Les entretiens préliminaires

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Les entretiens préliminaires

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Fernando de Amorim

Paris, le 5 janvier 2017

 

Les entretiens préliminaires ne sont pas l’initium de l’analyse mais de la psychothérapie.

 

Les entretiens préliminaires sont fruits de la compétence du clinicien à repérer le moment où commence la psychothérapie. Une psychothérapie commence quand celle ou celui qui souffre arrive à formuler ce qui le fait souffrir.

 

Et si la personne n’y arrive pas ? Faut-il la congédier ? L’objectif de cette brève est justement d’éviter cela.

 

Un Monsieur disait récemment qu’une dame ne savait pas ce qui la faisait souffrir et c’est pour cette raison que le praticien en question ne lui a pas proposé un autre rendez-vous. Dans ce cas de figure, je continue à tâcher de faire naître, d’installer et nourrir le transfert –(http://www.rphweb.fr/details-les+etapes+du+transfert+dans+la+direction+de+la+cure+psychanalytique-136.html) – en attendant la reconnaissance, de la part du moi, de ce qui le fait souffrir.

 

Il n’y a pas, ici, place pour le « subjectif du thérapeute ». Une telle formule indique plutôt que le praticien ne sait pas où se trouve le nord de la clinique. Il ne s’agit, ici, ni de « thérapeute », ni de « psy », ni d’« analyste », ni de celui qui permet de « pénétrer dans la cure analytique ». Ces expressions entre guillemets viennent signaler qu’ils ne savent pas conduire la cure. En lisant pour la première fois sous la plume de Jacques Lacan cette formule – même si d’autres auteurs – Abraham, Reich, Fenichel, Glover – avaient déjà écrit sur la cure et sa conduite –, je me suis senti épistémologiquement foudroyé. Une sorte de εὕρηκα archimédien a illuminé mon ignorance clinique. Je ne trouve pas une telle puissance chez les analystes d’hier comme d’aujourd’hui. A un moment donné, ils lâchent leur désir. Mon hypothèse est que, en abandonnant leur psychanalyse personnelle, ils ont été emportés par le vent et le courant du à la résistance.

 

Le pervers peut venir rencontrer un clinicien sans souffrance. Il y a « une gène », « quelque chose qui ne va pas ». Mais sur ce qui est de la souffrance, pas un mot. Il déplore la perte de son amant. Cela le fait-il souffrir ? Pas forcément… Un copain est décédé. Souffre-t-il ? Non.

 

Dans ce cas de figure, le clinicien, au contraire de laisser partir la personne qui, apparemment, ne souffre pas, se doit de nourrir le transfert, jusqu’à l’apparition de la souffrance car, la souffrance signe l’entrée en psychothérapie. Les entretiens préliminaires constituent la période qui va de la première rencontre avec le clinicien jusqu’à l’entrée en psychothérapie. Parfois un psychotique vient rencontrer un clinicien sans formuler sa souffrance et revient quelques mois, voire quelques années plus tard pour commencer une psychothérapie.

 

La position en face-à-face, comme disent quelques analystes, peut indiquer qu’il s’agit des entretiens préliminaires ou d’une psychothérapie. Dans l’immense majorité de cas, il s’agit de cette deuxième hypothèse.

 

En revanche, pour répondre à la question d’un analyste, le passage du fauteuil – position face-à-face comme il écrit – au divan, se caractérise par la question à l’Autre barré (Ⱥ), comme j’avais théorisé (https://www.youtube.com/watch?v=Tj5O6OVv2zs).

 

Il n’y a pas de contre-indication à la psychanalyse. Il y a contre-indication à l’analyste. Une analyse c’est toujours une bonne expérience.

 

Les entretiens préliminaires n’ont rien à voir avec la psychanalyse car rien ne garantit qu’en rencontrant un clinicien habilité à assurer sa psychanalyse, l’être deviendra psychanalysant.

 

Indépendamment s’il s’agit d’une « première cure », comme disent quelques auteurs, une cure avec des enfants, une « reprise d’une analyse ou seconde cure » – ce que j’appelle un abandon de psychanalyse et les conséquences qui viennent avec –, le fil rouge est le même, à savoir, c’est la présence de la souffrance qui met fin à l’entretien préliminaire et démarre la psychothérapie. Psychothérapie avec psychothérapeute ou avec psychanalyse (Cf. http://www.rphweb.fr/details-proposition+d+une+cartographie+de+la+clinique+avec+le+malade+le+patient+et+le+psychanalysant+a+l+usage+des+medecins+psy-140.html).

 

Les entretiens préliminaires font partie de l’appareil technique du psychanalyste. Il ne s’agit pas d’un moment d’évaluation. L’entretien préliminaire sert à signaler si la psychothérapie a commencé ou non, et surtout pas à savoir si l’être est prêt ou non pour devenir patient car je pense que quand quelqu’un sort de psychothérapie (position de patient) pour entrer en psychanalyse (position de psychanalysant), il n’est pas question non plus d’un moment d’évaluation mais d’un autre moment technique, celui de vérification si la question au grand Autre est valide ou non. L’avantage de la technique par rapport à l’évaluation, est que dans le premier cas il est possible de se passer des affects et de l’avis de l’évaluateur. Et cela je l’ai appris avec les marins. Un commandant nous enseignait récemment que si quelqu’un n’est pas d’accord pour mettre son gilet à bord d’un bateau, il ne faut surtout pas discuter. Il faut faire demi-tour, sans mot dire et, une fois à quai, dire à l’indélicat que, sans gilet pas de sortie en mer. Dans un tel contexte, il n’y a pas de place pour la relation imaginaire.

 

L’être qui nous rend visite n’est pas aux prises avec la structure, mais avec le symptôme. Ce qui fait souffrir c’est le symptôme, qu’il soit du champ de la névrose, psychose ou perversion. La confusion chez le praticien entre structure et symptôme produit des rejets ravageurs.

 

La structure ne se révèle pas avec le transfert mais, surtout, avec l’entrée en psychanalyse. Et l’entrée en psychanalyse suppose la question – vérifiée – à l’Autre, barré ou non.

 

La construction de ma cartographie, que j’avais appelée « Cartographie du RPH » – histoire de rendre hommage aux membres du RPH – pousse à distinguer clairement les positions subjectives de l’être, à savoir, position de malade, de patient, de psychanalysant et enfin de sujet. Ainsi, il est impossible qu’un psychanalysant reste au stade des entretiens préliminaires. S’il est sur le divan il a passé le cap de l’entretien préliminaire et de la psychothérapie. Sauf s’ils sont des analysants, ce qui suppose qu’ils sont écoutés par des analystes.

 

La question des entretiens préliminaires « intéresse beaucoup les jeunes analystes ou les praticiens qui sont jeunes dans leur pratique car ils se demandent à quel moment proposer au patient de passer sur le divan après le face-à-face. C’est une question souvent posée en contrôle et par laquelle on est bien embarrassé ». Cette phrase se trouve sous la plume d’un respectable collègue et je comprends son embarras. Le motif de l’embarras c’est que c’est le moi du praticien ou de l’analyste qui propose de passer d’une position à une autre car, si c’est l’inconscient structuré comme un langage qui autorise le clinicien à α) examiner et β) à vérifier l’authenticité de la question, il n’y aura pas d’embarras. Peut-être un peu plus d’effort à faire – dans le cas de la structure psychotique –, mais surtout pas d’embarras.

 

Si une personne ne supporte pas d’être en analyse, tout le dispositif est mis en cause : la structure de la personne, la formation de l’analyste, son analyste à lui, de même que son contrôleur et son institution. D’où l’importance que je nourris ce fait que la psychanalyse du psychanalyste soit sans fin. Cela avec l’objectif de protéger le psychanalysant et la psychanalyse du moi de l’analyste.

 

Il est courant qu’un patient en passant sur le divan ne supporte pas d’être en psychanalyse. Cela doit être un indicateur de la structure, probablement la psychose en tant que structure, ou du moi qui ne veut pas savoir, en tant que symptôme d’une aliénation décidée. Dans le premier cas, le clinicien se doit d’aménager la technique et la méthode à cette personne, sans céder de sa position de supposé-psychanalyste. La suite est de conduire la psychanalyse jusqu’à la possibilité d’une île (http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+structures-264.html), toujours dans le cas de la psychose. Si la personne retourne sur le fauteuil, le clinicien fait en sorte qu’elle puisse construire les issues révélées possibles à la structure psychotique par Freud et Lacan (http://www.fernandodeamorim.com/details-les+sorties+de+psychotherapie+possibles+pour+le+psychotique+paris+9e-152.html).

 

Il est hasardeux, voire impossible, de s’exprimer sur une structure psychique pendant les entretiens préliminaires. Les psychiatres se cassent régulièrement les dents – la preuve en est leur changement de diagnostic presque comme ils changent de chemise – ; Freud aussi se cassait les dents, même si cela a pris plus de temps – je pense à L’homme aux loups. Pour sortir le clinicien de l’embarras, il ne faut pas sauter sur la recherche du diagnostic. Nourrissons le transfert, rectifions la direction de la cure et attendons que le diagnostic tombe de la bouche du psychanalysant comme un fruit mûr. Bien entendu cela suppose une connaissance de l’histoire et des structures cliniques.

 

Il n’y a pas de répétition en psychanalyse. Il y a "spiralation", si j’ose dire. Qui pense qu’il s’agit de cercle et non d’une spirale c’est le moi.

 

Réinventer la psychanalyse à chaque nouvelle cure, c’est ce que proposait Freud. Lacan avait affiné cette stratégie et a autorisé le psychanalyste à réinventer à chaque séance. Le vent et le courant de la résistance ont transformé le psychanalyste en analyste – cela a commencé quand il a abandonné sa psychanalyse personnelle – et l’a figée dans une place où le désir n’a pas raison.

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