Le féminin et son lien avec la féminité (5)

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Le féminin et son lien avec la féminité (5)

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Fernando de Amorim

Paris, le 3 avril 2018

 

 

Dans « La disposition à la névrose de contrainte », Freud met en évidence le cas d’une patiente qui était, « jusqu’à son entrée en maladie, une femme heureuse, presque pleinement satisfaite. »[1]. Selon Marc, « Tout est possible à celui qui croit. »[2]. Un clinicien a perdu le droit de croire, surtout à la position de « femme heureuse ». Mais Freud se rattrape : « presque pleinement satisfaite ». La relation entre cette femme et son mari, nage dans ce que Lacan appelle la relation imaginaire. Un couple existe parce que soutenu à l’Autre, un mariage, parce qu’accroché à l’Ⱥutre. Parce que cette dame faisait couple avec son mari, « Immédiatement après il partit en voyage, sa femme considéra qu’il était devenu durablement impuissant et produisit les premiers symptômes de contrainte la veille du jour prévu pour son retour. »[3].

 

Dans la préparation à la vie sexuelle des filles, elles vivent un moment tendre, ensuite un moment chargé de fantasmes de fustigation sadiques. Avec les effets de l’éducation, ces pulsions seront réprimées. Pour la patiente en question, la morale environnementale a produit une période de latence inhabituellement longue « pendant laquelle la jeune fille passa par un développement moral très élevé sans s’éveiller à la sensibilité sexuelle féminine »[4]. C’est le temps moralisateur très éveillé qui intéresse ici puisqu’il nourrit la résistance du surmoi. Dans la position féminine, les femmes peuvent jouer avec la passivité d’être soumise à la pulsion sadique de l’Autre et en tirer, c’est leur objectif, de la jouissance. Dans la position de femelle, les femmes disparaissent sur le coup de la pulsion sadique de l’autre.

 

Il ne faut pas s’étonner que « les femmes, après avoir abandonné leurs fonctions génitales, modifient fréquemment leur caractère d’une façon particulière. Elles deviennent querelleuses, tracassières et ergoteuses, mesquines et avares, faisant donc montre de traits typiquement sadiques et érotiques-anaux qui ne leur étaient pas propres auparavant, à l’époque de leur féminité »[5]. Cette dernière phrase est riche en données cliniques. Si dans le silence c’est la résistance du surmoi qui maltraite le moi, ici, la querelle et les adjectifs suivants sont le résultat de l’Autre non-barré dans sa relation au moi, rendant ce dernier frustré. Bien évidemment le moi ne répond pas à l’Autre, mais à l’autre avec lequel il se querelle et se montre avare. Enfin, cette féminité existante est la preuve de la dimension phallique imaginaire qui existait déjà. Donc, il n’a jamais été question de féminin chez cette dame, à partir des indications données par Freud.

 

La dimension phallique évoquée plus haut, fait écho à l’affirmation de Freud, à savoir, que « La sexualité de l’enfant de sexe féminin, comme nous le savons, est sous la domination d’un organe directeur masculin (le clitoris) et se comporte à maints égards comme celle du garçon. »[6]. L’argument ici est que, ce n’est pas obligé de qualifier le clitoris d’organe directeur masculin, sauf si la fille prend une voie identificatoire masculine. Il continue : « Une dernière vague de développement à l’époque de la puberté doit forcément faire disparaître cette sexualité masculine et hausser le vagin, dérivé du cloaque, au rang de zone érogène dominante. ». J’insiste face aux injonctions freudiennes : ce n’est pas obligé ni de devoir, ni d’être forcé, référence à son « doit forcément ». En revanche, le lecteur pourra lire entre les lignes du texte, la dimension phallique imaginaire, dimension qui sera clairement énoncée par Lacan. Si le vagin devient zone érogène dominante, c’est parce que, dans la position féminine, elle fait feu de n’importe quelle orifice, vaginal, anal, à condition de s’en servir, si cela lui chante, et aussi de son clitoris, puisque c’est à elle. Le clitoris, est sa propriété, certes, mais il s’agit ici d’un phallus symbolique. La position phallique symbolique est associée à l’usage qu’elle fait du manque dans son rapport à l’Autre barré. L’autre ici est partenaire de deuxième rang. A lui de savoir s’en servir.

 

[1] Freud, S. (1913), La disposition à la névrose de contrainte, Une contribution au problème du choix de la névrose, Œuvres complètes, Volume XII, 1913-14, puf, 2005, p. 88.

[2] L’Evangile selon Marc, 9; 23.

[3] Freud, S. (1913), Op. cit., p. 88.

[4] Ibid., p. 90.

[5] Ibid., p. 92.

[6] Ibid., p. 94.

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