Le féminin et son lien avec la féminité (11)

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Le féminin et son lien avec la féminité (11)

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Fernando de Amorim

Paris, 18 avril 2018

 

 

Quand les filles se détournent « de l’amour incestueux pour le père, entendu au sens génital, elles rompent en toute facilité avec leur rôle féminin, donnent vie à leur « complexe de masculinité » (van Ophuijsen) et ne veulent désormais être que des petits garçons. »[1]. Je mets en évidence qu’il s’agit ici du génital, ce que les patientes et les psychanalysantes d’aujourd’hui se refusent à reconnaître, mais que, en 1919, Freud l’écrivait sans trembler. Je loue son courage scientifique. Freud constate un fait clinique, mais il est aussi influencé par un auteur de moyenne envergure. Il faut mettre aussi en évidence que c’est aux parents de ne pas céder de leur position car, quand ils cèdent[2], la fille fera symptôme, appel, plainte, demande à ce que l’Autre barré (Ⱥ) intervienne. Malheureusement, les viols des petites filles se passent, dans leur immense majorité, entre la fille et un adulte proche : père, beau-père, oncle, grand-frère. Plus rarement mère, tante, sœur, mais la littérature reconnaît l’existence de cas d’agression des filles par des femmes. Vouloir devenir des « petits garçons » n’a rien à voir avec la constitution d’une petite fille. Elles, les petites filles, ne veulent pas devenir petits garçons, en se comportant de la sorte, elles font appel à un Autre barré parce que leur entourage n’introduit pas la castration qui apaise. Si le souffre-douleur ou le bouc émissaire des filles ou des femmes sont des petits garçons ou des hommes, c’est par manque de castration des filles, qui se comportent en jalouses, envieuses, voire en vengeresses. Une fille castrée, qui est reconnue dans sa position d’être féminin, qui est reconnue, non comme un être qui manque de pénis mais comme un être né avec un vagin, n’a pas de raison de s’identifier avec ce qu’elle n’a pas, sauf pour jouir, le moment venu. La fille souffrante, quand elle veut avoir un pénis, elle construit une identification imaginaire à l’homme, elle, si le lecteur me le permet, s’hommifie, son corps de femme se mortifie pour mettre en place un embaumement cadavérique du féminin, comme ce qui est utilisé pour conserver une momie, afin de faire homme[3]. Quand elle construit une identification imaginaire avec le phallus, elle se comporte « comme si elle avait des organes génitaux masculins »[4]. L’homme masochiste peut se mettre dans la position de femme, avoir des attributs évoquant la féminité, avoir des expressions efféminées, mais structurellement, il lui est impossible d’occuper une « position féminine »[5]. Il lui manque la castration, et c’est cette dernière qui indique le possible à l’être dans son rapport au réel. Dans le masochisme, le fantasme de fustigation infantile repose sur une position fénimixte, position où la femme incarne le phallus imaginaire. L’usage de ce néologisme vise à distinguer la revendication sociale féministe, des femmes qui utilisent ces mêmes moyens des revendications pour mettre en évidence leurs adjurations phalliques. Dans les fantasmes masochistes, le masochisme ne coïncide pas avec une « position féminine »[6]. Il est l’indicateur que les adultes qui entouraient l’enfant l’avait laissé croire qu’une femme peut être ou peut se comporter de manière phallique à son égard. Concernant l’homosexuel, il ne s’identifie jamais à une position féminine[7], mais à la féminité maternelle, comme les vamps, voire au phallus imaginaire maternel, comme les femmes phalliques. Pris dans l’embarras théorique, Freud cherche dans la constitution bisexuelle de Fliess, qui n’était pas psychanalyste, une hypothèse pour soutenir que « chez l’homme, le refoulé inconscient est à ramener aux motions pulsionnelles féminines »[8]. Le féminin est le résultat de motions pulsionnelles traversées par l’Autre barré. En un mot, la bissexualité est l’indicateur clinique que l’être n’est pas castré. Après la castration, après la sortie de psychanalyse, il sera possible de parler d’homosexualité en tant que symptôme ou en tant que structure. Pas avant. Avant il ne s’agira que de conjonctures, comme la « protestation masculine » et la « ligne féminine » d’Adler[9]. S’il était justifié, à l’époque, que Freud réponde à cet auteur de petite envergure, aujourd’hui, il me semble que la psychanalyse est suffisamment solide pour sortir ses conclusions de sa clinique et des cliniciens qui sont en psychanalyse personnelle. Le fantasme (imaginaire) « Je suis battu par le père » est une indication au père (réel) que ce dernier se doit d’occuper une position de castré et d’objet de castration (symbolique). Pour une fille, être battue ne veut pas dire être aimée[10]. Un fantasme, un symptôme, un appel, une plainte, une demande à être battue, indique la souffrance de la fille dans son rapport à sa position en tant qu’être féminin.

[1] Freud, S. (1919), « Un enfant est battu », contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles, Œuvres complètes, Volume XV, 1916-20, puf, Paris, 2006, p. 133.

[2] Van Ophuijsen, J. (1917), Contributions au complexe de masculinité chez la femme in Féminité mascarade, Seuil, Paris, 1994, p. 14.

[3] Ibid., p. 24.

[4] Ibid., p. 25.

[5] Freud, S. (1919), Op., cit., p. 140.

[6] Ibid.

[7] Ibid., p. 142.

[8] Ibid., p. 143.

[9] Ibid.

[10] Ibid., p. 144.

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