La visée de la scansion, paris 9

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La visée de la scansion, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 14 février 2016

 

 

Chez l’être, la scansion pourra produire un effet de surprise car ce sont les mots – dits en respect de la règle d’association libre – qui vont autoriser le clinicien, dans la position de psychothérapeute ou de supposé-psychanalyste, à rectifier la direction ou la levée la séance.

 

Si j’utilise le mot être, c’est pour éviter le mot malade, – s’il est alité à l’hôpital –patient – s’il est reçu hors de sa chambre hospitalière mais dans l’enceinte de l’hôpital ou dans une consultation à l’extérieur et sur le fauteuil – et, enfin, pour éviter d’utiliser le mot psychanalysant – quand il est sur le divan –. Ainsi, il s’agit de l’être dans la position – et non dans la place –, de malade, de patient ou de psychanalysant.

 

C’est à la sortie de la psychanalyse que nous pouvons parler de sujet et, par voie de conséquence, que nous pouvons parler de psychanalyste.

 

L’usage du mot psychothérapeute ici indique que le praticien ne peut occuper que cette place. Je pense aux psychologues, psychiatres et psychothérapeutes. Le mot psychanalyste est utilisé pour le supposé-psychanalyste uniquement quand le psychanalysant sort de sa psychanalyse. A ce moment ce dernier devient sujet dans son rapport à son désir, à ses semblables et au réel, et le supposé-psychanalyste devient effectivement psychanalyste. Au moins de la cure en question.

 

Ce souci des détails vise à éviter que le clinicien s’enfle d’importance.

 

Une fois, ces remarques lourdes, mais nécessaires, faites nous pouvons avancer.

 

La scansion pousse la psychothérapie vers A, « le lieu d’où peut se poser à lui la question de son existence »[1]

 

Lacan écrit A. J’écris Ⱥ. Il me semble important de traiter les textes avec respect mais avec une visée de faire avancer la psychanalyse. L’Autre dans la psychose n’a pas de barre, il jouit sans limite, au point où l’être perd de sa dignité humaine. Il est la risée de ses semblables quand, dans la rue, il se prend pour Napoléon ou quand il pleure et crie que le monde trouvera sa fin le 31. 12. 1999 à 22h 22min.

 

L’Autre comme lieu de sa question : « Qu’est ce que j’ai dit là ? », vient indiquer que nous n’avons pas à faire à un psychotique mais à un névrosé car ce qui signe la psychose c’est l’hallucination, le délire, la certitude, et non pas la question que le moi pose à l’Autre. Cependant, en faisant appel à l’Autre, le moi reconnaît que chez lui, une instance peut répondre à sa question. Le psychotique n’a pas besoin de l’Autre. Il sait. Il est sûr.

 

Le psychotique n’est pas psychotique toute la journée, ce qui peut justifier qu’un patient puisse poser sa question à l’Autre en étant de structure psychotique. Ce n’est pas l’Autre qui est barré ou non barré, c’est celui qui pose, ou non, la question de son existence qui est, ou non, castré. Pour cette raison, il y a des psychotiques, pervers et névrosés qui désirent savoir sur leur existence et il y a des psychotiques, pervers et névrosés qui ne veulent point savoir. Les forcer serait les rendre fous, pas psychotiques.

 

La scansion n’est pas un commandement c’est une rectification. Si un névrosé ou un pervers peut supporter la castration, et pas la coupure, le psychotique peut interpréter la castration symbolique comme privation réelle, ce qui poussera le moi à passer à l’acte pour éviter – selon son délire, son hallucination, sa certitude – sa mort évidente, dans le réel. La scansion chez le psychotique ne lui révèle aucune vérité, comme c’est le cas pour le névrosé car ce dernier peut apprendre sur le désir de l’Autre, pas le premier. Chez le psychotique, la scansion le plonge dans le gouffre car, c’est ainsi qu’il interprète quand il n’y a pas le filet du symbolique pour sustenter le moi.

 

La scansion n’est pas une technique qui vise à accélérer le processus psychanalytique, elle a) rectifie le discours qui quitte la route clinique qui mène vers l’Œdipe et le bon port, elle b) solidifie le désir de continuer, enfin, elle c) évite que le moi ralentisse, voire freine la méthode psychanalytique d’y arriver à ses fins, à savoir, la circumnavigation pour le névrosé, la possibilité d’une île pour le psychotique, le mouillage pour le pervers.

 

 

 

[1] Lacan, J. (1955-56), D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, Ecrits, Seuil, Paris, 1966, p. 549.

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