Qu’est ce qu’un psychanalyste ?

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Qu’est ce qu’un psychanalyste ?

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Fernando de Amorim

Paris, le 12 juin 2017

 

 

Pour répondre sèchement à cette question, un psychanalyste est quelqu’un qui a assuré une psychanalyse.

 

Mais avant cela, c’est quelqu’un qui a subi lui-même une psychanalyse ; qui est sorti de cette psychanalyse et qui la continue, histoire de protéger son désir et celui des autres de son ego ; qui a une connaissance théorique approfondie de l’histoire de la psychanalyse d’hier et d’aujourd’hui, comme une culture des sciences qui s’y rapportent.

 

Peut-être le lecteur, délicat, se sentira gêné, mal à son aise, avec le mot « subi ». Et pourtant c’est de cela qu’il s’agit. La force constante de la pulsion exerce un pouvoir que tout un chacun refuse. Et plus il y a de refus, plus la vie devient pénible. D’où l’importance de trouver des solutions pour vivre sa vie, de la manière la plus dansante possible. La psychanalyse est une solution. Si se soumettre à parler librement ses pensées est difficile, sans  ce travail, c’est pire, voire invivable.

 

Pour prouver que quelqu’un est psychanalyste, il faut vivre de la psychanalyse. Or, une immense majorité des psychanalystes, ont un travail à côté : psychologue, psychiatre, enseignant. C’est comme si la psychanalyse était leur garde-manger, une sorte de maman qui paye ses vacances, ses extras ou qui lui donne son argent de poche.

 

Ils ne sont pas encore psychanalystes à part entière. Et c’est regrettable. Regrettable d’abord pour eux, puisqu’ils ne savent pas encore quelle est la saveur du fruit nommé désir. Regrettable ensuite pour la psychanalyse car ils, ces analystes, coupent les ailes de la psychanalyse, l’empêchant ainsi de voler, de faire le tour du monde.

 

Heureusement pour la psychanalyse, il y a le psychanalysant. Si la psychanalyse existe encore aujourd’hui, c’est parce que le psychanalysant sait ce qu’il doit à la psychanalyse. Et en faisant la publicité de ce qu’il a appris sur son désir, sur le divan, il fait du bouche à oreille.

 

Avec les législatives en France, beaucoup d’éléphants, d’oiseaux de mauvais augure ont été éliminés. Quelques-uns ont perdu en disant que la faute en incombait aux électeurs qui ne se sont pas déplacés, d’autres ont dit que la bévue est à mettre sur le dos des jeunes qui, eux non plus, ne se sont pas déplacés pour voter, d’autres disent carrément que les électeurs sont à vomir.

 

Je ne peux pas m’empêcher de sourire.

 

Les gens se déplacent quand ils flairent l’odeur du désir, son vent, vent qui apporte une parole qui produit des effets vitaux de réanimation ou de changement pour leur existence.

 

Combien de psychanalystes vivent de la psychanalyse ? Très peu. Les praticiens qui se disent psychanalystes mais qui ne vivent pas de leur métier, sont-ils véritablement psychanalystes ? Je ne le pense pas. Ils sont, comme ils se nomment – justement – eux-mêmes, des analystes.

 

Combien d’analystes vivent grâce à leur psychanalyse ? Beaucoup. Et c’est parce qu’ils sont arrivés à ce niveau, niveau analytique, d’existence, qu’ils ne laissent pas leur semblables – psychanalysant, conjoint, enfant –, leur montrer qu’ils font semblant d’être arrivés. De là leur silence, leur méchanceté. Ils savent qu’ils n’ont pas fait le maximum pour le nourrissage de leur désir. Ils souffrent. D’où l’importance qu’ils retournent  sur le divan.

 

Qu’est ce donc un psychanalyste ? Celui qui vit de son métier de psychanalyste, à part entière.

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