Comment la psychanalyse peut-elle continuer à guérir ?

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Comment la psychanalyse peut-elle continuer à guérir ?

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Mon titre humoristique, avec un zest d’ironie, vise l’article paru dans Le Figaro du 13 mars 2017.

 

Comment la pauvre psychanalyse peut-elle continuer à faire son travail en étant entourée d’autant de bras cassés, l’autre nom des psys ou des analystes ?

 

En citant Antigonos II Gonatas :– Que les Dieux s’occupent des amis, des ennemis je me charge –et Voltaire, Freud disait : « Protégez-moi de mes amis, de mes ennemis je m’en occupe. »

 

J’apprends aujourd’hui, qu’un analyste très âgé avait dit ce week-end à Paris que la psychanalyse est en train de mourir, tout comme l’Œdipe. Cet élève de Lacan pense qu’il faut aller du côté des propositions d’André Green et s’y prendre autrement, notamment en considérant les états-limites. D’autres demandent de signer une pétition contre une dame qui représente une partie importante des français.

 

Depuis mon tendre âge clinique, j’avais remarqué que, dès qu’un vieil analyste sentait que la mort s’approchait, il préparait son legs, ses bons vœux de bonne continuation, sous forme de souhait macabre en déclamant solennellement : « C’est la fin : fin du divan, de la psychanalyse, de l’Œdipe ». Et je pensais, je le confesse un brin amusé : « Non, c’est la tienne ! ».

 

C’est l’analyste qui meurt, non pas la psychanalyse. Et affirmer cela ne signifie pas que je sois un admirateur aveugle de la psychanalyse. La psychanalyse je la vis en tant que psychanalysant. Et c’est de cette position que j’écris.

 

Responsable d’une équipe de dix-huit cliniciens, les membres du RPH-Ecole de psychanalyse ont assuré en 2016, un total de 33. 525 consultations et une somme totale de revenus de 942. 211, 30 euros.

 

A vrai dire, si la totalité des membres avait joué le jeu, c’est-à-dire, indiqué ses revenus et nombre de consultations lors de la dernière semaine de décembre 2016 comme il est dans nos habitudes, pour la première fois, nous allions dépasser la somme de 1 000 000 d’euros d’argent perçus, tous les membres confondus. Mais la résistance à la psychanalyse et au désir, – désir de réussite, d’améliorer sa condition de vie, de payer ses impôts et de collaborer à faire grandir le pays –n’est pas une expression de la haine de soi chez les voisins analystes. Au RPH, nous vivons la même situation : nous avons notre lot de plombeuses, le même désir de mort qui travaille le discours, la parole, le corps, faisant du praticien un analyste. Mais comme je suis psychanalyste, que– je suis sorti de psychanalyse, que j’ai témoigné de ma sortie de psychanalyse et que je continue ma psychanalyse, je veille au grain. Parce que Freud n’avait pas fait de psychanalyse, parce que Lacan avait abandonné la sienne, lorsque je signale la présence de la pulsion de mort dans la vie du groupe ça produit son petit effet.

 

Personne n’a l’autorité de parler de ce qu’est la psychanalyse s’il n’a pas navigué dans les eaux jamais sillonnées de son inconscient. Ainsi, les arguments d’un professeur de psychiatrie qui publie dans le Livre noir de la psychanalyse et se dit ex-analyste, ne comptent pas ; les propos d'un philosophe qui malmène Freud en le traitant d’idole ne compte pas ; l’opinion d’un psychologue qui dit que « peut-être » le père de Freud aurait abusé de lui, ne compte pas. Ils ne comptent pas, ni cliniquement, ni scientifiquement parlant mais, pour nourrir la haine du désir, oui, alors ils comptent.

 

Au sein du RPH, la psychanalyse est traitée dans un cadre clinique avec une visée scientifique. Pas la science selon les américains du DSM. La psychanalyse est une science si nous la mettons en tension, comme je le fais, avec le discours de l’Aristote de la Métaphysique, de l’Hippocrate De l’ancienne médecine, de Descartes du Discours de la méthode – sous-titré Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences, de Claude Bernard de L’introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Le nombre de consultations et l’argent gagné, sont le fruit d’un travail de jeunes qui ont l’ambition de réussir.

 

Une psychothérapie avec un psychanalyste ou une psychanalyse, produit des effets de guérison encore aujourd’hui, à condition que, celle ou celui qui la pratique sache faire la différence entre un bistouri et une hache. Il faut entendre guérison comme au début du Ie siècle, à savoir, comme défense, comme protection, comme salut car, après une psychanalyse, le sujet est plus apte pour sa vie. Ce qui n’est pas la même chose, quand il se soumet à une technique de dressage, une psychothérapie avec un psychothérapeute ou avec une analyste, ce qui suppose qu’il est client, patient ou analysant (http://www.rphweb.fr/details-proposition+d+une+cartographie+de+la+clinique+avec+le+malade+le+patient+et+le+psychanalysant+a+l+usage+des+medecins+psy-140.html). Sans la boussole freudo-lacanienne, les cliniciens sont perdus et disent, inévitablement, n’importe quoi.

 

Imaginons maintenant, lecteur, que le prochain président de la république mette en place des Consultations publiques de psychanalyse dans les bâtiments publics après leur fermeture au public, que celles et ceux aux prises avec la névrose, la psychose ou la perversion au point de ne plus pouvoir travailler et aimer, au point de ne plus avoir le sou, puissent rencontrer des jeunes étudiants en psychologie et médecine désireux de devenir psychothérapeutes ou psychanalystes ; que ces derniers puissent recevoir les désargentés selon le cadre de la formation du psychanalyste français comme je l’avais organisé au sein du RPH et à partir des critères freudo-lacaniens : psychanalyse personnelle, étude des œuvres cliniques, consultations avec des patients en détresse psychique et financière dès la première année de faculté, supervisions. Le résultat est qu’en cinq ans d’études, ces jeunes seront prêts professionnellement à porter le titre de clinicien. Le tout avec dignité et convenablement rémunérés.

 

Récemment j’apprenais qu’un collègue psychiatre a trouvé travail dans une administration pour gagner bien sa vie. Pas plus tard qu’hier, une ex-psychologue m’avait dit gagner trois fois plus « dans l’événementiel » qu’en tant que psy.

 

La psychanalyse est l’autre nom de la navigation maritime. Et elle se porte très bien.

 

A condition de savoir s’en servir.

 

Régulièrement je demande aux analystes de retourner sur le divan, pour qu’ils puissent se débarrasser de leur résistance qui les empêche de devenir psychanalyste à part entière. Ce week-end, je me suis dit que c’est très bien qu’ils restent là où ils sont. De mon côté, je dirais aux jeunes (comme ma mère faisait avec moi étant petit) : Voilà ce qui se passe quand on lâche sa psychanalyse personnelle : on devient moche, seul, laid, perdu, rancunier.

 

Le désir ne s’attrape pas en couchant avec une jeune étudiante en psychologie ou en se mariant avec un vieil analyste.

 

Le désir s’attrape en ramant sur le divan.

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