Scansion, symptôme et interprétation

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Scansion, symptôme et interprétation

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Fernando de Amorim

Paris, le 26 février 2016

 

 

Redendum est Caesari quod est Caesaris, et Deo quod est Dei.

Matthieu, XXII, 21

 

 

 

Quand le clinicien soulève, met en évidence un signifiant, il est autorisé par l’Autre, quand il interroge, quand il découpe le mot, il est autorisé par son expérience. Quand Lacan découpe une phrase, cet acte n’est pas du même ressort que quand un de ses élèves essaye de faire pareil. D’ailleurs, il disait : « Faites comme moi, ne m’imitez pas ». S’il propose qu’un autre mot soit entendu autrement que celui qui était exprimé par l’être dans la position de malade, patient ou psychanalysant, cette opération vise à approcher le moi en question de l’inconscient structuré comme un langage. Mais en aucun cas cette opération aura un statut d’interprétation. Qui interprète l’être c’est l’Autre barré. Quant à l’Autre non-barré, il jouit. Quand le praticien l’ouvre, il aliène celui qu’il a le devoir d’écouter. De là l’importance du silence du clinicien, silence qui, comme le dit Maurice Carême, est d’or. Mais quand le clinicien se doit d’ouvrir son bec, qu’il soit « un petit rouge-gorge ».

 

Une scansion ne peut être faite qu’à l’intérieur de la séance. Au-delà, nous sommes hors du champ opératoire clinique et donc il s’agira d’un acte sauvage. Une scansion pendant la séance – qu’elle soit due à un son ou à la levée de la séance proprement dite – doit être considérée comme telle. Un scansion pousse la cure vers l’avant ou rectifie sa route.

 

Une scansion vise à faire en sorte que le moi construise une voie vers l’Autre-barré dans le cas de la névrose. Une scansion vise à construire une barre artificielle pour le A non-barré dans le cas de la perversion. Enfin, une scansion vise à construire un filet symbolique pour le trou dans l’Autre barré dans le cas de la psychose.

 

Une scansion réussie diminue le flux de libido, libido qui nourrit la relation imaginaire. Une scansion réussie produit dans le moi un tour de 180°, ce qui le fait se retourner vers la résistance du surmoi, et de là commencer son chemin dans les eaux de l’inconscient, vers l’Autre, qu’il soit barré ou non, qu’il soit troué ou non. C’est cette opération clinique qui justifie l’acte psychanalytique et l’existence même de la clinique psychanalytique. Aucune tentative psychothérapeutique, aucune technique, aucune méthode biologique, pharmacologique ou neuroscientifique peut accéder, jusqu’à preuve du contraire, à ce registre.

 

La scansion n’est pas proposée par le clinicien Elle s’impose à ce dernier. Si ce dernier propose une scansion c’est parce qu’il n’a pas le choix de suspendre la séance autorisé  par l’Autre barré, comme dans le cas des psychotiques ou parce qu’il ne sait pas à quel moment suspendre, comme dans le cas des analystes qui utilisent le sablier pour se dédouaner de leur acte car, suspendre une séance est un acte clinique. Après une scansion et en quittant l’immeuble, quelques personnes témoignent « avoir continué la séance » ou encore, « la séance a duré toute la matinée ». Le désir et le courage du clinicien de suspendre la séance autorisé par le discours de l’Autre produit cet effet, pas le hasard.

La scansion est la reconnaissance – pas la création – par le clinicien, de l’événement inconscient. Dans ce sens, un symptôme psychique, corporel ou organique, doit être traité comme une scansion. Affirmer cela n’exclue pas l’intervention médico-chirurgicale. Bien au contraire. Cependant, une telle perspective vise à rendre à l’être ce qui lui appartient et au réel ce qui est à lui.

 

 

 

 

 

 

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