L’interprétation

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L’interprétation

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Fernando de Amorim

Paris, le 7 septembre 2017

 

 

Certes, l’inconscient interprète, mais il est nécessaire que quelqu’un puisse être prêt à entendre l’interprétation et en faire bon usage.

 

La formation des psychanalystes est une affaire cruciale pour l’avenir de la psychanalyse. C’est bien de s’occuper de la formation des psychanalystes mais d’abord il faut forger le style de celles et ceux qui deviendront psychanalyste, à savoir, les élèves des écoles psychanalytiques.

 

Peut-être, est-ce pour cette raison que nous n’avons pas de psychanalyste, parce que tous se ruent à écrire sur la formation du psychanalyste. Un psychanalyste est déjà formé. Il est responsable entièrement de ses actes, de là l’importance qu’il puisse continuer sa psychanalyse personnelle, histoire de ne pas déconner, au nom de la psychanalyse.

 

Pour former des élèves à la psychanalyse, il faut prendre des risques. Il faut enseigner la théorie mais surtout leur confier la responsabilité clinique d’écouter des patients et donc de conduire des cures. Cela ne veut pas dire que je confie des patients pauvres à des étudiants réduisant ainsi les premiers au rang de cobayes pour les seconds.

 

Les élèves qui se forment au RPH-Ecole de psychanalyse, sont étudiants ou diplômés en psychologie ou médecine. Ils désirent assurer des psychothérapies ou des psychanalyses à l’avenir et, pour examiner ce désir, ils sont invités d’abord à être en psychothérapie et par conséquent en psychanalyse.

 

Or, quelqu’un que j’estime, hier, et un autre aujourd’hui, m’ont interpellé sur qui interprète dans la cure ?

 

Voici mes remarques :

 

Au sein de l’IPA et de ses filières, c’est le moi du praticien qui interprète. D’ailleurs, penser que c’est sa montre qui met fin à la séance c’est croire au père Noël, puisque c’est sa montre qui détermine la fin de la séance et non celle de l’analysant ou du Saint-Esprit. C’est pour cette raison que, depuis mon retour du Panama, j’invite les collègues de l’IPA à devenir lacaniens, l’unique avenir possible pour une psychanalyse vive. Et aux lacaniens, je leur demande de retourner sur le divan.

 

Tout le travail du clinicien doit être de veiller au déroulement de la cure. Déroulement qui se fait grâce à la règle de l’association libre. La fonction du clinicien est donc de veiller à ce que le moi ne prenne pas le dessus sur les associations avec des explications. Comment faire la différence ? Parfois je pose la question :

 

-          C’est cela qui vous traverse l’esprit ?

-          Non, je vous explique pourquoi…

-          N’expliquez pas, respectez la règle, règle qui consiste à parler les pensées, le corps, les rêves.

Parfois le psychanalysant parle et la manière est monotone, hachée, explicative. Cela m’autorise à lui demander :

-          C’est cela qui vous traverse l’esprit ?

-          Oui, dit-il.

-          Continuez.

Car, les voies de l’association libre sont impénétrables dit l’Autre (Epître aux Romans, 11, 33), jusqu’à ce qu’elles soient transformées en interprétations issues de la bouche de celle ou celui qui parle.

 

Je laisse ici l’interprétation de l’inconscient, du malade, patient ou du psychanalysant, pour retourner au cœur de cette brève, à savoir, l’autorité d’interpréter de celle ou celui qui écoute.

 

L’important ce n’est pas ce que l’être dit, puisque c’est signé par le moi, mais ce qui sort de sa bouche, ce qui signe une parole vraie.

 

Alors comment quelqu’un qui n’est pas encore psychanalyste peut écouter quelqu’un et ne pas être gêné de son intervention ? Il peut s’appuyer sur sa supervision et sur sa psychanalyse personnelle pour se libérer du sentiment de mal faire, de se tromper, d’être incompétent.

 

Quand le psychanalyste interprète, il valide l’interprétation de l’inconscient. Comment font donc les jeunes, qui ne sont pas sortis de leur psychanalyse personnelle ? Leur acte a-t-il une valeur ? Bien évidemment. Quand l’étudiant interprète, il le fait autorisé par sa position de psychanalysant, de là la conditio sine qua non que, pour devenir psychanalyste, il est nécessaire d’abord de commencer sa psychanalyse.

 

L’élève ne lève pas la séance ou ne valide pas l’interprétation de l’inconscient à partir de son expérience de psychanalysant, ce qui serait du copier-coller, mais de sa position de psychanalysant. Normalement les jeunes qui utilisent la première démarche veulent contrôler la situation. Il est très courant de repérer cette tendance chez les nouveaux diplômés en psychologie et psychiatrie qui veulent devenir cliniciens en psychothérapie ou psychanalyse. Ils ont eu des années pour se forger un moi fort et se prennent, puisqu’ils ont été coiffés par leur diplôme universitaire, pour les reines et rois du melon. Les sortir de là c’est un enfer pour le clinicien. Heureusement, je peux compter avec l’aide des patients car ces « gros melons » sont profondément accablés quand leurs patients – ils disent ainsi « mes patients » – comme s’ils étaient leurs propriétés – ne viennent plus. Ils sont désemparés et ne comprennent pas pourquoi.

 

Si l’interprétation chez l’analyste de l’IPA est autorisée, contrôlée, certifiée par leur moi et celle des étudiants par leur position de psychanalysant, l’interprétation de l’inconscient – qui ne vient pas toujours dans un joli papier cadeaux, parfois encore énigmatique – du psychanalyste est autorisée par sa position de sujet. Et en tant que sujet il n’a pas a interpréter, mais à acter.

 

C’est le fait d’être sorti de sa psychanalyse, d’avoir assuré au moins une psychanalyse et surtout de continuer sa psychanalyse personnelle qui assure au psychanalyste le droit de saisir de quel côté l’interprétation indique la direction de la castration qui pousse la cure vers l’Œdipe et son au-delà.

 

Et cela jusqu’à ce que le psychanalysant ne se rende plus au rendez-vous psychanalytique, comme l’a écrit Freud.

 

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