Interprétation et scansion, paris 9

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Interprétation et scansion, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, 22 décembre 2016

 

 

Il n’y a pas d’erreur de langage pour un psychanalyste. Ce qui se passe dans sa consultation est objet d’étude, voire d’interprétation. Ce que les personnes peuvent qualifier d’erreur de langage c’est ce que j’appelle une perle, histoire de faire écho au « trésor des signifiants » selon la définition lacanienne de l’Autre. Une perle est une petite concrétion, généralement de forme sphérique, qui se forme par sécrétion de couches concentriques de nacre autour d’un corps parasite entrée dans la coquille de certains mollusques d’eau salée ou d’eau douce.

 

L’interprétation évoquée plus haut, vient de l’Autre barré, elle ne vient pas du clinicien. C’est possible qu’elle vienne du clinicien – de son intellect, donc de son moi –, mais ce n’est pas souhaitable cliniquement. Si elle vient de lui, il faut qu’il soit prudent. Surtout quand il s’agit de psychotiques. Si la scansion avec le névrosé et le pervers coupe – avec l’intention de dégonfler le moi –, celle adressée au psychotique coud son Autre troué.

 

L’interprétation vient du discours dit librement, tellement libre que, à un moment donné, l’Autre barré par la voie de la bouche, crache une perle – comme la vie qui traverse l’enclos des dents comme l’a écrit Homère, c’est-à-dire, personne ne peut l’empêcher –.

 

Il ne reste au moi qu’à accuser réception, accuser le coup ou faire semblant que rien n’était ou que ce n’était rien.

 

Le clinicien ne fait qu’attester, lorsque le patient ne le fait pas lui-même.

 

Quand le patient interprète, c’est à ce moment que le clinicien scande ou qu’il scande et qu’il lève la séance, ou encore, qu’il lève la séance comme une scansion à ce qui était dit par l’Autre et non par le moi. La scansion honore le discours de l’Autre barré tout en castrant le moi, produisant ainsi l’effet de dégonflement, ou l’effet de rectification et enfin l’effet de poussée qui tire la cure vers l’Œdipe et par la suite, vers son port – pour la névrose et la psychose –, ou son mouillage – pour la perversion –.

 

La scansion vise à dégonfler le moi, dessécher le lit de la libido qui nourrit la résistance du surmoi et castrer le ça.

 

La scansion nourrit la castration. Et c’est la castration qui dégonfle le moi, qui assèche le lit de la résistance du surmoi et utilise la libido du ça pour la joie du travail et de l’amour au quotidien. Cet effet de castration est possible et donc attendu, à la sortie d’une psychanalyse.

 

Le clinicien lève une séance sans raison clinique quand le moi blablate. Sans perle, le temps passant, le clinicien lève la séance à une fin de phrase quelconque. C’est rare mais cela arrive. Le clinicien n’a pas à avoir d’état d’âme. Cela fait partie de la conduite de la cure. Cela est possible avec les trois structures en psychothérapie. Beaucoup moins quand les trois structures sont en psychanalyse, et encore moins quand il s’agit de la psychanalyse d’un névrosé.

 

N’en déplaise aux ipéistes, Lacan a donné priorité à la parole bien dite et non au temps chronologique. Respecter le temps chronologique dénigre la parole de celui qui parle ses pensées. Par une obsession de scientificité et de volonté de neutralité bienveillante, la pratique qui donne priorité au temps chronologique sur l’association libre n’est-elle pas devenue indifférence bienveillante, l’autre nom de la haine froide ?

 

Il est important de prendre en considération des registres comme l’indisponibilité du clinicien. Quand il est indisposé ou subitement malade, ou encore, quand il s’agit d’un psychotique particulièrement agité, voire désagréable, alors il faut lever la séance pour protéger le patient de l’indisposition du clinicien.

 

C’est pour cette raison que le clinicien, comme un rameur, comme un coureur de fond, doit être prêt pour sa journée. Normalement elles sont longues et pas forcément de tout repos.

 

 

 

 

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