La reconnaissance du chemin, paris 9

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La reconnaissance du chemin, paris 9

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 Paris, le 17 février 2016

 

Dans la préface du livre « Voyages de Vasco de Gama », Jean Aubin écrit ce qui suit : « Quand Vasco de Gama, faisant voile vers Lisbonne, longea la côte d’Afrique orientale, il aurait enjoint à ses pilotes de relever par écrit, en détail, tout ce qu’ils observeraient, les noms des lieux et des embouchures, et le profil des côtes tel qu’il se présentaient vu de la poupe (de sorte que lors des voyages ultérieurs, on pourrait le reconnaître depuis la proue). ».

 

Il y a une distinction à faire entre la scansion qui justifie la levée de la séance comme un acte clinique et la levée de la séance comme un agir du psychanalyste. La scansion comme acte clinique est guidée par l’Autre barré, la scansion comme agir du psychanalyste, est le résultat de son moi et cet agir élimine ainsi l’usage du mot scansion car il ne produit pas l’effet psychanalytique attendu, à savoir, la rectification de la route clinique et l’arrivée possible à bon port ou à bon mouillage. En un mot, pour scander, il faut savoir – c’est une injonction de navigation clinique – où se trouve le nord.

 

Freud utilise le mot Agieren. En langue anglaise la traduction retenue était celle de acting out. Quelques auteurs – je pense à Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis –, ont choisi en France, de traduire ce mot par « mise en acte ». La 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française définit agir comme ce qui est « souvent par opposition aux Paroles, aux discours, etc., et signifie Procéder à l’exécution de quelque chose ».

 

La décision du psychanalyste de scander la séance ou dans sa scansion de lever la séance, n’est pas fruit de sa décision. Elle est sa reconnaissance, puisqu’il était psychanalysant (à la poupe) et donc il reconnaît le chemin (à la proue), de la balise fluviale – s’il s’agit de psychothérapie – ou océanique – s’il s’agit de psychanalyse –.

 

La scansion confirme que la route est la bonne. La scansion rectifie la route qui est en train de dévier. La scansion qui lève la séance indique qu’il faut laisser l’erre du discours prendre le dessus ou rectifier la direction de la cure qui était altérée par les vents et les courants des résistances (résistances du moi, résistance du ça et la plus redoutable cliniquement, la résistance du surmoi).

 

Cependant, s’il y a intervention du moi du psychanalyste dans la cure sans l’autorisation du grand Autre barré sous formes de formations de l’inconscient ou des expressions du corps, il ne s’agit plus de scansion mais du transfert du clinicien, de son fantasme, de son agir, en un mot des registres qui n’ont pas raison d’être pendant le déroulé de la séance du malade, du patient ou du psychanalysant.

 

La scansion n’est pas un passage à l’acte – quand par exemple le clinicien abandonne la scène de la cure volontaire ou involontairement – ; elle n’est pas un acting-out non plus – quand le clinicien couche avec la personne qui le paye pour conduire la cure –, mais un acte clinique. La scansion est l’opération accomplie du désir de celui qui parle ses associations libres et de celui qui écoute. S’il y a scansion c’est parce que celui qui parle accepte, même si cela est parfois douloureux de savoir, la réalisation de l’acte, par la parole bien dite.

 

Dans l’agir du clinicien, que ce soit une interprétation imaginaire, un acting out ou un passage à l’acte, nous n’y trouvons plus l’acte de scansion.

 

Quand le clinicien scande hors du cadre, c’est-à-dire, sans l’accord de l’être dans la position de malade, patient ou psychanalysant, nous sommes dans le registre de la sauvagerie. La scansion est réussie quand celui qui souffre consent à ce que celui qui écoute intervienne, coupe, pique, arrache symboliquement car, celui qui opère sait couper mais aussi suturer, prendre soin. Dans l’intervention sauvage, il y a du sadisme de l’Autre non-barré, voire de l’action malveillante de la résistance du surmoi.

 

Quand l’être accepte le contrat clinique établi, sous forme de respect de la règle fondamentale, et le contrat administratif (qui assure en tant que responsable le fonctionnement de ce service en assumant la direction, l’impulsion, le contrôle), ou contrat bureaucratique (qui relève d’une administration toute puissante) – le prix des séances, le nombre des séances, les jours et les horaires –, le clinicien, qui n’occupe pas ici la position de technicien, de praticien ou de bureaucrate, s’engage à intervenir, à scander, à lever la séance et à pousser et rectifier la route de la cure vers son bon port ou son possible mouillage.

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