Le féminin et son lien avec la féminité (19)

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Le féminin et son lien avec la féminité (19)

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Fernando de Amorim

Paris, 1 mai 2018

 

Dans la féminité, la fille devenue femme met en pratique le pouvoir qui est le sien, comme une revanche quand elle était en état de désaide[1]. Le penisneid est l’indicateur de la haine d’une situation où l’être était, et reste, dans une position défavorable liée à son intégrité psychique et corporelle. Dans la féminité, l’être préfère le rôle actif parce que la pulsion est de nature active. Ici, la féminité nourrit le phallus imaginaire. Il faut signaler qu’il est possible de trouver la nature active aussi dans la position féminine. Mais ici, elle, la pulsion, a servi à construire le Phallus symbolique. Même si l’être fait la morte ou est passive dans l’acte sexuel, il s’agit d’un jeu qui vise, comme une matérialisation de son fantasme pendant l’acte, de la faire jouir davantage. La féminité au contraire, est une activité symptomatique qui peut être représentée par l’hyperactivité de quelques femmes dans la vie en générale, comme dans l’acte sexuel en particulier. Comme cette activité excessive ne trouve pas sa source dans la pulsion mais dans le semblant, le résultat est la fatigue dans la vie sociale, professionnelle ou sexuelle. Freud part du principe que « les premières expériences vécues sexuelles et teintées de sexualité auprès de la mère sont naturellement de nature passive. »[2]. Il a raison si le lecteur lit l’expérience de manière biologique. Pour les mammifères non-parlant la relation est effectivement passive car prise dans la relation imaginaire (a –— a’). Pour l’être parlant, pris par la pulsion, cette dernière traverse un des trois Autres – l’Autre de la névrose, psychose ou perversion – pour trouver sa satisfaction. Donc, il n’y a pas de passivité dans la vie sexuelle de l’être parlant. Même sa passivité est fruit de l’action de la pulsion. Il faut, de plus, ajouter que cette activité ne trouvera jamais satisfaction et c’est pour cela que la recherche dynamique continue, ad vitam aeternam. Même « si le jeu de la poupée est habituellement considéré comme le signe d’un éveil précoce de la féminité »[3], il me semble qu’il s’agit plutôt de l’expression d’un jeu où la fille peut exprimer ce qu’elle a vécu dans une position passive vis-à-vis de l’autre, et ainsi régler, si cela passe par l’Autre barré, sa volonté de vengeance et de revanche. Quand ce jeu ne passe pas par la castration, la féminité deviendra son arme et la maternité son bouclier. En un mot, l’enfant deviendra, même avant sa naissance l’épée par laquelle la mère défendra la chair de sa chair. Les mères du sacrifice, qui sacrifient tout pour leurs filles, ne font que défendre leur bout de gras narcissique. Bien évidemment l’amour n’est pas dans l’affaire. Sans castration, pas d’amour. Il faut entendre ici amour véritable, amour castré. Dans cette « activité de la féminité »[4] – Aktivität der Weiblichkeit[5] –, la fille représente, porte cette liaison avec le phallus. Cette identification imaginaire coupée, permettra à la fille de se féminiser. Freud a raison de signaler que l’objet-père dans l’activité de la féminité est « totalement négligé »[6]. Il est négligé parce qui la mère tient sa fille dans la position de son phallus, parce que la fille retire le bénéfice d’occuper la position d’objet et l’homme de ne pas assumer la responsabilité d’occuper la position de père dans cette situation familiale. Le lecteur pourra se demander si je ne prends pas en considération les nouvelles organisations familiales où les lesbiennes et les homosexuels sont des parents et où les parents hétérosexuels constituent des familles recomposées, or, mon travail clinique commence quand une personne qui souffre, indépendamment de son sexe, de son couple, de ses parents, vient me rendre visite. Je ne suis pas psychanalyste de la société dans laquelle je vis. Je laisse cela pour les analystes et les psys donneurs d’avis et d’opinions. Je suis psychanalyste de ceux qui m’installent dans cette position, à la sortie de leur psychanalyse. L’être féminin l’est, dès sa plus tendre enfance. C’est l’adulte qui la dévie de sa voie. Dans l’exemple donné par Freud – « Les personnes de sexe féminin ayant une forte liaison à la mère, sur lesquelles j’ai pu étudier la phase préœdipienne, ont unanimement rapporté qu’elles avaient coutume d’opposer la plus grande résistance aux clystères et lavements intestinaux auxquels la mère procédait sur elles et d’y réagir par de l’angoisse et des cris de fureur. »[7] –, les filles en question ont réagi avec fureur. Mais que peut faire une enfant face au désir de l’Autre sinon crier et, devenue plus grande, portée par l’angoisse, venir rencontrer le psychanalyste et ainsi s’inscrire dans sa vie féminine ? Les liaisons de ces êtres de sexe féminin, dans les premiers temps de leur vie sont inévitables car, il s’agit d’une relation privilégiée pour la mère et nécessaire pour la fille. L’effraction dans le corps de l’être féminin sans passer par l’Autre barré, sans parole de justification de l’acte parfois thérapeutique, dévie la libido de la voie féminine, produisant ainsi, des réactions de féminité, voire de masculinité, comme forme de défense et d’identification. Il faut signaler que je ne partage pas la conception freudienne de phase préœdipienne[8]. Un fruit n’est pas presque mûr. Ou il n’est pas mûr, et donc il reste accroché à l’arbre, ou il est mûr, et il tombe. La relation œdipienne commence avec le désir des parents. Elle prend fin quand l’être ne trouve plus nécessaire de se référer à ses parents pour conduire sa vie.

[1] Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres complètes, Volume XIX, 1931-36, Paris, 1995, p. 21.

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 22.

[4] Ibid.

[5] Freud, S. (1931), Über die Weibliche Sexualität, G.W., XIV, p. 531.

[6] Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Op. cit., p. 22.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

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