Le féminin et son lien avec la féminité (7)

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Le féminin et son lien avec la féminité (7)

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Fernando de Amorim

Paris, 9 avril 2018

 

 

 

Quand Freud écrit que le passif équivaut à féminin, il ne s’agit pas d’une opinion personnelle, mais d’une découverte propre à l’infantile[1]. C’est dans la rencontre avec l’adulte névrosé, pervers ou psychotique, que l’infans, par identification, par amour de transfert, cédera des voies possibles à une position féminine pour devenir symptôme du désir de l’Autre non-barré, comme dans la perversion, ou de l’Autre troué, comme dans la psychose. Dans la brève précédente, j’avais évoqué la position d’une mère qui se présente à ma consultation en s’autoproclamant « femme-enfant ». Avec toute la gentillesse possible, je l’avais invitée à venir me rendre visite seule, sans son jeune pubère. Cependant, c’est fermement que je lui avais dit de ne plus accueillir son fils dans son lit à elle. En cédant de sa position de femme pour un homme, et devenant femme pour une autre femme après le décès de son époux, cette dame amène son fils dans une voie qui ne sera pas forcément la sienne, puisqu’il est devenu le compagnon et protecteur de sa mère. Le symptôme de l’adulte ne rend pas service à la maturité psychique des enfants. Freud attire notre attention sur le fait que « L’opposition actif-passif fusionne plus tard avec celle du masculin-féminin »[2]. Le lecteur remarquera qu’il ne s’agit pas d’homme ou de femme, mais – pour me limiter au deuxième cas de figure –, de position féminine comme conséquence ultime du frayage possible de la pulsion. Voici (Fig. 1), ma proposition de représentation de la pulsion, à partir de l’enseignement de Freud :

[1] Freud, S. (1914), A partir de l’histoire d’une névrose infantile, Œuvres complètes, Volume XIII, 1914-15, puf, Paris, 1988, p. 44.

[2] Freud, S. (1915), Pulsions et destins de pulsions, Œuvres complètes, Volume XIII, 1914-15, puf, Paris, 1988, p. 179.

 

Comme la source – que je représente par un carré plein – de la pulsion a comme but – que je représente par un carré vide – de remplir l’objet – que je représente par un cercle vide –, le manque poussera la libido à circuler ad vitam aeternam (Fig. 2) :

 

C’est dans une lecture pulsionnelle, à jamais, dans le temps d’une vie après une psychanalyse, qu’il est possible de reconnaître la puissance du manque phallique (Φ) du féminin. Manque phallique qui n’est pas à confondre avec la puissance manquante imaginaire qui fait que des femmes s’identifient au sexe faible ou au sexe fort. Pour l’organe génital masculin, « le rêve a donc une quantité de présentations figurées qu’il faut nommer symboliques. »[1]. Après la sortie de psychanalyse, qu’elle soit devenue sujet ou psychanalyste – l’autre nom du sujet divisé –, le manque féminin est incarné. Elle vivra avec le manque, elle vivra dans le manque, ce qui ne l’empêche pas de jouir seule, d’ailleurs. L’érection du Phallus symbolique est dans son corps à elle, dans son discours, dans sa vie. Pour les hommes, le phallus pourra être représenté par des « bâtons, parapluies, tiges, arbres »[2]. Pour l’être dans la position du féminin, c’est son corps nu. Si l’organe masculin est du côté du symbolique, pour quelle raison l’organe génital féminin serait du côté du symbole ? Si le phallus est un signifiant, du côté imaginaire, masculin, il est mobile, voire mouvant. Du coté féminin, le Phallus s’incarne, devient immuable, de là son côté symbole. Face à la perte, des hommes peuvent s’effondrer de manière ravageuse. Habituellement, les femmes vivent la perte de manière moins violente. Cela est dû au fait qu’elles sont, dès leur naissance, intime du manque. Rares sont les femmes qui après une perte accusent le coup avec autant de casse que les hommes. Quand c’est le cas, c’est parce que, c’est mon hypothèse, la perte ravageuse fait écho au manque dans le réel, en forme de forclusion

[3] Freud, S. (1915-17), Leçons d’introduction à la psychanalyse, Volume XIV, 1915-17, puf, Paris, 2000, p. 158.

[4] Ibid.

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