L’imprévu qu’implique la scansion est-il structurant ou déstructurant pour le psychotique ? Paris 9

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L’imprévu qu’implique la scansion est-il structurant ou déstructurant pour le psychotique ? Paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 16 février 2016

 

 

Il est important, me semble-t-il, de mettre en évidence qu’une scansion vient toujours de l’Autre, barré (Ⱥ), et qu’elle a comme fonction de produire la castration du moi. C’est cet effet de castration qui aide le clinicien à la distinguer de la frustration et de la privation.

 

Quel imprévu peut bien provoquer une scansion chez le psychotique ?

 

La visée d’une scansion est qu’elle soit structurante, et pour cela elle doit percer l’imaginaire et ensuite dégonfler le moi. Le fait de percer l’un et dégonfler l’autre est ce qui caractérise la castration en psychanalyse. Il est important d’avoir à l’esprit que, au contraire de cette pagaille clinique établie par les fins psychiatres nord-américains avec le DSM, les structures – névrose, psychose, perversion –existent et les êtres en souffrance réagissent de manière différente selon qu’ils naviguent dans les eaux de la névrose, de la psychose ou de la perversion ou encore quand ils occupent la position de malade, de patient ou de psychanalysant (Cf. http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+structures-264.html).

 

Dans la scansion chez le psychotique, le psychanalyste ne doit pas faire le mort. Si une telle position est supportable pour le névrosé et le pervers, elle peut être extrêmement angoissante pour le psychotique.

 

La scansion du psychotique exige du clinicien qu’il attende que quelques phrases s’énoncent encore après l’instant qu’il aura repéré comme étant le moment qu'il fallait scander du discours dit librement. La scansion peut prendre ici la forme d’un kiai japonais, ce son soutenu exprimé par le psychanalyste marquant ainsi son désir d’action tout en perturbant la concentration du moi –, d’un « oui ! », d’un « c’est cela ! » ou de la répétition du mot dit bien dit.

 

Parfois, je lève la séance du psychotique, qu'il soit dans la position de malade, de patient ou de psychanalysant et je remarque qu’il continue assis ou allongé, parfois statique, parfois assis avec les yeux dans le vide. Repérant cela, je lui demande s’il est d’accord que nous levions la séance. Il arrive qu’il fixe un objet et dise oui. D’autres fois, il dit non. A ce moment, je me rassois et je lui demande de continuer. Il m’est possible de faire cela une ou deux fois ou même davantage, jusqu’à ce qu’il accepte de lever la séance. L’absence de la position de maître est fondamentale dans la clinique du psychanalyste en général et dans celle avec le psychotique en particulier.

 

La déstructuration chez le psychotique est due au fait que le moi (a), représenté par l’œil, rencontre la forclusion de l’Autre barré (Ⱥ), selon la figure de présentation en haut à droite.

 

L’Autre barré (Ⱥ), comme l’Autre non-barré (A), sont chez l’être, c’est-à-dire qu’ils font partie, comme le moi, le ça, le surmoi, de l’appareil psychique de l’être parlant.

 

 

 

La notion de temps représentée verticalement, et celle d’espace, représentée horizontalement, indiquent que le psychotique se déplace dans l’espace, mais que son moi est figé dans le temps. C’est pour cette raison qu’il bouge tellement, qu’ilne supporte pas de créerdes racines. Il s’agit pour lui, de tentatives de guérison. En revanche, quand le moi entre dans l’axe de la forclusion, c’est ici qu’il renforce la tentative de guérison avec le délire, comme nous l’a enseigné Freud.

 

 

 

Une vraie solution clinique est celle d’instaurer un transfert à vie (jusqu’à la fin de sa vie ou celle du psychanalyste), le transfert à plusieurs, se laisser à sa disposition, être à sa merci transférentielle et symbolique (dans la mesure des moyens psychiques du clinicien et dans le respect des règles de civilité et d’éthique bien entendu). Cette assise est possible si le psychanalyste continue à occuper la position de psychanalysant, selon la procédure au sein du RPH-Ecole de psychanalyse.

 

 

 

L’Autre non-barré (A) ne pousse par vers la castration mais vers l’abîme, vers la psychose s’il s’agit d’un moi psychotique (Cf. la figure de présentation). L’Autre non-barré (A) peut rendre fou, comme on dit vulgairement, s’il s’agit d’un moi névrosé ou pervers.

 

 

 

La scansion est donc de l’ordre de l’imprévu pour le moi car, elle est déjà l’interprétation de l’inconscient. Comme le moi du malade, du patient, du psychanalysant n’entend pas l’interprétation, c’est au clinicien qui, écoutant le mot qui tombe par surprise –de la bouche qu’il écoute –, accentuera, ponctuera, lèvera la séance.

 

 

 

Le moi, pour assurer un certain équilibre dans son rapport au monde, se forge une cuirasse imaginaire en fer. Cette armure peut être représentée par l’habit du tyran domestique, par l’oppresseur de son propre corps. Ces deux registres sont des représentations quotidiennes qui font que tout un chacun peut toucher du doigt ce qu’est la position du maître dans le versant du moi du psychotique. Il peut transformer la vie de famille en enfer. C’est sa manière de rendre la monnaie de la pièce.

 

 

 

La scansion vise simplement à signaler au moi maître qu’il ne l’est pas vraiment, dans sa demeure.

 

 

 

La scansion est structurante, à condition que le moi accepte qu’il n’est pas propriétaire, qu’il est locataire du corps et de la vie.

 

 

 

La scansion est déstructurante pour le moi s’il se braque. Dans cette situation il, le moi, pourra même casser la baraque pour montrer qui est le patron. Ici le psychanalyste est appelé à descendre dans l’arène – c’est-à-dire, parler gentiment avec la visée de raisonner, de castrer par la douceur – pour causer avec la bête féroce, à savoir, le moi nourri par la résistance du surmoi, sous forme d’actes, ou par l’Autre, sous forme de paroles méchantes, par des insultes, par le verbe destructeur.

 

 

 

 

 

Docteur F. de Amorim

 

CPP - Paris IXe

 

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