Egopathie

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Egopathie

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Fernando de Amorim

Paris, le 9 juillet 2017

 

 

Comme pense le Professeur Agnès Buzyn dans son interview au Quotidien du Médecin du 6 juillet 2017, « La pérennité de notre système de santé repose sur la prévention ». Avec elle, je pense que « nous devons impérativement en prendre acte pour répondre aux besoins médicaux du XXIe siècle » car, la prévention en médecine passe par la thérapeutique de la parole bien dite, et c’est cette thérapeutique que le psychanalyste manie au quotidien, dans les institutions et en ville.

 

Elle a raison de dire que « La majorité des maladies chroniques, en France et dans le monde, est liée à un défaut de prévention, comportementale ou environnementale » car c’est par le corps que l’être affirme sa haine de soi. Comment désamorcer un tel dispositif ? Cela passe par l’éducation, par la mise en place des consultations publiques sur tout le territoire national. La santé et le social, comme la santé et la précarité sont directement articulés, dixit Madame Buzyn. Comment ne pas être d’accord avec elle ? Prenons un exemple : avec l’arrivée de l’été, beaucoup de jeunes filles seront mutilées dans les pays musulmans parce que leurs parents, même vivant en France, se comportent comme s’ils étaient en Afrique à une époque où le souvenir de leur haine d’enfants et particulièrement de petites filles mutilées ravive leur désir de vengeance une fois devenus adultes. Je ne pense pas que la psychanalyse puisse tout résoudre, mais il ne faut pas que le lecteur puisse penser que l’environnement qu’évoque notre ministre concerne uniquement la pollution de l’air et des nappes phréatiques.

 

La maladie mentale est directement liée à la haine. Haine de l’autre, haine de soi. Les soins sont « chaotiques », comme dit notre Ministre parce qu’ils sont faits de bricolages, c’est mon interprétation. Des bricolages nécessaires mais qu’aujourd’hui il convient de remettre à jour. Les CMP sont la preuve la plus criante de ce bricolage. Ils répondent à une logique médicale de gratuité issue du discours médical. Ce discours médical traite l’être parlant de manière vétérinaire, sans le rendre responsable de ses actes, de ses paroles, de son avenir, de son rapport à l’autre. Il faut articuler, mettre en tension – et cela ne peut être fait que par l’autorité du ministère –, le discours médical et le discours psychanalytique. Concrètement, en faisant que les français puissent payer leur traitement psychique.

 

Bien évidemment c’est loin d’être gagné car déjà quelques personnes appellent notre CPP en disant qu’elles ont « droit à 12 séances gratuites de psychothérapie ». Impossible d’être responsable de sa vie si, à n’importe quel âge, en recherchant le biberon. La CPP est une excellente réponse à la responsabilisation de l’être concernant son désir.

 

Quand le Professeur Buzyn évoque la définition des objectifs à atteindre et des indicateurs de résultats, elle évoque les « médecins, usagers, professionnels, associations de malades, acteurs publics ». Les psychanalystes sont-ils pris en compte ? Il faut signaler que le gouvernement, tout comme ses groupes, ne parlent que de dépenses d’argent. D’ailleurs des « 50 milliards en cinq ans », l’article n’hésite pas à écrire que « la santé devrait obtenir une part » du « gâteau ». L’usage d’un tel mot ne nous indique-t-il pas une logique des enfants qui attendent de la maîtresse de maison leur pitance sucrée ? Le pays est dans une situation financière inquiétante et personne ne pense à produire des idées simples, économiques qui puissent réveiller, révéler le désir ?

 

Comment ne pas partager avec la Ministre son exaspération polie et retenue quand elle dit « je ne trouve pas déontologique » que les médecins ne soient pas vaccinés. Encore la ministre : « Je suis troublée par le faible taux de vaccination des professionnels de santé ». Et elle dit cette phrase d’une finesse clinique extraordinaire : « comme on se lave les mains avant de toucher un malade, on a le devoir de le protéger des germes qu’on porte en soi. Je souhaite que les professionnels de santé se sentent concernés par le sujet ». Cette phrase va dans le sens de la logique freudienne que je défends, à savoir, que la psychanalyse du psychanalyste dure le temps de sa vie professionnelle. La psychanalyse est une vaccination qui protège les professionnels de santé contre leur egopathie, si je peux m’exprimer ainsi. Ce que propose la ministre est que les malades, comme les professionnels de santé, occupent une autre position, celle de sujet responsable de son désir.

 

C’est mon interprétation, et c’est aussi mon désir.

 

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