L’efficacité de la scansion, paris 9

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L’efficacité de la scansion, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 23 février 2016

 

 

La scansion est un acquiescement du clinicien. Mais ce n’est pas lui qui décide quand la séance doit ou non être suspendue. Et pourtant, avec quelques discours logorrhéiques, surtout chez les psychotiques, il faut se décider, à un moment ou à un autre, montre ou non, à suspendre la séance. Dans ce cas, le clinicien lance quelques kiai, demande une répétition d’un mot et lève la séance. Le fait de lancer un kiai, de faire répéter un mot, est une manière de représenter pour le psychotique l’espace, de mettre en évidence la présence de l’Autre, d’un autre corps. Le clinicien n’a pas à laisser courir la séance davantage parce que le patient dit quelque chose d’important pour lui, le clinicien. Si ce dernier met en place cette curiosité, qu’elle soit intellectuelle ou pour le bien du patient, il occupera la position du praticien, position qui se caractérise par l’usage du pouvoir du moi. Quand celui qui écoute occupe la position de clinicien, il se penche vers, il écoute et surtout, en suivant les dires d’Hippocrate, ne nuit pas. Quand celui qui écoute est dans la position de praticien, il vise à contrôler car son moi se veut maître de la situation clinique. Il veut conduire la cure, poser le diagnostic. Celui qui écoute dans la position de technicien décline la règle et l’applique sans y mettre du sien, de son désir. La clinique est remplie de ces trois positions.

 

Il ne faut pas s’étonner que, dans la séance, quand le clinicien intervient et qu’il ne touche pas juste, ou– avant ou après le juste moment –, le discours de l’être se ramollit, s’effiloche. Il ne faut surtout pas suspendre ici, au risque de pousser à l’abandon de la cure, surtout s’il s’agit d’une psychothérapie avec un malade ou un patient. Il est préférable de relancer le processus d’association libre et de suspendre à la prochaine sortie possible.

 

Le clinicien ne scande pas pour le moi mais pour produire l’acte de castration car c’est cet acte qui tire la cure vers l’avant et qui la rectifie. Par son intervention, le clinicien s’adresse à l’Autre barré en reconnaissant le signifiant venu de lui. C’est la castration qui produira à son tour l’effet de castration au moi. Si le clinicien scande pour le moi, il nourrira la relation imaginaire.

 

La scansion est le mot qui vient de l’Autre, et son efficacité est attestée par la suite des associations pendant la séance ou les séances à venir. Son inefficacité est attestée par le passage à l’acte ou l’abandon définitif de la cure. Il faut faire une distinction entre l’abandon temporaire et l’abandon définitif de la cure. Dans le premier cas, le moi accuse le coup de la castration mais est ramené à la cure par le transfert, dans le deuxième, le clinicien a été maladroit ou le moi préfère ne pas savoir sur le désir de l’Autre. Seul l’examen en supervision ou en contrôle pourra éclaircir la raison. S’il n’y a pas d’erreur technique du clinicien, c’est que le moi a choisi de ne pas savoir.

 

La scansion est autorisée au clinicien par l’Autre barré et elle peut apporter au moi castration, quand nous avons affaire au névrosé ou au pervers, et elle peut faire nœud, si nous avons affaire au psychotique. La fonction du clinicien ici est d’accuser la réception,– comme il se disait au début du XVIIe siècle, – du signifiant de castration. C’est la castration qui pousse vers l’Œdipe. Au-delà de l’Œdipe, la castration produit construction.

 

L’interprétation, qu’elle vienne du moi de l’être ou de celui qui l’écoute, est faussée. L’interprétation qui tombe comme un fruit mûr, comme une scansion, est la vraie interprétation. Elle vient de l’Autre barré.

 

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