Le féminin et son lien avec la féminité (4)

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Le féminin et son lien avec la féminité (4)

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Fernando de Amorim

À E., à MM-le-Haut, comme nous le surnommons, en Champagne, le 2 avril 2018.

 

 

Dans la brève précédente, j’avais défini la position de femme comme ce qui représente le sexe de l’être dans le social. La position de femme fatale comme ce qui représente le phallus imaginaire articulée à la pulsion agressive ; la position de femme phallique comme ce qui représente le phallus imaginaire articulée à la pulsion d’emprise ; la place de femelle représente le sexe du mammifère. Une femme traitée en femelle, reconnue par l’Autre social comme telle, l’installe dans une position vétérinaire ; la féminité représente la position de la pulsion d’emprise articulée à la pulsion sexuelle ; le féminin représente la position d’une femme habitée par le manque. Le  féminisme est un mouvement légitime de conquête de droits des femmes dans la vie sociale, économique et politique. Il est d’abord, l’expression d’une révolte toute aussi légitime du comportement discriminatoire et les humiliations vécus dans l’univers familial. Le fénimisme, néologisme inventé par l’auteur de ses lignes pour signaler l’usage du mouvement féministe pour justifier la revendication du phallus imaginaire chez quelques femmes.

 

Le féminisme, les femmes, la femelle sont des expressions sociales d’une lecture phallique imaginaire du féminin ; Le « fénimisme », la femme fatale, la femme phallique et la féminité sont les expressions du psychique dans le social de l’imaginaire phallique du féminin. Enfin, le féminin est l’expression psychique du manque.

 

Une définition est une balise et non un lit de Procuste. La visée est de trouver des repères pour une étude sur l’imaginaire qu’empêche la construction du féminin. Pour cela, il faut s’appuyer sur une lecture structurelle, ce qui nous trouvons déjà chez Freud en 1908, même s’il écrit que « Dans le traitement psychanalytique, il est très important d’être préparé à ce qu’un symptôme ait une signification bisexuelle »[1]. Etre préparé ne signifie pas prendre le symptôme comme ayant automatiquement, de manière universelle ou en tant que vérité absolue, une signification bisexuelle. Un symptôme est un amas libidinal des signifiants qui fait souffrir et par conséquent, empêche la cure d’avancer en particulier et qu’empêche l’être de vivre sa vie en général. La dimension bisexuelle du symptôme n’est pas une vérité, la vérité est structurelle et l’être se dévoilera à elle à la sortie de sa psychanalyse, pas avant. Toute conclusion avant la sortie de la cure est hâtive.

 

Il serait tentant de prendre appui, puisque je suis d’accord avec la lecture géniale de Freud, qui le corps féminisé porte en soi le phallus symbolique – il parle de « phallus adjoint au corps féminin »[2] –, ce qui donne « la force originaire et créatrice de la nature »[3], et qui positionne les femmes prises dans ces moments féminins, moments propre à elles, à savoir, de « perfection divine »[4]. D’ailleurs, c’est pour cette raison d’ailleurs qui les hommes en général, depuis toujours, veulent souiller, voire détruire le féminin chez les femmes, qui soit en les voilant, soi-disant pour les protéger, en les défigurant, voire, en les tuant, dans une logique envieuse : « si elle n’est pas à moi, elle ne sera à personne ! ». Cette logique envieuse ne concerne pas le genre : « envieuse comme une femme », dirais quelques-uns. Il s’agit ici de l’Autre troué. Cependant, les faits divers les montrent, dans la grande majorité des cas, il s’agit de l’Autre non-barré. Autre non-barré propre aux pervers, quand gonflé à bloc par la pulsion agressive, rend l’acte pervers en acte de perversité.

 

Dans la position féminine, il y a une élévation du statut d’une femme. Il est courant de parler de vraie femme, et les modèles de cet idéal, masculin, glissent très souvent vers la position de mère, de la « bomba latina », de la femme dominatrice qui nourrit les fantasmes de quelques névrosés et quelques pervers[5]. L’élévation féminine à laquelle je fais référence, n’exclue nullement la vie sexuelle en générale ni l’acte sexuelle en particulier, donc la jouissance féminine. Cependant, comme Freud était allé chercher dans la mythologie et dans l’histoire appui pour ses théorisations parce qu’il n’avait pas des moyens cliniques à l’époque, il me semble important de garder ces hypothèses sous le coude et mettre en place une méthodologie pour dégager le vrai et le faux de ces hypothèses. C’est mon objectif. Mais pour accompli cet objectif, il faut qui l’analyste devienne psychanalyste et qui dans cette position, ce dernier, indépendamment de son sexe, témoigner de la clinique des psychanalysantes et surtout des sujets sorties de psychanalyse. C’est à partir de ce moment qui leurs témoignages auront le poids de l’instruction sur le féminin.

[1] Freud, S. (1908), Les fantaisies hystériques et leur relation à la bisexualité, Œuvres complètes, Volume VIII, 1906-08, puf, Paris, 2007, p. 185.

[2] Freud, S. (1910), Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, Œuvres complètes, Volume X, 1909-10, puf, Paris, 1993, p. 120.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid., p. 122.

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