Le féminin et son lien avec la féminité (10)

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Le féminin et son lien avec la féminité (10)

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Fernando de Amorim

Paris, 17 avril 2018

 

 

 

Dans « Le tabou de la virginité », Freud évoque le primitif qui pose un tabou car il redoute un danger, créant ainsi une « crainte de principe devant la femme ». Selon lui, « L’homme redoute d’être affaibli par la femme, d’être contaminé par sa féminité et de se montrer alors incapable ». L’homme, et sa récusation narcissique de la femme, largement empreinte de dédain – la phrase est freudienne –, quand il se moque des femmes ou qu’il leur refuse l’accès au bar – que ce soit au Ritz bar, à l’époque « Le Café Parisien » en 1921, ou dans les cafés de la banlieue parisienne en 2016 –, indique être simplement celui qui porte l’apparat masculin, parfois une moustache, un autoritarisme, mais toujours, un pénis. Pour quelques-uns, ces apparats sont suffisants pour qu’ils s’auto-considèrent en tant qu’homme. Or, nous avons, ici, le témoignage même de leur inaptitude car, pour être homme, porter le pénis n’est pas suffisant : il est attendu aussi de la virilité. Du côté femme, la féminité n’est pas suffisante. Il lui faut un plus caractérisé par le manque car c’est ce qui l’introduit dans le registre du féminin. Freud, en faisant appel à l’oxymore « frigidité féminine », nous indique une difficulté de taille dans la compréhension de la vie sexuelle des femmes. Une femme qui exprime sans « déguisement son hostilité envers l’homme, en l’injuriant, en levant la main sur lui ou en lui donnant effectivement des coups », nous indique que cet homme est maladroit sexuellement, ne bande pas ou bande mou. Ici, sa partenaire fait appel à ce qu’il se ressaisisse et devienne viril. Il est important de voir la finesse de Freud dans la lecture de la progression utilisée par la partenaire dans ses appels à la virilité : expression sans déguisement de son hostilité, l’injure, menace de frapper et, enfin, des coups effectifs. Quand ces appels à la virilité ne sont pas incarnés par l’homme, quelques femmes, par identification phallique, prennent les choses en main, si j’ose dire. Elles porteront la culotte dans le couple. La frigidité est aux antipodes de la position féminine. La frigide refuse le manque provoqué par la pénétration puisqu’elle est déjà pleine, pleine d’amertume, de haine, de frustration, en un mot, du phallus imaginaire. Cependant, il ne faut pas oublier le jeu excitant pour quelques femmes d’introduire un plus dans leur jouissance en tapant leur partenaire pour que ce dernier puisse être un plus dans la relation, à savoir, un qui la pénètre, l’autre qu’elle pénètre des mots grossiers ou de coups ; voire encore, en lui demandant d’être humiliée par des mots et des actes pendant la relation sexuelle. La preuve est que, une fois satisfaite, si le crétin qui la baise continue à l’insulter ou la frapper, elle le regardera d’un air estomaqué face à la grossièreté d’un tel personnage à l’appeler de petite pute ou à la fesser. Le scénario fantasmatique mis en place dans l’imagination – et non dans l’imaginaire – féminin, est un plus de jouissance, féminine. Le tout se dégonflera avec son orgasme. Dans le premier coït, l’attitude féminine est directement liée à la manière dont la sexualité lui a été présentée. La rencontre peut être amoureuse si la fille était préparée à devenir une femme dès sa plus tendre enfance. Cette manière de traiter les futures femmes est de l’entière responsabilité des adultes qui l’entourent et de la société qui les a vu naître. Des adultes abrutis, coincés par leurs inhibitions ou par leurs adorations en des discours qui vont dans le sens de leurs symptômes et de leur aliénation, enseigneront aux filles qu’être fille est nul ou que coucher avant le mariage est péché. Ces adultes se vengeront du traitement que leur sexualité a reçu durant leur enfance, en traitant leurs progénitures ou leurs enfants proches par le mépris, la peur ou la violence sexuelle. Ils amputeront les prépuces des garçons et exciseront le clitoris des filles au nom de leur haine et de leur soif de sang. Bien entendu, cela ne sera pas présenté ainsi, mais au nom d’une religion barbare ou d’interprètes autoproclamés des dieux, des jouisseurs, en somme. Dans les deux cas, le grand Autre barré n’est pas au rendez du désir, ce qui force la fille à rester vierge pour le triste sire qui l’épousera en lui promettant de « la laisser travailler et voyager ». Il ne sait pas qu’elle n’est plus vierge depuis des lustres et qu’elle vient de refaire une hyménoplastie depuis qu’elle sait que sa mère s’est mise d’accord avec la mère du prétendant. La frigidité des femmes est en relation avec la manière dont la sexualité et le plaisir leurs ont été présentés. Qu’une femme puisse avoir une relation sexuelle avec Civa ou « s’asseoir sur le gigantesque phallus de Priape », ne peut être qu’une invention méchante animée par la pulsion sadique de l’adulte, habituellement homme, mais aussi quelques femmes vengeresses. Le pénis de son amoureux est plus agréable que le phallus en pierre. Rien ne peut justifier la pulsion sadique des êtres humains, ni une religion, ni une tradition, ni une coutume car elles « s’opposent totalement à la fonction et au rôle féminin ». En un mot, il s’agit de comportements barbares qu’il faut civiliser, non pas par imposition, mais comme proposition, proposition de vivre sans être soumis à l’Autre jouisseur.

 

Freud, S. (1917), Le tabou de la virginité (contributions à la psychologie de la vie amoureuse III), XV, 1916-20, puf, Paris, 2006, p. 86.

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