Les brutes I, II, III, IV, V, VI

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Les brutes I, II, III, IV, V, VI

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Fernando de Amorim
Paris, le 5 octobre 2016

 

En réagissant à l’édito dans le Parisien du 5 octobre 2016, de Jean-Marie Montali, à propos du livre du Docteur Martin Winckler, intitulé "les brutes en blanc", je dirais, de but en blanc, que la médecine se déshumanise et ça ne changera pas, ça ira même vers le pire si les pouvoirs publics n’associent pas le psychanalyste à la relation médecin-malade. Elle se déshumanise parce que la médecine en choisissant la voie de la scientificité avec Claude Bernard, ce qu’était un excellent choix, a oublié au passage de mettre en évidence le patient, ce qu’elle ne pouvait pas à l’époque : Bernard était médecin et physiologiste et Freud tâter un terrain obscur qu’il allait commencer à peine à nommer 30 ans plus tard et qui serais ce qui nous appelons aujourd’hui psychanalyse.

Nous payons, nous tous, aujourd’hui, une évolution de la clinique de l’organisme malade extraordinaire, et un retard dans l’articulation de cette clinique avec l’inconscient.

Pour résoudre cette affaire, nous pouvons en France écrire une nouvelle page de la médecine humaine. Cette nouvelle page commence par la mise en place de ce que j’appelle la clinique du partenariat. Dans la clinique du partenariat le médecin travaille main dans la main avec le psychanalyste pour écouter l’organisme malade et l’être qui souffre de sa maladie. Les médecins Français sont, effectivement, accaparés par les contraintes de services, par le temps et l’argent et ils sont même « échaudés par judiciarisation de leur rapport avec les patients », comme écrit Monsieur Montali. Cette judiciarisation est la preuve même de la décence de la parole dans la relation entre le médecin et le malade. Si les médecins « se retranche derrière une procédure scientifique pure et dure » comme écrit Montali, c’est parce qu’ils ne sont pas formés à parler. Ils sont formés à ausculter, prescrire, opérer. C’est comme ça et ça ne sera pas autrement dans l’avenir. Il est impossible de revenir à la clinique de papa. En revanche, si nous voulons changer la lecture de la médecine de ce siècle, il faut introduire dans la formation médicale, à l’hôpital et dans le rapport du médecin avec le malade, le psychanalyste. Dans la clinique du partenariat, le médecin examine, prescrire et demande au patient de rencontrer le psychanalyste. Une telle procédure exige une formation spécifique pour les médecins d’aujourd’hui et pas pour les ex-praticiens.

La clinique du partenariat existe déjà de manière informelle en France. Mise en place au niveau régional, ensuite national, elle peut diminuer énormément les dépenses publiques avec la santé car énormément de patients souffrent psychiquement et ne peuvent s’exprimer que par leurs corps. En s’exprimant de manière excessive, ou pas, par leurs corps, ils sont pris de panique et s’adresseront aux urgences hospitalières, ce qu’augmentera le nombre de consultations des médecins dans les urgences et en ville, ils vont aussi augmenter le nombre de prescriptions. Il faut savoir qu’une fois passé l’angoisse – quand il s’agit d’angoisse exprimée par le corps et non de maladie organique –, le patient normalement ne continue pas à prendre le médicament. Et tout ça coûte de l’argent.

En désaccord avec Monsieur Montali, je mets en évidence que la fonction d’un médecin c’est de soigner la maladie, pas soigner le malade. Soigner le malade c’est la fonction du médecin avec le psychanalyste.

Il est fondamental de mettre en place une politique où la clinique médicale et la clinique psychanalytique vont faire couple au service du malade. Et à ce moment-là nous pouvons constater des économies très importantes de l’argent public. En mettant en tension les protocoles et les valeurs humanistes je pense que Monsieur Montali oublie que pour que la clinique puisse fonctionner il faut des protocoles, même si cela n’exclut pas les valeurs humanistes. Mais il ne faut pas exiger des médecins et du personnel soignant, d’avoir des valeurs humanistes quand ils sont régulièrement dans un état d’extrême tension car ils sont agressés ou ils sont appelés à répondre à une paperasse sans fin.

Je pense avec Monsieur Montali que les médecins font partis des soins mais pour que le médecin puisse faire partie du soin il faut qu’il soit bien dans sa peau et le malaise chez le médecin est une constante depuis des années. Je ne pense pas qu’il y ai du dédain de la part du médecin envers les malades, sauf quand il s’agit d’un indélicat qu’à réussit à obtenir son diplôme de docteur en médecine. La médecine humaine d’aujourd’hui se construit avec la psychanalyse française.

 

Les brutes (II)


« …la majorité des médecins me paraissent subir le même sort que les mauvais pilotes de navire »

Hippocrate, L’ancienne médecine


Fernando de Amorim
Paris, le 5 octobre 2016


Dans Le Parisien du 5 octobre 2016, Aline gérard et Léa Sabourin publient un article – à partir du livre Les brutes en blanc de Martin Winckler – intitulé « Inhumains les médecins ? ». C’est avec l’amitié et le respect qui est le mien pour le Docteur Winckler – que j’avais connu par son livre « la Maladie de Sachs » – qui je me permets de dire le fond de ma pensée.

D’abord une remarque méthodologique : il est très difficile de dénoncer l’humanité du médecin – et même sa brutalité – à partir d’un ouï-dire, et en plus par les moyens modernes de commérage (Facebook, Twitter). Celui qui dénonce étant caché, il n’implique pas son être et sa responsabilité dans la dénonciation.

Cela dit, bien entendu il existe des médecins que ne sont pas très bien élevés par papa et maman. Les médecins qui de toute évidence sont mal éduqués, qui ne savent pas s’adresser à l’autre d’une manière civilisée. Par leurs racisme, misogynie, agressivité, voire grossièreté, ils me donnent la preuve qu’ils n’ont pas eut de berceau. Cela n’empêche, ils ont un diplôme de docteur en médecine et c’est le diplôme qui est au cœur de l’affaire. Un médecin c’est un être humain et parfois les malades, voire les patients, les installent dans une position transférentielle – comme nous disons en psychanalyse – autre. Ca c’est le cœur de l’affaire.

C’est délicat aussi de suivre les anecdotes du livre de Winckler quand on sait qu’il critique la médecine française du Canada, quand on sait qu’il dénonce en tant qu’ex-généraliste, puisque maintenant il est formateur et écrivain. Critiquer la conduite d’un bateau par un pilote quand on n’est plus marin ou quand on regarde les manœuvres du port, ce n’est pas la même chose qu’être dans le bateau en tant que médecin avec le patient en pleine tempête. Les tâches du médecin sont complexes. Pourquoi vouloir les accablés ? Eduquons-les, instruisons-les aux choses de l’esprit humain dans sa complexité. Il faut en effet viser une mesure, « or il n’y a pas de mesure », disait Hippocrate dans « L’ancienne médecine » (IX ; 4). De même quand Monsieur le Professeur Didier Sicard, qui est présent aussi dans l’article du quotidien parisien, qui a 78 ans, qui est président d’honneur du comité consultatif national d’éthique, qui n’a plus de relation quotidienne avec le malade, mais qui donne aussi son avis. Et son avis n’est pas clinique mais accusateur : « la faute d’abord au développement de la technologie, notamment la biologie et l’imagerie qui ont peu à peu remplacé l’écoute du malade, mais aussi de la dictature de l’économie ». La médecine de papa c’est finie. Il faut faire avec ce qui nous avons aujourd’hui : la technologie, l’économie et les brutes. Quoi faire ? Faire à la française. Introduire la possibilité qui les étudiants en médecine puissent s’approcher de la psychanalyse, qui les médecins puissent introduire la clinique du partenariat dans leur quotidien clinique. La clinique du partenariat est un dispositif où le médecin propose au patient de rencontrer le psychanalyste, pour que le patient puisse raconter ce qui le fait souffrir au psychanalyste. Cette démarche a était mise en place depuis 1991 à l’hôpital Avicenne et les résultats, en termes d’apaisement pour le médecin, pour le malade et pour l’économie française – à l’échelle de l’expérience, c’est-à-dire, infime – sont favorables. Pourquoi ne pas s’intéresser à une telle démarche ?

 


Les brutes (III)

Fernando de Amorim
Paris, le 6 octobre 2016

 

Une chose c’est être assis, au port, regarder le bateau de la clinique médicale tanguer, l’autre chose c’est d’être, en tant que médecin, infirmière, psychiatre, psychanalyste, dans la tempête, avec le malade et ses fantasmes, sa maladie, son désir, son transfert.

Face à la question des journalistes Aline Gérard et Léa Sabourin dans Le Parisien du 5 octobre 2016, qui demander si, Martin Winckler, dans son livre « Les brutes en blanc », « exagéré » ou s’il était « Anticonfraternel », il dit : « J’assume ! ».

Et l’homme assume, c’est vrai. D’ailleurs, il rajoute : « Trop souvent encore, des médecins, parce qu’ils estiment faire partie de l’élite, parce qu’ils n’ont jamais reçus en fac des cours d’éthique de psychologie comportementale, pensent qu’ils ont tous les droits ».

Je tiens tout de même à dire à Monsieur Winckler que la psychologie comportementale, très en vogue au Canada, ne porte pas le secours nécessaire pour la tempête clinique que vit, tous les jours, les médecins. Le drame des médecins aujourd’hui, c’est qu’ils sont noyés par la paperasse, les insultes des abrutis et, effectivement, les brutes et les inhumains qui font partie de leur rangs.

La médecine n’est pas contaminée par la psychanalyse, et c’est malheureux pour les médecins et leurs patients. La psychanalyse, qui est l’autre nom de la carte qui conduit le clinicien dans les eaux énigmatiques et turbulents de l’océan inconscient, n’a pas encore était invitée officiellement à officier auprès des médecins. Le médecin qui navigue dans des eaux inconnues de la maladie ne doit pas laisser son ego croire qu’il peut exiger d’une femme d’accoucher au doigt et à l’œil. Mais pour savoir cela il faut l’instruire aux formations de l’inconscient, formations auxquelles les médecins sont plongés au long des journées puisque, si pour Freud, le rêve, le lapsus, les actes manquées sont des formations de l’inconscient, comme avait défini Lacan, je rajoute la maladie organique comme méritant le même statut. Bien entendu, il faut savoir opérer cliniquement avec une telle affirmation, et non la traiter en brute épaisse.

Je ne conteste pas l’existence de ces grossièretés médicales dénoncées par Monsieur Winckler. En revanche je proteste qu’il, au contraire d’être avec nous pour nous aider a sorti le médecin français de cet embarras clinique, était aller former des canadiens à son savoir-faire – richissime – et en plus – le pompon – sa levée du drapeau de la psychologie comportementale, psychologie qui exclut ce qui est au cœur de son livre, à savoir, la plainte à tue tête, la demande qui n’est pas entendue et qui parfois est demande d’autre chose, le maniement du transfert, le désir qui se mêle au discours du malade et du patient.

Les médecins maltraitants effectivement sont une plaie comme le sont les mauvais boulangers et les analystes de tous genres. Les médecins ne trahissent pas la confiance des patients, simplement ils ne savent pas quoi faire avec la confiance qu’ils leurs apportent. Les prescriptions inutiles c’est le résultat d’une non-formation du médecin, et dans ce sens-là je suis d’accord avec Winckler, la question c’est que la formation du médecin de ce siècle ne peut pas se baser uniquement sur la formation universitaire. Il faut que le médecin continue à faire de la médecine mais qu’il sache tout simplement qu’il est possible d’accoupler, au discours du médecin et du patient, le psychanalyste. Le psychanalyste est celui qui a la formation pour occuper la position qui est celle de faire traduire aux médecins les dires du patients et de traduire aux patients les dires de son inconscient.

 


Les brutes (IV)

Fernando de Amorim
Paris, le 6 octobre 2016

 

L’inconscient est aussi l’affaire de la médecine parce que « l’inconscient (du médecin) interprète », comme je l’avais écrit dans la « Revue de psychanalyse et clinique médicale », n° 1, page 102. Ce n’est pas trop facile pour les médecins de dire à une patiente « c’est dans votre tête ». Simplement, face à la demande pressante, à la plainte angoissée, le médecin ne sait pas quoi dire. Pas forcément par orgueil. Parce que la clinique, c’est de la tempête, du tsunami, du pot au noir. Rarement de l’accalmie. L’accalmie en clinique est même un phénomène inquiétant.

Ce qu’il y a dans la tête de la patiente ce sont les neurones et du sang qui circule dans son cerveau. L’inconscient n’est pas que dans la tête, l’inconscient est dans la tête jusqu’aux pieds. Mais pour accéder au savoir inconscient, il faut savoir écouter le discours et le transfert. Or, le médecin n’est pas formé ni pour déchiffrer l’un, ni à manier l’autre. Même pas le psychologue comportementaliste que Monsieur Winkler porte aux nues, n’est pas habilité cliniquement à accéder à l’inconscient. En revanche, s’il y a un clinicien qui sait le faire, puisqu’il était forgé pour cela, ne déplaise les rancuniers et les ingrats, c’est bien le psychanalyste.

Je suis régulièrement confronté à l’impuissance de quelques hommes mais, avant de partir du principe que c’est son inconscient, comme a été écrit dans l’extrait présenté par le Parisien du 5 octobre 2016. Pour « le médecin, c’est son inconscient ». Dans cette phrase, il est impossible de savoir s’il s’agit de l’inconscient du médecin ou du patient. Donc, je pars du principe que l’inconscient des deux est dans l’affaire.

Dans la clinique quotidienne, au contraire de partir du principe qu’il s’agit uniquement de l’inconscient du patient, ma stratégie c’est de nourrir le transfert, de demander un examen médical – dans la logique de la clinique de partenariat – et ainsi, par la suite, voir quelle est la part « l’arthrite des membres inférieurs » (coté médecin) et ensuite la part de l’inconscient du patient (coté psychothérapie avec psychanalyste).

Malmené l’inconscient, me laisse penser qui Monsieur Winckler sait bien « châtier sans pitié », comme dit Molière par la bouche de l’atrabilaire Alceste Act. I, sc. 1). Il me semble fondamental qu’il puisse utiliser de sa notoriété bien méritée, pour apprendre aux jeunes médecins à travailler en partenariat avec les vrais navigateurs de l’inconscient, l’autre nom du psychanalyste et pas avec les marins d’eau douce et les spécialistes de la navigation piscinesque.

Pour l’instant, il préfère la platitude de la psychologie du comportement. C’est peu pour le niveau d’exigence qui est le sien.

 

Les brutes (V)

Fernando de Amorim
Paris, le 7 octobre 2016

 

 

 Beaucoup de médecins partent du principe que – comme cela est évoqué dans l’extrait du livre de Martin Winckler, Les brutes en blanc publié dans le Parisien du 5 octobre 2016 – en faisant une « psychanalyse simpliste » ils pourront se dépatouiller du nœud de la souffrance. Voici les dires d’un médecin rapportés à l’auteur par une femme : « Si vous ne voulez pas d’enfant c’est que vous avez un problème avec votre mère. Il faut en parler à un psy… ». Pas plus tard qu’hier une personne en consultation, disait qu’elle ne voulait pas avoir d’enfant mais qu’il y « avait une pression familiale très importante pour qu’elle puisse tomber enceinte ». Je lui avais dit que ce n’est pas obligé qu’une femme puisse devenir mère.

Parfois le médecin peut se précipiter à dire des choses qui lui semblent relever du simple bon sens. Et pourtant, la clinique humaine ce n’est pas la clinique du bon sens. Il faut examiner le discours, avec le transfert. Et pour savoir examiner le discours il faut une préparation bien spécifique, à savoir, que le psychanalyste continue sa psychanalyse personnelle et qu’il puisse compter sur et avec elle quand il a des doutes.

Le discours s’exprime par la parole, mais aussi par les expressions corporelles et parfois, quand elle n’est pas entendue – et c’est mon hypothèse de travail depuis plus de 30 ans – ça ne peut s’exprimer que par l’organe ou l’organisme malade.

Au sein du Réseau pour la psychanalyse à l’hôpital – le RPH –, le psychanalyste n’est pas obligé d’être diplômé en médecine mais c’est de son devoir d’être ami de la médecine. De là l’importance qu’il puisse compter avec l’examen médical – demander par le médecin traitant – pour s’assurer qu’il n’est pas en train de passer à côté d’une maladie organique.

Etre ami de la médecine est une règle de base pour le psychanalyste d’aujourd’hui. Comme j’avais dit dans une précédente brève, la fonction d’un médecin est de se concentrer sur le dossier médical, sur les analyses et les examens complémentaires. Prendre le temps d’écouter le malade face à lui c’est une question de civilité, pas une démarche clinique. Le médecin ne sait pas écouter parce qu’il n’est pas formé pour cela, parce qu’il n’a pas les instruments pour l’écoute – ce qui n’est pas le cas de son inconscient –, et parce qu’il est impossible pour lui aujourd’hui d’occuper la position de celui qui écoute le malade.

Le malade, au contraire de ce que défend un certain nombre de médecins, vit la maladie certes, mais ne peut pas dire sur sa maladie. La maladie est la preuve même que le malade est débordé par ce qui lui arrive. De là l’importance que le médecin et le malade puissent compter avec le psychanalyste. Et cela exige, aussi pour le psychanalyste, une formation spécifique pour opérer avec des malades de médecine.

 

 

Les brutes (VI) – la dernière

Fernando de Amorim
Paris, le 6 octobre 2016


Voici mes dernières remarques à propos de l’article publié dans le Parisien du 5 octobre 2016 sur le livre de Monsieur Martin Winckler, « Les brutes en blanc ».

Penser que le malade peut être sur un pied d’égalité avec le médecin est fruit d’une idéologie. Le patient n’est pas en position d’égalité avec le médecin, tout simplement parce que pour l’être, il lui faudrait avoir le même nombre d’années d’études et être de la même spécialité que lui. Ce n’est pas avec cet humanisme humanoïde que nous allons faire avancer la médecine et améliorer le traitement des malades. La faiblesse d’être dans la position de malade, la posture du malade à moitié dénudé entouré du chef de service – et du praticien hospitalier, du chef de clinique, des internes, externes et parfois de quelques infirmières –, ne laisse pas le malade dans une position très avantageuse. Mais il faut passer par là quand nous sommes dans un hôpital universitaire. Pour former les étudiants, il faut transmettre la médecine et cette transmission ne se fait pas uniquement en lisant des livres et en regardant des vidéos ou des séries « comme Dr House, Grey’s Anatomy ou Urgences ». Il faut aller dans la mélasse de la clinique. Et dans la mélasse clinique, le monde sort dégueulassé : le malade par sa condition, et le personnel soignant, qui ne sort pas indemne face à la maladie, la détresse de l’être et la mort qui s’invite parfois au rendez-vous.

Le médecin n’a pas de pouvoir, au contraire de ce qui est dit dans l’article. Affirmer en avoir c’est faire la preuve que la grenouille se prend pour un bœuf. Suivons Ambroise Paré et sa position véritablement médicale : « Je le pansay, Dieu le guarist ». Dans cette formule heureuse, ce n’est pas Dieu qui intéresse, c’est le « Je ». Il ne s’agit pas de la modestie du médecin. Il s’agit du médecin dégonflé de son ego. Dans la perspective de Paré, le pouvoir est médical et le médecin est son serviteur.

Le patient ne sait pas, mais le médecin ne sait pas non plus. Pour savoir, il faut qu’il ausculte, fasse des examens et qu’il réfléchisse – parfois de manière collégiale –, pour savoir un bout de ce qui arrive à l’organisme ou à l’organe malade.

Un médecin qui pense qu’il sait, occupe la position de maître et n’est pas, alors, dans une position de clinicien. Un médecin qui pense qu’il a « des existences dans ses mains » s’est aliéné dans sa prétention car il n’a même pas sa propre vie entre ses mains. Croire que des mots peuvent « détruire » un être c’est donner un pouvoir magique aux mots. Les mots ne détruisent pas, ils blessent et ils peuvent aussi donner une autre direction à une existence. Le médecin à la « connaissance clinique des maladies », mais le patient n’a pas de connaissance « de son corps ». Ce dernier a, je le concède, une perception, une sensation, une image, la plupart du temps faussée, de son propre corps. Et en ce qui concerne son organisme, il ne sait pas grand-chose et c’est pour cette raison qu’il faut qu’il aille voir un médecin. Cette confusion entre « physique », « organique » et « corporel ou somatique », est au cœur des distinctions à faire pour que nous puissions, médecins et psychanalystes, savoir où se trouve l’être dans la position de malade ou de patient.

Quand un médecin plein de bonne volonté, l’autre nom d’une méchanceté voilée, dit « stop » à sa hiérarchie en arguant qu’elle veut prendre « le temps d’écouter » « mon » patient, nous voyons que l’inconscient du médecin parle. Personne n’a de patient. Un patient ce n’est pas une propriété. Un patient c’est un être qui signale qu’il souffre et qui attend que le médecin puisse répondre, avec une solution médico-chirurgicale, à cette souffrance. Or, dans la position de patient l’être souffre dans son corps, dans la position de malade l’être souffre dans son organisme. Le médecin n’a pas les instruments pour soigner le corps souffrant. C’est le psychanalyste qui a ce moyen-là, parfois en partenariat avec le médecin. Le médecin est spécialiste de la maladie organique. S’il arrive à occuper cette position, il a fait sa part. Il faut attendre que le malade, le patient et le psychanalyste fassent la leur.

 

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