Plan autisme ou plan autiste ?

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Plan autisme ou plan autiste ?

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Reconnaître et construire à partir du désir

 

Fernando de Amorim

Paris, le 17 juillet 2017

 

La question du désir concerne n’importe quel français, indépendamment de son handicap, de ses origines, de son statut social. Si le Ministre de la santé, Agnès Buzyn, exhorte tous les professionnels de santé à s’engager dans le travail collectif d’une politique générale du handicap (Le Quotidien du Médecin du 10 juillet 2017), il est important qu’elle puisse y inclure les psychanalystes dans ces professionnels, sans quoi cet encouragement relève de la simple rhétorique. Quand Madame le Ministre de la santé se fixe comme priorité « le renforcement de la qualité des interventions au sein des établissements et des hôpitaux de jour, la diffusion des bonnes pratiques qui doivent être effectives, la formation des professionnels », il me semble important d’attirer son attention sur la stratégie des membres cliniciens de la CPP-Paris IX: ils travaillent avec les enfants autistes à condition que les parents soient d’accord d’être eux aussi en psychothérapie.

 

J’ai fait du désir des parents de participer à la démarche psychothérapeutique avec leur enfant un critère d’acceptation de la prise en charge psychothérapeutique. Il est impensable à la CPP qu’un parent vienne déposer son enfant, comme on dépose son véhicule chez le garagiste. Les parents des enfants en souffrance prennent trop ou pas assez de place dans la vie quotidienne de leurs enfants. A un point tel qu’il est impossible d’introduire quoi que ce soit de castration symbolique dans la relation de l’enfant au monde. Il y a quelques années de cela j’avais demandé à des collègues pédiatres de nous signaler quand les nourrissons commençaient à avoir des pertes de contact visuel avec la réalité pour que nous puissions commencer le travail psychothérapeutique pendant qu’ils sont jeunes. Ce travail a commencé avec quelques pédiatres qui nous ont confié des nourrissons pour une psychothérapie avec leurs parents. Au fur et à mesure, nous avons remarqué que la relation de l’enfant avec la mère changeait et que quelques mères ont réussi à continuer la psychothérapie d’une manière satisfaisante car l’enfant a repris une vie familiale possible. Ensuite ils sont allés à l’école d’une manière apparemment normale. J’écris « apparemment » car je ne pourrais pas dire davantage : une mère a déménagé avec son époux, deux autres ont abandonné leur cure sans que je puisse évaluer de manière consistante les effets de la psychothérapie sur l’enfant.

 

La plus-value du 4e plan comme souhaite le Président de la République, toujours dans « Le Quotidien », sera « l’articulation du médico-social et du non-médicosocial ». J’interprète ce souhait du Président comme une volonté de faire en sorte que la société puisse accueillir l’autiste non pas comme un malade, ni comme un handicap mais comme un être qui peut être parmi nous avec sa spécificité, sa subjectivité, tout simplement, sans mystification. Ce souhait est un souhait d’un chef d’Etat. Pour accéder à ce souhait, il est essentiel de reconnaître le désir des parents et le désir de l’enfant et construire à partir du désir. Sans la participation active des parents nous ne pouvons rien faire pour l’autisme et dans ce sens-là nous pouvons tout à fait repartir pour un 5e, 12e, 35e plan autisme. Construire à partir du désir ne se met pas en place par décret présidentiel ou ministériel, surtout pas par idéologie familiale ou de techniques de dressage. La vie possible de la construction à partir du désir passe par le transfert avec un psychanalyste : pas un psy, pas un psychologue, ni un psychiatre – Freud les appelait mi-analyste –, pas même un analyste. Un psychanalyste. Un psychanalyste car, en tant que psychanalysant, il a appris le métier de marin dans les eaux de l’océan nommé inconscient. Ma visée n’est pas dénigrer qui que ce soit mais de leur signaler ce qu’il faut pour que l’opération soit possible.

 

Bien traiter les adultes qu’ils soient autistes, ou non, fait partie de notre vie civilisée. Et le philosophe Joseph Schovanec a raison de mettre en évidence que les « troubles du spectre autistique ne s’arrêtent pas à l’âge adulte, malgré les idées reçues ».

 

L’IGAS/IGEN, selon Coline Garré, « déplore également une mauvaise gouvernance et l’absence de suivi de mesures (faute d’indicateurs), des parcours trop chaotiques, où aucune intervention ne succède à un dépistage précoce, des défaillance dans l’accompagnement des familles, des inégalités d’accès aux soins, et une mauvaise prise en compte des comorbidités ».

 

Je propose que des étudiants, eux-même en psychanalyse personnelle et en supervision, puissent accueillir – pour des psychothérapies, voire des psychanalyses –, dans les bâtiments publics (Mairie, Ecoles , etc), des personnes en souffrances, autistes ou pas, handicapées ou pas, en un mot, des êtres parlants qui souffrent.

 

D’un côté nous avons des bâtiments publics qui sont vides à un certain moment de la journée et durant tout le week-end, de l’autre nous avons une armée d’étudiants qui se gavent pendant des années avec des théories qui, en dehors de la rencontre avec un être souffrant, sont fastidieuses car incompréhensibles.

 

Quand Coline Garé évoque la recherche « à laquelle seulement 500 000 euros ont été consacrés dans le 3e plan - via la CNSA (et rien dans les deux premiers) », nous sommes une autre fois dans un rapport uniquement d’argent. Je ne dis pas que l’argent n e soit pas nécessaire, mais peut-être qu’il serait intéressant de mettre en place un dispositif expérimental et économique, pour que nous puissions rassembler des étudiants et des patients, des personnes souffrantes sous la tutelle du ministère de la santé et de l’enseignement supérieur. En six mois, nous pourrions évaluer si un tel projet est fructueux du point de vue de la santé des français et des finances publiques.

 

Pour conclure, Coline Garé nous rappelle qu’« Un nouveau-né sur 100 serait concerné, soit 100 000 jeunes de moins de 20 ans et 600 000 personnes en France » sur l’autisme. Sans l’appui des autorités publiques pour que les nourrissons puissent être vus par des professionnels de l’inconscient – l’autre nom du psychanalyste – dès les premiers symptômes de l’autisme, sans la participation active des familles dans le traitement psychothérapeutique, nous ne pouvons que nous préparer à des plans autistes jusqu’à saturation.

 

 

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