Le féminin et son lien avec la féminité (8)

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Le féminin et son lien avec la féminité (8)

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Fernando de Amorim

Paris, 12 avril 2018

 

 

 

Précédemment, j’avais mis en évidence la dimension phallique imaginaire qui habite la féminité. En s’appuyant sur Lady Macbeth (Acte I, scène V), Freud montre jusqu’où elle est disposée à aller. En français, il est possible de dire : jusqu’où elle est disposée à pousser le bouchon – en référence à une érection phallique et à l’exagération – pour son désir de pouvoir. Ce n’est pas parce que Lady Macbeth demande à être « désexuée » (« unsex me here ou désexuez-moi [ici] ») et non « déféminisée » ou pire dessexée–, qu’elle est moins phallique. Avec cette Lady, nous n’avons pas affaire au féminin, mais à une féminité où le phallus imaginaire fait ravage. Le refus de la féminité concerne l’homme et la femme qui évitent à tout prix la castration Φ et la loi signifiante (Ⱥ). Il me semble important de prendre en considération les guillemets du « Ablehnung der Weiblichkeit » dans le texte freudien. Le « rejet » de la féminité – ce qui n’est pas la même chose que « refus » de la féminité – semble indiquer la présence phallique imaginaire, la féminité, et donc l’absence de la castration qui produit comme résultat le féminin. Je veux dire par là que, les choses humaines sont interprétables quand l’être parlant est parlé par l’Autre barré (Ⱥ). Hors de ce discours, que du bruit et de l’aliénation. Pris dans le conflit avec Adler, Freud évoque le rejet de la féminité. Balayons cela d’un revers de main. Si Adler avait été clinicien cela se saurait. Le rejet de la féminité est une poussée phallique, comme ce qu’il est possible de voir chez la femme fatale. Le refus de la féminité est une protection qu’il est possible de constater chez les filles qui sont obligées de s’affubler de tenues larges ou masculines, voire carrément de se masculiniser, pour se protéger – de la féminité ou du féminin peu importe en cet instant – des jeunes mâles indélicats, des adultes méchants ou malades, qui rôdent. Ces égarées, comme les envieuses, empêchent la jeune fille – de s’approcher de son féminin, de se découvrir, comme un bouton de fleur qui éclot, avec l’arrivée des beaux jours de son existence.

 

Au contraire de ce que pense Freud, à propos du « caractère sacré de la génération », la solution pour s’inscrire dans sa vie, c’est de couper, pas de dégonfler, les liens avec sa famille, couper les liens imaginaires c’est une évidence, et si nécessaire, avec les liens réels et symboliques. Pour ce qui est de dégonfler, il faut dégonfler son moi, en tant qu’être ; pour ce qui est de la famille, il faut la respecter, respecter les parents bien évidement, mais pour la vie civiliser, il faut généraliser ce respect à tous les semblables. Cela sans nourrir la relation suffocante de la famille, du clan, du communautarisme. La détresse des êtres se concentre sur cette dette impayable, car imaginaire, avec des parents imaginaires. La responsabilité du patient se situe ici, à savoir, d’être responsable de son désir, pas du désir de l’Autre.

Freud, S. (1916), Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique, Volume XV, 1916-20, puf, Paris, 2006, p. 23.

Shakespeare, W. (1599-1606), La tragédie de Macbeth, Œuvres complètes, Volume II, Gallimard, Paris, 2002, pp. 330-31.    

Freud, S. (1937), Op. cit., p. 23.

Freud, S. (1937), Die endliche und die unendliche Analyse, GW, Fischer Verlag, Frankfurt, 1999, p. 96.

Dans la traduction de J. Tricot, « De l’interprétation », nous trouvons « Discours », dans celle de Pierre Pellegrin, « Sur l’interprétation », il est possible de lire « La proposition ».

Freud, Op. cit., p. 27

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