa relation au signifiant, à l’Autre et au réel. D’autres, la grande majorité – les réseaux sossiaux, bien écrire c’est bien nommé –, il faut le reconnaître, seront des objets a en balade dans le monde, parfois, égarés dans leur vie. Ces deuxièmes, perdus, sont des objets petit a, bien évidemment, mais ayant un statut particulier. Parce qu’ils ne sont pas castrés, ils occupent la position de petit a, petit a de mèrede car, la relation avec la mère ici est au sommet de son escalade. Il est littéralement pris au col du Merdassier. Sans aucune intention d’être castré de ce qu’il faut bien nommer sa merdasse phallique, elles, mères et filles, feront chier tout le monde pour ne pas lâcher cette jouissance, bien évidemment merdique. La castration montre au masculin que le phallus n’est pas le pénis, qu’il se fourre la bite dans le nez, et elle montre au féminin que, s’identifier à l’imaginaire est source d’emmerdes au quotidien. La solution, pour les sexes est de dégonfler le phallus imaginaire et de construire le phallus symbolique.

 

Lacan, J. (1966-67), La logique du fantasme, Editions de l’ALI, Leçon du 24 mai 1967, inédit.

 

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