L’éléphantiasis de l’analyste

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L’éléphantiasis de l’analyste

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Fernando de Amorim

Paris, le 15 mai 2017

 

 

Christophous Christum, sed Christus sustulit orbem :

Constiterit pedibus dic ubi Christophorus ?

 

 

 

Il est vrai que la psychanalyse n’a pas réponse à tout.

 

La suggestion, elle, oui, dixit Freud dans « Psychologie des masses et analyse du moi ». Mais il est vrai aussi que quelques-unes et quelques-uns s’appuient sur cette vérité première, à savoir, que la psychanalyse n’a pas réponse à tout, pour ne rien dire, ne rien faire ou faire qu’à moitié, voire de manière spasmodique. En fait, cette façon analytique de faire avec le désir obéit au commandement du moi. Le moi, l’ego pour les anglo-saxons, est un bricolage, un compromis, en un mot, un symptôme.

 

Si le psychanalysant a choisi de se mettre du côté du désir, en venant s’allonger sur le divan, l’analyste, en abandonnant ce dernier, s’aligne sur le symptôme. L’analyste n’est pas bon pour la psychanalyse, mais ça serait pire sans lui. Freud avait fait avec les analystes ce que le dicton nous commande : « faire contre mauvaise fortune bon cœur ». C’était le cas de Lacan hier, de Miller aujourd’hui.

 

De toute évidence, l’analyste n’est pas prêt pour la bataille qui se présente à lui.

 

Il est vrai aussi que le lion ne bondit qu’une seule fois, dixit Freud. Mais Freud avait gagné son autorité en portant à bout de bras la psychanalyse. L’analyste, en abandonnant la position de psychanalysant, et donc son désir, fait des sauts de cabris, se faufile comme une anguille, mais avec des pieds d’éléphant.

 

Il faut imaginer les analystes avec des pattes d’éléphants. Ils sont lourds, ils réfléchissent lourdement, parce qu’ils ne sont pas ce qu’ils disent être, à savoir, psychanalyste à part entière. Ce n’est pas moi qui dis cela, c’est leur discours.

 

Il est essentiel que celles et ceux qui aiment la psychanalyse – puisque c’est elle qui leur a donné la possibilité de se créer un nom, une famille, une raison de vivre sans trop s’ennuyer, voire nuire –, se décident vraiment à aimer leur désir. Pas en avare, pas en tricheur, pas en paresseux, mais en sujet.

 

Pour être prêt pour la bataille, celle à laquelle les psychanalystes ont été invités par Freud depuis 1918, il faut rassembler une cavalerie légère, capable de se rassembler en moins de deux pour défendre la psychanalyse de ses adversaires. Adversaires, pas ennemis.

 

Si j’ai un reproche à faire, ce sont aux amis de la psychanalyse, expression  issue de la plume de Ferenczi, le moins ami de la psychanalyse qui soit.

 

En créant les Centres Psychanalytiques de Consultations et de Traitements (CPCT), Jacques-Alain Miller n’a pas vu venir la bureaucratie des éléphants de son Ecole. Il faut rectifier le tir rapidement, si Miller et ses éléphants ne veulent pas voir leurs trompes coupées par l’armée légère de l’actualité.

 

En faisant référence aux éléphants, deux associations me viennent à l’esprit : la bataille de l’Hydaspe, où Pôros et ses 300 éléphants n’ont pas fait le poids face à l’intelligence et la créativité belliqueuse d’Alexandre disciple d’Aristote. L’autre, ce sont les éléphants du PS.

 

Rassembler le désir, ça devrait être la devise de celles et ceux qui dédient une bonne partie de leur vie à la psychanalyse, sans pour autant s’engager pour de vrai. Qu’ils soient de n’importe quelle école, à condition qu’ils soient d’accord pour retourner sur le divan et qu’ils mettent fin aux séances fixes. Et cela pour la simple raison que l’expérience a prouvé qu’empêcher la psychanalyse de déployer ces ailes, éloigne, muselle, étouffe, tue l’être porteur du désir de devenir psychanalyste et ralentit celle et celui qui le paye pour assurer sa cure de manière excellente.

 

D’ailleurs, vu de ma fenêtre, si Jacques-Alain Miller, n’est plus à l’ECF, qui a autant de désir pour porter cette armée d’analystes ?

 

Il faut penser une politique pour la psychanalyse. Et cela commence par des actes sur le terrain.

 

Si aujourd’hui le CPCT est gaspillage, si demain l’expérience se poursuit à l’identique, elle sera désolation.

 

Tant mieux si Fienkielkraut vient sur le divan de Miller, comme ce dernier lui avait proposé récemment. Le plus urgent, vu de ma fenêtre, c’est qu’il fasse un appel du pied, histoire de ne pas froisser leur sensibilité moïque, à tous ces analystes parfumés qui ne savent plus se battre comme il faut pour la psychanalyse car, se battre ils le savent, mais avec des épées et des fusils en plastique.

 

Récemment, deux dames m’ont tiré dessus à coup de boulets-dragibus rouges. Mes préférés. J’ai mastiqué leurs critiques avec un plaisir enfantin.

 

En réunion récemment avec des analystes de l’IPA en Amérique centrale, je leur avais parlé de la CPP de Paris et de sa banlieue, des consultations et des revenus. Le tout sans demander un centime à « Maman la sécurité sociale » ou à « Papa l’Etat français ». A la fin, je leur avais proposé, pour qu’ils sortent de leur impasse, de retourner sur le divan de leur psychanalyste en leur proposant de mettre fin aux séances de cinquante minutes ou de temps fixe, comme ils disent. En répondant que pour eux, le temps de la séance n’était pas fixe mais figé, j’ai eu droit à des regards furieux et des remarques du genre : fanatique, macaquito (petit macaque).

 

Ces dragibus des sud-américains je les ai mangés avec autant d’amusement.

 

Pour conclure, je défends que :

 

Le psychanalyste occupe la position de psychothérapeute pour le malade et le patient,

Le psychanalyste occupe la position de supposé-psychanalyste pour le psychanalysant,

Le psychanalyste occupe la position de psychanalysant pour protéger le malade, le patient, le psychanalysant et la psychanalyste de son ego.

 

Qui protège le psychanalyste de son ego, Saint Christophe ? Non, c’est sa psychanalyse personnelle, psychanalyse personnelle qui a une sortie possible, l’autre nom de la passe lacanienne, mais qui doit être sans fin. Proposition freudienne.

 

Cette proposition s’adresse aux responsables de l’ECF. S’ils sont sensibles à mes arguments, je passe à l’ALI. S’ils sont d’accord d’en discuter de manière courtoise, argument contre argument, je passe à la branche française de l’IPA.

 

Le distique en forme de devinette (« Christophe portait le Christ, mais le Christ portait le monde : dis-moi où Christophe a posé les pieds ? ») dans « Psychologie de masses » est, selon mon interprétation, un appui adressé à la Métaphysique d’Aristote : peu importe l’avant ta naissance et après ta naissance, c’est ce que tu feras de ta vie pendant ton existence qui compte.

 

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