Le féminin et son lien avec la féminité (3)

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Le féminin et son lien avec la féminité (3)

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Fernando de Amorim

Paris, 26 mars 2018

 

 

Dans « Analyse d’un cas de paranoïa chronique » (Dementias paranoides), Freud nous instruit sur le cas d’une psychotique qui « voit des images dont elle était épouvantée, des hallucinations de nudités féminines, en particulier un bas-ventre féminin dénudé avec sa pilosité ». La condition de femme, comme l’usage de l’artifice de la féminité, n’est pas un passeport pour le féminin. C’est l’un des premiers enseignements de ce cas. Le féminin ici est en intime lien avec le passeport. Un passeport est un document que l’Autre – qu’il soit troué comme dans la psychose, non-barré comme dans la perversion ou barré comme dans la névrose selon ma proposition – délivre à l’être pour que ce dernier voyage à l’étranger, c’est-à-dire, dans la mer océane, l’autre nom de son inconscient. S’il parvient à toucher terre ou à s’approcher de la terre, comme dans le cas de la névrose ou de la psychose, il pourra nous instruire sur le continent noir. Comme à la sortie de psychanalyse le pervers ne touche pas terre, il est difficile d’aborder une perversion féminine. Il me semble préférable parler d’identification au phallus imaginaire.

 

Le continent noir que plusieurs analystes ou psys ont interprété comme la difficulté de Freud avec le registre féminin, n’est rien d’autre que la constatation par le génie qui était le sien, que ce continent énigmatique qui est le féminin n’est pas donné à tout le monde, indépendamment du genre. Ce n’est pas une question d’homme ou femme, ou encore moins une question de ce que la femme-analyste serait plus habilitée à en parler qu’un homme-analyste. La femme-analyste, dans sa condition de femme ou d’analyste n’a pas plus accès qu’un homme à l’énigme du féminin chez les femmes. Freud et Lacan ont plus accès à ce continent que bon nombre de femmes-analystes. Et pour quelle raison ? Parce que la femme ou l’homme analyste, en cédant sur son désir, c’est-à-dire, en quittant la position de psychanalysant et donc en se désengageant de sa responsabilité envers son désir, a abandonné toute possibilité, en sortant de sa première psychanalyse, de se balader sur les terres de ce continent inconnu.

 

D’où ma remarque que, pour accéder à ce continent noir, il faut être, côté clinicien, dans la position de supposé-psychanalyste et se tenir dans la position de psychanalysant, jusqu’à que la psychanalysante devienne sujet, ce qui installera alors le supposé-psychanalyste dans la position de psychanalyste. Côté psychanalysante, elle ne pourra accéder à passer la douane et fréquenter ce continent qu’une fois après avoir traversé la mer d’Œdipe et touché terre, c’est-à-dire, dans la position de sujet. C’est à partir de ce moment que ce qu’elle dira sur le féminin portera le sceau du nouveau, du découvert. Ici l’Autre, troué, barré ou non, est boussole pour que l’être dans la position de sujet nous enseigne, voire dévoile ce qu’est la position féminine. Dévoilement jamais en public, toujours pour ses élus. Il s’agit, ici, d’une femme, c’est-à-dire d’une représentation du sexe de l’être dans le social. Tout à fait différente de ces personnes qui vont voilées de la tête aux pieds dans les rues de France, donnant à voir leur mépris, voire leur haine de l’autre, car dans ces cas-là il s’agit de femmes fatales, c'est-à-dire de la représentation du phallus imaginaire articulée à la pulsion agressive, ou bien encore de femmes phalliques, c'est-à-dire de la représentation du phallus imaginaire articulée à la pulsion d’emprise.

 

L’opération de féminisation se mettra en place du début de la psychanalyse de la psychanalysante jusqu’au chemin qu’elle fera en tant que sujet dans sa vie car, l’être féminin est une position, pas une acquisition définitive.

 

La psychotique dans l’exemple freudien, témoigne de son incapacité d’accéder à ce continent. Et accéder à ce continent, indépendamment de la structure, suppose d’avoir traversé sa psychanalyse. Bien évidement une psychotique peut sortir de psychanalyse, à condition qu’elle construise un tombolo (Cf. Carte des trois structures in http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+structures-264.html), cependant le chemin est très laborieux. Ce que cette psychotique nous apprend c’est que la vie génitale n’est pas donnée à toutes les porteuses du sexe féminin. Désirer être pénétrée suppose la reconnaissance de son manque, ce qui ne va pas de soi chez la psychotique. Ces hallucinations de nudités féminines sont ses tentatives de combler son manque. La pilosité est la preuve qu’elle a affaire à un sexe mûr, mais caché au regard, par les poils car, dans son hallucination, elle est devenue « objet sexuel à part entière ». Il nous faut toujours chercher la taille du trou dans l’Autre troué auquel le psychotique à affaire car c’est à partir de la taille, dans le sens de l’importance que le moi donne au trou, qu’une psychothérapie avec psychanalyste, une prescription médicamenteuse ou une hospitalisation de courte, moyenne ou longue durée sera à envisager comme possibilité de construire une vie vivable pour l’être.

Freud, S. (1896), Nouvelles remarques sur les névropsychoses-de-défense, Œuvres complètes, III, 1894-1899, puf, 1989, p. 136.

Ajout de 1924.

Freud, S. (1896), Op. cit., p. 137.

Freud, S. (1905), Trois essais sur la théorie de la sexualité, Œuvres complètes, Volume VI, 1901-05, puf, Paris, 2006, p. 161.

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