Le féminin et son lien avec la féminité (6)

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Le féminin et son lien avec la féminité (6)

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Fernando de Amorim

Paris, 4 avril 2018

 

 

 

 

Freud reconnaît « l’être féminin plein de noblesse »[1]. Il ne s’agit pas, dans cette formule, d’un idéal mais d’une position possible. L’idéal est toujours du champ de l’imaginaire, avec des conséquences parfois ravageuses dans le réel, surtout quand le moi reconnaît qu’il n’arrivera pas à satisfaire les exigences féroces et parfois obscènes de l’Autre non-barré ou de l’Autre troué. Cependant, il faut insister sur la qualité de « noble », à savoir, qui est au-dessus – ici de la position de femelle, de femme fatale, de femme-objet, de femme-enfant, du semblant d’occuper la position de femme –, par ses mérites. La condition féminine est le résultat d’un travail de dépouillement, jusqu’au manque, du phallus imaginaire. Après cette opération de dégraissage, il reste le manque, représenté par le phallus symbolique. Quelques-unes veulent éviter le manque en ingérant toujours quelque chose dans leurs corps, soit sous forme de « complément alimentaire », soit sous forme de lipofilling. Se dépouiller du manque imaginaire construit chez l’être sa position de féminin. Le gain dans cette construction c’est l’érection de la position féminine en tant qu’être de manque, pas d’être manquant car, être manquant concerne garçon et fille. Si avoir un pénis était une garantie de tranquillité pour le sexe masculin ça se saurait. Ma visée est de sortir de cette relation femme et homme, que ce soit dans l’amour, dans le travail, dans l’éducation et lire la relation en passant par l’Autre, qu’il soit barré, non-barré ou troué. Cet exercice de dépouillement de l’imaginaire vise donc, à construire un rapport qui passe constamment – puisque le moi en psychanalyse le voudra ainsi – par l’Autre barré, avant d’arriver à l’autre. Supposons maintenant que les rapports passent dorénavant, pour l’être, par l’Autre barré, quid de la relation imaginaire ? Probablement sera-t-elle moins conflictuelle puisque le moi, au contraire de viser directement l’autre, son semblable, fera un tour de 180° pour chercher dans l’Autre qui l’habite, pour construire ainsi, réponse et solution à sa souffrance. Dans une telle logique, l’amour du transfert ne saura plus chercher chez l’autre – même si cela est important pour la vie fantasmatique et érotique des couples et des mariés –, mais dans un examen clinique de la relation de transfert, d’hainenamoration – le néologisme est lacanien – envers l’Autre qui l’habite et que le moi ignore pour, ensuite, se faire désir de savoir envers cet Autre castré par la psychanalyse. Si la position de femme, femelle, femme fatale, femme-objet, féminité, navigue dans une relation d’hainenamoration envers l’autre, voire envers l’Autre, quand l’être est castré et qu’il occupe la position féminine, nous pouvons dire que cet être naviguera dans les eaux du rapport à l’Autre barré. Cette navigation peut commencer à la puberté, même s’il est possible de repérer le féminin chez des petites filles. D’ailleurs, les pédophiles ont le flair pour repérer cette position phallique imaginaire chez les filles et les mineurs. Rappelons qu’une petite fille ou une mineure, peut être féminine ou faire la fille-femme – dans ce dernier cas par symptôme –, mais cela ne justifie en aucun cas qu’un adulte puisse répondre à ses avances. La justice doit garder un cadre strict et sévère de protection des mineurs à l’endroit des adultes prédateurs.

 

En un mot, « la maturité féminine »[2], est le résultat de la castration de la position de petite, de jeune fille, de femme, de la féminité.

 

En critiquant Adler, Freud met en évidence « la formation composite désespérante »[3], constituée du sens biologique, social et psychologique du féminin. Le problème de la formation composite, est que, cliniquement, il est impossible d’opérer avec autant de facteurs. Le psychanalyste ne lit pas la société, il opère avec ce qui fait souffrir l’être. Si ce qui fait souffrir une femme c’est sa condition – qu’elle soit anatomique, sociale ou psychologique –, cela doit être examinée à la lumière des signifiants qui sortiront de sa bouche ou qui s’expriment par et dans son corps. Une femme qui souffre d’être née avec un sexe féminin, qui est dépréciée en société à cause de son sexe et qui se plaint de symptômes psychologiques est, de toute évidence, hors du champ opératoire de la clinique psychanalytique. Pour qu’elle soit dans ce champ, et que le psychanalyste puisse opérer, il faut d’abord, délimiter, avec elle, jusqu’où est-elle prête à aller pour perdre de l’imaginaire et vivre dans le manque. Vivre dans le manque est le prix à payer pour occuper la position du féminin.

 

 

[1] Freud, S. (1914), Pour introduire le narcissisme, Œuvres complètes, Volume XII, 1913-14, puf, Paris, 2006, p. 232.

[2] Ibid., p. 233.

[3] Freud, S. (1914), Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, Volume XII, 1913-14, puf, Paris, 2006, p. 302.

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