Sache-qui- peut, Paris 9

Retour

Sache-qui- peut, Paris 9

cliquez sur les images pour les agrandir

 Salvatore Iodice

 

 

 

            Le 17 mars, à Montreuil-sous-Bois, le Meeting du Collectif des 39 s’est mobilisé autour d’une « Parole Errante » qui nous interpelle tous, citoyens et gouverneurs, sur la place que la folie trouve dans notre société en crise. Quelle hospitalité le prochain gouvernement souhaite-t-il réserver à la folie ? Les politiques actuelles en matière de santé mentale semblent avoir éludé cette question : l’inestimable valeur de la relation humaine dans la relation thérapeutique se rétrécit face aux exigences sécuritaires, aux idéologies scientistes, aux discours normatifs. De manière unanime, tous les intervenants ont demandé un espace et un accueil humains pour les fous, non seulement dans les hôpitaux et dans les centres de cure, mais également dans la société. En effet, les perspectives sociales futures de prises en charge et de soin de la souffrance mentale sont inquiétantes ; nous assistons à un débordement des hôpitaux, des CMP, des lieux de cure. Si d’une part, les soignants témoignent d’une charge et de conditions de travail de plus en plus difficiles à soutenir, pouvons-nous, d’autre part, rester indifférents face au constat, qui n’est peut-être qu’une impression, qu’il y a de plus en plus de fous ? De la folie retentit et erre donc une parole qui s’adresse à la société sous forme d’interrogation. La maladie mentale nous adresse une question fondamentale quant à notre idée de société et à notre idée d’advenir.

 

            Dans le CMP où je fais mon stage, un matin sur deux, Mme L. vient chercher ses médicaments. Son rendez-vous est à 11h30, mais à 8h45 elle est déjà là. Parfois elle se « trompe » de jour. L’infirmier lui dira alors : « Madame, c’est demain que vous devez venir ». Au début je ne comprenais pas, jusqu’au jour où, tôt le matin, je vois Mme L. devant l’immeuble du CMP, cherchant à entrer avec force derrière une infirmière qui l’invite à patienter jusqu’à l’horaire d’ouverture. La colère manifeste de la patiente ainsi que son désarroi m’interpellent : « Madame, que se passe-t-il ? ». C’est alors qu’elle me délivre les bribes flottantes d’un monde qui cherche asile.

 

            Athlétique et endurante, se décrit-elle, elle fait de la natation, de la course à pied, elle participe aux marathons. Elle a connu les hommes les plus importants du monde, a déjeuné avec eux, n’a jamais eu d’enfants, n’a jamais rien volé. L’infirmière et la psychiatre me diront que, depuis deux mois, Mme L. est particulièrement excitée et qu’elle ne prend plus régulièrement son traitement. Elle vient donc plus souvent au CMP, passe son temps en salle d’attente ou dans les couloirs, « dérange » tout le monde à la recherche d’une place qu’elle ne trouve pas : « Je n’ai pas eu d’enfants, je n’ai jamais rien volé, rien volé, rien volé... ! ».

 

            Ces paroles retentissent dans ce couloir, à l’accueil d’une structure qui a de plus en plus de mal à recevoir des patients. La file d’attente active est de deux mille personnes ; pour avoir un rendez-vous il faut attendre en moyenne quarante jours. Les patients les plus en difficulté seront reçus une fois tous les quinze jours. Les propos de Mme L. sont bien évidemment délirants. La position de stagiaire que j’occupe ainsi que mon - encore très jeune - expérience me rendent difficile de ne pas alimenter ce délire, si non dans les vécus de la patiente, tout au moins dans le mien ! A qui s’adresse-t-elle ? Dans quelle mesure le futur des nouvelles générations aurait-il un lien avec le vol ?

 

            Ne pas écouter cette parole errante est-ce bien pire que lui soustraire son espace d’expression ? N’est-ce pas ceci L’actuel malaise dans la culture (F. Richard) : un désengagement de la subjectivité, qui ne laisse plus aucune place pour la pensée ?

 

 

Salvatore Iodice

 

 

 

            Le 17 mars, à Montreuil-sous-Bois, le Meeting du Collectif des 39 s’est mobilisé autour d’une « Parole Errante » qui nous interpelle tous, citoyens et gouverneurs, sur la place que la folie trouve dans notre société en crise. Quelle hospitalité le prochain gouvernement souhaite-t-il réserver à la folie ? Les politiques actuelles en matière de santé mentale semblent avoir éludé cette question : l’inestimable valeur de la relation humaine dans la relation thérapeutique se rétrécit face aux exigences sécuritaires, aux idéologies scientistes, aux discours normatifs. De manière unanime, tous les intervenants ont demandé un espace et un accueil humains pour les fous, non seulement dans les hôpitaux et dans les centres de cure, mais également dans la société. En effet, les perspectives sociales futures de prises en charge et de soin de la souffrance mentale sont inquiétantes ; nous assistons à un débordement des hôpitaux, des CMP, des lieux de cure. Si d’une part, les soignants témoignent d’une charge et de conditions de travail de plus en plus difficiles à soutenir, pouvons-nous, d’autre part, rester indifférents face au constat, qui n’est peut-être qu’une impression, qu’il y a de plus en plus de fous ? De la folie retentit et erre donc une parole qui s’adresse à la société sous forme d’interrogation. La maladie mentale nous adresse une question fondamentale quant à notre idée de société et à notre idée d’advenir.

 

            Dans le CMP où je fais mon stage, un matin sur deux, Mme L. vient chercher ses médicaments. Son rendez-vous est à 11h30, mais à 8h45 elle est déjà là. Parfois elle se « trompe » de jour. L’infirmier lui dira alors : « Madame, c’est demain que vous devez venir ». Au début je ne comprenais pas, jusqu’au jour où, tôt le matin, je vois Mme L. devant l’immeuble du CMP, cherchant à entrer avec force derrière une infirmière qui l’invite à patienter jusqu’à l’horaire d’ouverture. La colère manifeste de la patiente ainsi que son désarroi m’interpellent : « Madame, que se passe-t-il ? ». C’est alors qu’elle me délivre les bribes flottantes d’un monde qui cherche asile.

 

            Athlétique et endurante, se décrit-elle, elle fait de la natation, de la course à pied, elle participe aux marathons. Elle a connu les hommes les plus importants du monde, a déjeuné avec eux, n’a jamais eu d’enfants, n’a jamais rien volé. L’infirmière et la psychiatre me diront que, depuis deux mois, Mme L. est particulièrement excitée et qu’elle ne prend plus régulièrement son traitement. Elle vient donc plus souvent au CMP, passe son temps en salle d’attente ou dans les couloirs, « dérange » tout le monde à la recherche d’une place qu’elle ne trouve pas : « Je n’ai pas eu d’enfants, je n’ai jamais rien volé, rien volé, rien volé... ! ».

 

            Ces paroles retentissent dans ce couloir, à l’accueil d’une structure qui a de plus en plus de mal à recevoir des patients. La file d’attente active est de deux mille personnes ; pour avoir un rendez-vous il faut attendre en moyenne quarante jours. Les patients les plus en difficulté seront reçus une fois tous les quinze jours. Les propos de Mme L. sont bien évidemment délirants. La position de stagiaire que j’occupe ainsi que mon - encore très jeune - expérience me rendent difficile de ne pas alimenter ce délire, si non dans les vécus de la patiente, tout au moins dans le mien ! A qui s’adresse-t-elle ? Dans quelle mesure le futur des nouvelles générations aurait-il un lien avec le vol ?

 

            Ne pas écouter cette parole errante est-ce bien pire que lui soustraire son espace d’expression ? N’est-ce pas ceci L’actuel malaise dans la culture (F. Richard) : un désengagement de la subjectivité, qui ne laisse plus aucune place pour la pensée ?

 

Salvatore Iodice

 

            Le 17 mars, à Montreuil-sous-Bois, le Meeting du Collectif des 39 s’est mobilisé autour d’une « Parole Errante » qui nous interpelle tous, citoyens et gouverneurs, sur la place que la folie trouve dans notre société en crise. Quelle hospitalité le prochain gouvernement souhaite-t-il réserver à la folie ? Les politiques actuelles en matière de santé mentale semblent avoir éludé cette question : l’inestimable valeur de la relation humaine dans la relation thérapeutique se rétrécit face aux exigences sécuritaires, aux idéologies scientistes, aux discours normatifs. De manière unanime, tous les intervenants ont demandé un espace et un accueil humains pour les fous, non seulement dans les hôpitaux et dans les centres de cure, mais également dans la société. En effet, les perspectives sociales futures de prises en charge et de soin de la souffrance mentale sont inquiétantes ; nous assistons à un débordement des hôpitaux, des CMP, des lieux de cure. Si d’une part, les soignants témoignent d’une charge et de conditions de travail de plus en plus difficiles à soutenir, pouvons-nous, d’autre part, rester indifférents face au constat, qui n’est peut-être qu’une impression, qu’il y a de plus en plus de fous ? De la folie retentit et erre donc une parole qui s’adresse à la société sous forme d’interrogation. La maladie mentale nous adresse une question fondamentale quant à notre idée de société et à notre idée d’advenir.

            Dans le CMP où je fais mon stage, un matin sur deux, Mme L. vient chercher ses médicaments. Son rendez-vous est à 11h30, mais à 8h45 elle est déjà là. Parfois elle se « trompe » de jour. L’infirmier lui dira alors : « Madame, c’est demain que vous devez venir ». Au début je ne comprenais pas, jusqu’au jour où, tôt le matin, je vois Mme L. devant l’immeuble du CMP, cherchant à entrer avec force derrière une infirmière qui l’invite à patienter jusqu’à l’horaire d’ouverture. La colère manifeste de la patiente ainsi que son désarroi m’interpellent : « Madame, que se passe-t-il ? ». C’est alors qu’elle me délivre les bribes flottantes d’un monde qui cherche asile.

            Athlétique et endurante, se décrit-elle, elle fait de la natation, de la course à pied, elle participe aux marathons. Elle a connu les hommes les plus importants du monde, a déjeuné avec eux, n’a jamais eu d’enfants, n’a jamais rien volé. L’infirmière et la psychiatre me diront que, depuis deux mois, Mme L. est particulièrement excitée et qu’elle ne prend plus régulièrement son traitement. Elle vient donc plus souvent au CMP, passe son temps en salle d’attente ou dans les couloirs, « dérange » tout le monde à la recherche d’une place qu’elle ne trouve pas : « Je n’ai pas eu d’enfants, je n’ai jamais rien volé, rien volé, rien volé... ! ».

            Ces paroles retentissent dans ce couloir, à l’accueil d’une structure qui a de plus en plus de mal à recevoir des patients. La file d’attente active est de deux mille personnes ; pour avoir un rendez-vous il faut attendre en moyenne quarante jours. Les patients les plus en difficulté seront reçus une fois tous les quinze jours. Les propos de Mme L. sont bien évidemment délirants. La position de stagiaire que j’occupe ainsi que mon - encore très jeune - expérience me rendent difficile de ne pas alimenter ce délire, si non dans les vécus de la patiente, tout au moins dans le mien ! A qui s’adresse-t-elle ? Dans quelle mesure le futur des nouvelles générations aurait-il un lien avec le vol ?

            Ne pas écouter cette parole errante est-ce bien pire que lui soustraire son espace d’expression ? N’est-ce pas ceci L’actuel malaise dans la culture (F. Richard) : un désengagement de la subjectivité, qui ne laisse plus aucune place pour la pensée ?

Contactez-nous