Pas d’hospitalité pour les jeunes étudiants en médecine Réponse à l’enquête – I

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Pas d’hospitalité pour les jeunes étudiants en médecine Réponse à l’enquête – I

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Fernando de Amorim

Paris, 14 juin 2017

 

 

 

Si 28% des étudiants en médecine en milieu hospitalier sont épuisés, désespérés, il ne faut pas qu’ils comptent avec leurs aînés pour les sortir de cette situation et nourrir leur désir de devenir des médecins.

 

Les syndicats des étudiants en médecine devraient mettre en place ce que j’appelle la clinique du partenariat. Dans cette clinique, les médecines s’occupent des affaires liées à la clinique médicale. Ce qui est psychique, ils le confieront – processus que j’avais appelé cônification du transfert – au psychanalyste travaillant à notre CPP (Consultation publique de psychanalyse).

 

Apprendre à mettre en place la clinique du partenariat (acte de politique clinique) et la cônification du transfert (acte clinique) est fondamental pour un jeune médecin, s’il ne veut pas continuer la route sacrificielle de ses aînés.

 

Il est inutile de dire qu’une importante partie du temps du clinicien aujourd’hui est dédiée à chercher des lits, remplir des papiers ou soigner la bobologie (ce qui, pour un psychanalyste, est une perle quand, pour le médecin, et à raison, cela n’est que perte de temps car hors de son champ opératoire, pour l’instant).

 

C’est inutile car tout le monde – pouvoir public, responsables universitaires, étudiants – sait cela. Le temps de faire des propositions est venu afin que tous – médecins, infirmières et surtout les patients –, puissent sortir de cette impasse.

 

Si l’étudiant en médecine souffre (66,2 % souffrent d’anxiété ; 27,7 % souffrent de dépression ; 23 % auraient des idées suicidaires, dont 6 % dans le mois précédant l’enquête des quatre syndicats d’étudiants et jeunes médecins (Anemf, Isnar-IMG, ISNCCA et l’Isni, initiateur de l’enquête), qu’il vienne parler de sa souffrance au psychanalyste, et non pas qu’il fasse comme ses aînés, qui s’automédicalisent, qui dépriment, qui se suicident.

 

Les soignants, cela est su, cherchent à soigner l’autre pour éviter de rencontrer leur souffrance. Un addenda me semble nécessaire au serment d’Hippocrate qui pourrait être rédigé comme suit :

 

« Occupe-toi d’abord de ta détresse psychique avant de t’occuper de la vie d’autrui »

 

La traduction psychanalytique serait : approche-toi d’un psychanalyste pour qu’il puisse assurer ta traversée du marécage dans lequel tu te trouves psychiquement avant de te penser apte à prendre soin du corps et des pensées de ton semblable.

 

Je n’ai jamais rencontré un médecin, psychologue, psychiatre, infirmière, qui soit venu vers le champ du soin de l’autre, sans avoir des blessures psychiques latentes. Si la sublimation, voire la perlaboration – sorte de bricolage psychique – tient la route, tant mieux. Ce qui m’intéresse ici ce sont celles et ceux qui souffrent d’être en train de faire des études qui de toute évidence les font souffrir.

 

Bien évidemment, les âmes charitables se mobilisent partout – Ministère, Syndicat et tutti quanti pour épauler le désarroi des étudiants mais sans indiquer la voie à suivre. Ils n’indiquent pas la voie à suivre puisqu’eux-mêmes sont déboussolés.

 

Un médecin ne craque pas, il n’est pas fait de bois. Il souffre, il est fatigué, non pas parce qu’il est confronté à la souffrance et à la mort, mais parce qu’il pense qu’il doit sauver coûte que coûte, même celles et ceux qui ne souhaitent pas être en vie. Ils sont formés à répondre à des demandes intenables, auxquelles ils adhérent sans aucune réflexion. Une telle réflexion est possible avec la clinique du partenariat, c’est-à-dire, une clinique articulée entre médecin et patient (médecine d’hier), mais dorénavant avec le psychanalyste (médecine d’aujourd’hui).

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