Le féminin et son lien avec la féminité (22)

Retour

Le féminin et son lien avec la féminité (22)

cliquez sur les images pour les agrandir

 

 

Fernando de Amorim

Paris, 11 mai 2018

 

Dans sa communication « Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité », Hélène Deutsch dit que « le complexe de masculinité de la femme a été connu plus tôt que la féminité »[1]. Il faut signaler que le premier est plus évident que le second. La féminité chez la femme est attendue par l’homme, c’est d’ailleurs cela qui lui permet de trouver chez sa partenaire l’excitation nécessaire pour satisfaire ses fantasmes de complétude car, la féminité chez sa partenaire comble son manque à elle, manque qui le terrifie, lui. Nous avons ici la petite perversion du névrosé. Et que le lecteur ne me pense pas réprobateur. L’avantage de vivre dans un pays civilisé c’est que, ce qui se passe dans l’intimité d’un couple dans leur recherche de plaisir ne regarde personne, ni les moralisateurs, ni les religieux, ni le voisinage. C’est l’avantage de vivre sous le filet du grand Autre français. Les jeux sexuels consistant à couvrir sa partenaire et à la dévoiler, l’habiller de petits tissus ou de grands talons visent donc, à introduire le phallus imaginaire au moment de l’acte sexuel. Jusqu’à l’orgasme. Ensuite, le phallus imaginaire peut disposer. Dans la féminité, il, le phallus imaginaire, continue à maintenir son érection imaginaire après la copulation. Cette érection imaginaire, de manière plus ou moins exagérée, est plus ou moins tolérée par l’Autre social dans les sociétés civilisées. Le noyau de la féminité est la volonté phallique de quelques femmes d’incarner, d’incorporer, voire d’être le phallus. Quand l’homme vise à occuper cette position, il se féminise, ce qui le rend impuissant. Comme écrit plus haut, la féminité en tant que trait phallique, est supportée chez les femmes, elle est tolérée en général, dans les sociétés civilisées, chez les hommes. Hélène Deutsch nomme la menstruation, la conception, la grossesse et la mise au monde, comme des formes d’expression les plus féminines d’une femme[2]. Et pourtant, en les mettant en lien avec « les restes jamais vaincus de sa bisexualité »[3], nous tombons dans le registre de la féminité. Le féminin est du côté du plaisir, la féminité, elle, du côté de la jouissance. Le féminin est du côté du ça, je dirais même presque pur, puisqu’il n’y a pas de mot pour décrire la manière féminine de jouir, même elles ne savent pas, c’est pour cette raison d’ailleurs que quelques hommes, en essayant de résoudre ce qui est pour eux un problème, le problème de la sexualité féminine, s’y sont cassés les dents ou se sont féminisés. C’est une énigme, comme tant d’autres, qu’il faut gérer, faire avec les moyens du bord. M’autoriserai-je à me moquer du cinéaste auquel R. Arquette avait dit « le jour où il comprendra les femmes, qu’il m’appelle ! », ou du couturier qui habille et fait défiler des femmes épurées de féminité et de féminin ? Pas du tout. Je suis dans la même position. Cependant, je ne fais pas le plus-malin. Je les écoute, attentivement, avec bienveillance. Freud avait demandé aux analystes-femmes de répondre à leur énigme. Or, elles n’ont pas fait le tour de leur désir car elles ne sont pas arrivées au terminus de leur psychanalyse. Je pense que la nouvelle génération des psychanalystes qui acceptera de continuer leur psychanalyse pendant la durée de leur exercice clinique, aura plus de chance d’apporter des lumières à l’obscurité. En attendant, amusons-nous. H. Deutsch, dans la conférence en question, essaie « d’approfondir la genèse de la « féminité », autrement dit la position féminine-passive masochiste, dans la vie psychique de la femme. »[4]. Il me semble important de séparer les concepts : la féminité est à mettre du côté du moi passif car aliéné par la relation qu’il, le moi, maintient avec l’Autre non-barré et avec la résistance du surmoi. Ces deux instances sont au cœur du moi. Le féminin peut se traduire de manière passive pour son plaisir, par jeu, pour l’amusement du moment sexuel qui cherche et trouve l’orgasme, mais pas par masochisme. La passivité, le masochisme ce ne sont pas une injonction dans la position féminine, comme c’est le cas de la féminité. L’être dans la position féminine a le surmoi à sa place et sa résistance dégonflée, le ça coule comme une rivière tranquille et le moi n’a pas le melon. Parfois les explications chez quelques femmes peuvent prendre la voie de l’Autre non-barré – la méchanceté de l’interprétation –, ou de la résistance du surmoi – l’acte méchant –. H. Deutsch parle du déni de la non-possession du phallus et de l’espérance du futur (« je l’aurai un jour »)[5]. C’est ici que je situe l’usage de la parole et l’interprétation comme une arme de domination chez quelques analystes et quelques psys. Quand la position du psychanalyste est d’occuper la position du mort, du chien toléré par la gérance, comme dit le poète, quelques praticiennes utilisent leur diplôme comme redoutable moyen de revanche ou d’acquisition du phallus imaginaire, l’enfant du père. Je me limite aux praticiennes et je ne fais pas une lecture des autres femmes dans d’autres métiers et enfin, je ne vise pas la position des hommes en tant qu’analystes ou psys parce que ce n’est pas l’objectif de cette série de brève. La pulsion d’emprise n’est pas à négliger dans la conduite des cures par des femmes. Et pour apprendre davantage sur les enjeux cliniques, il faut se donner les moyens cliniques, à savoir, le retour sur le divan pour les analystes, cela pourra construire chez elles, une véritable position de psychanalyste. En voulant prolonger les pensées de Freud[6] –, Hélène Deutsch va de la phase phallique (Freud), à la phrase « post-phallique. »[7] –, elle croit que le destin féminin de la fille est scellé[8]. Il me semble que, si quelque chose est scellé, seule la cure pourra l’attester. La psychanalyse est une clinique de l’espérance, de la construction et du travail, à condition de pousser la cure jusqu’à son terme. Enfin, et c’est l’élément le plus important, si les adultes ne dérangent pas le développement normal du féminin chez les filles, elles traverseront les étapes de leur développement de manière féminine.

[1] Deutsch, H. (1929), Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité in Féminité mascarade, Seuil, Paris, 1994, p. 215. 

[2] Ibid., p. 216.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 217.

[6] Ibid., p. 218.

[7] Ibid., p. 219.

[8] Ibid.

Contactez-nous