Je ne me lave pas les mains

Retour

Je ne me lave pas les mains

cliquez sur les images pour les agrandir

Fernando de Amorim

Paris, le 19 mars 2018

 

 

Comment transmettre une information qui peut être utile ? Il est possible de le faire avec  « Je lave mes mains » (https://www.youtube.com/watch?v=tuqf-jRmOqw), avec « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde » (Matthieu 27 ; 23-24, ou encore avec l’injonction sous forme de comptine pour bébé « Lave tes mains » (https://www.youtube.com/watch?v=9tHquxKOxfA).

 

En choisissant de confondre le discours fondamental de la science avec de la rhétorique, du lobbying ou des fausses nouvelles, les détracteurs de la clinique psychanalytique utilisent le discours de la science pour nuire à une clinique solide et fine.

 

Un tel choix, fait payer chers les souffrants, surtout ceux qui souffrent psychiquement.

 

Que les gouvernements successifs excluent les analystes des discussions sur la santé mentale en France va de soi dans une logique politicienne, à savoir, ne pas froisser l’électorat. Le lobbying des parents d’autistes veut que l’autre prenne en charge leurs enfants mais j’affirme que, sans la participation active des parents dans la thérapeutique de leurs enfants, cette dernière sera claudicante, voire vouée à l’échec. Avec les conséquences subjectives, sociales et économiques qui suivront.

 

Une autre logique est attendue par Monsieur le Président Macron.

 

Que le gouvernement et les associations des parents attendent comme le Messie, les réponses de la science, cela montre que ces deux parties ne semblent pas intéressées, pour de vrai, à  savoir ce qu’il est possible de faire pour que les autistes soient parmi nous. Pour que les autistes soient parmi nous, il faut reconnaître la valeur et l’efficacité de la clinique psychanalytique. Mais pour cela il faut savoir ce que j’entends par clinique psychanalytique : elle est assurée par un psychanalyste, pas un psy, pas un psychiatre-psychanalyste, pas un psychologue-psychanalyste. Un psychanalyste est membre d’une école psychanalytique, il a témoigné de sa compétence en tant que clinicien et il continue sa psychanalyse personnelle.

 

Pour prendre en charge la souffrance d’un autiste, il faut qu’il soit d’accord de rencontrer le psychanalyste. La nouveauté au sein du RPH-Ecole de psychanalyse, est que les parents soient d’accord pour être eux-mêmes en psychothérapie, voire en psychanalyse. Un parent qui amène l’enfant en consultation et part faire ses courses pour venir plus tard le chercher, ce n’est pas ce qu’il y a de plus satisfaisant pour voir naître des effets cliniques. On fait cela quand on dépose l’enfant au judo ou au cours de musique. Pour que la clinique psychanalytique montre ses effets, effets qu’il est possible de toucher du doigt, il faut que tous les acteurs soient à leurs postes : enfant, parents, clinicien.

 

Inventer une  nouvelle clinique est de la responsabilité du gouvernement, c’est à lui de mettre en place des expériences dans lesquelles il sera possible de vérifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Il faut mettre en place des projets thérapeutiques raisonnables et leur laisser un délai – pourquoi pas de six mois – pour qu’ils fassent leur preuve ; ainsi ils pourront être renouvelés si cela fonctionne.

 

Concernant la CPP – Consultation Publique de Psychanalyse –, celle-ci assure la cure des personnes ayant peu de moyens financiers. Cependant, une condition sine qua non, issue de mon expérience, est d’accepter des autistes mineurs en cure, si les parents sont d’accord de rencontrer régulièrement le psychanalyste. Ceux qui n’acceptent pas, je leur signale qu’il est préférable qu’ils puissent chercher quelqu’un d’autre. Je donne les arguments et la réponse est le réveil de la haine, du sentiment d’exclusion… mais qu’ils excluent d’emblée de rencontrer un psy au prétexte, comme ils disent, qu’ils ne sont pas malades, cela est hors de question. Ma conclusion est que, pour que le traitement avec l’autiste fonctionne, il faut la participation de l’autiste, de ses parents, s’il est mineur, et du psychanalyste, plusieurs fois par semaine. Ces traitements doivent commencer dès les premiers signes cliniques et concerner aussi les parents. Quand il s’agit de patients majeurs, je refuse que les parents viennent parler du patient ou au nom du patient. Mais je ne refuse pas de les rencontrer, « pour une psychothérapie ». Quelques-uns acceptent, d’autres refusent, avec l’argument déjà décliné ci-dessus.

 

C’est d’une très grande habileté d’attendre que les réponses sur l’autisme viennent des gènes, de la pharmacopée, de la science. Il faut chercher partout, sauf dans le champ du désir : le désir de l’enfant, le désir du père, le désir de la mère. C’est habile parce qu’attendre une réponse de la science assure la possibilité de ne jamais le trouver car la science exclue le désir, désir de l’enfant, désir des parents, désir du psychanalyste.

 

Pour information, la consultation publique de psychanalyse a assuré, en 2012, 7 280 consultations (sept mille deux cent quatre-vingts) ; en 2013, 22 207 consultations (vingt-deux milles deux cents sept consultations ; en 2014, 28 665 consultations (vingt-huit mille six cent soixante-cinq), en 2015, 31 823 (trente et un mille huit cent vingt-trois), en 2016, 37 724 consultations (trente-sept mille sept cents vingt-quatre), en 2017, 46 978 consultations (quarante six mille neuf cents soixante-dix-huit).

 

Ces consultations ont été assurées par des étudiants, des jeunes cliniciens et des cliniciens plus expérimentés, sans un seul centime du contribuable. Pendant ce temps, de l’argent – (https://elanpournoah.wordpress.com/2014/06/11/la-prise-en-charge-actuelle-et-son-cout/) – est investi dans l’expérience scientifique d’analyse du comportement appliquée, ou ABA, avec des résultats que je n’oserais pas dire qu’ils sont contestables ou non.

 

Cela est de la responsabilité du gouvernement d’interroger, scientifiquement ce qui fonctionne, laisse à désirer ou ne marche pas du tout.

Contactez-nous