Le féminin et son lien avec la féminité (28) La dernière

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Le féminin et son lien avec la féminité (28) La dernière

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Fernando de Amorim

Paris, 28 mai 2018

 

Merci à Madame O. F. et à Madame E. de A

 

La femme peut incarner la position d’objet a de manière plus aisée que l’homme. Elle peut aussi utiliser la position phallique imaginaire pour incarner la féminité ou la masculinité. Mais c’est en occupant la position féminine qu’elle excellera en tant qu’être. Sa capacité à éviter la relation imaginaire et à attirer vers elle le désir, vient attester de son intimité avec une position qui est née avec elle et a été nourrie par sa relation avec les adultes qui l’ont entourée. Cependant, pour porter cette position dès sa naissance et grandir avec jusqu’à sa maturité féminine, cela supposera qu’elle a eu affaire à des adultes pris dans une relation avec l’Autre barré. Le crime initial de la femme est de céder de sa condition féminine. Quand elle prend la voie de l’identification avec le phallus imaginaire, qui nourrit la féminité, voire la masculinité, elle s’installe dans la position de scélérat. En se dégageant de cette position pour se féminiser, elle ex-cellera. Ce crime initial l’homme le vit également. Il tombe dedans et y reste, pour la plupart d’entre eux. Les expressions haineuses chez les hommes et les femmes sont la matérialisation de cette identification au phallus imaginaire, au moment où, pour se présenter intégrale, intègre, entier, la grenouille se prend pour le bœuf, selon Monsieur de La Fontaine. Cette précipitation imaginaire et contingente peut être reconnue comme ce que le Docteur Lacan avait appelé stade du miroir. Lacan en mettant en évidence la relation, « l’“union” mythique qui serait définie comme sexuelle entre l’homme et la femme », représente une toute-puissance « qui est précisément ce par quoi l’homme s’articulant, s’articulant comme maître, se trouve être en défaut ». Il me semble qu’il opère dans une lecture du discours. Ma visée ici est autre, elle est intrapsychique et verticale, elle vise à examiner les éléments qui obstruent la voie pour la petite fille de se féminiser. Le discours du maître, comme de l’hystérique, comme de l’analyste, ont comme point commun l’exclusion de la castration. Bien entendu le discours universitaire exclu aussi la castration, mais ce n’est pas lui qui m’intéresse ici. La jouissance de la femme, une toute puissance de l’homme et l’articulation de ce dernier avec le discours du Maître, ou discours du mettre, « écrivez-le comme vous voudrez », c’est de là, nous dira Lacan, « qu’il faut partir dans l’expérience analytique. ». Le « signifiant congru », de la femme est celui de manque. A la fin du XIIIe siècle, « congru » est ce qui convient, mais ce n’est pas donner à tout le monde de faire de ce signifiant un bon usage, voire un simple usage. Pour les femmes, il est possible de le tricoter dans la chair car elles ont le manque dans la peau dès leur plus tendre âge, et c’est cela qui les rend féminines. Les hommes quant à eux, paniquent à l’idée de s’approcher du manque. Leurs artifices pour être un peu plus intime est d’être radicalement opposé au féminin en battant, voire tuant – parfois dans l’œuf –, le féminin. Ils peuvent aussi devenir serviable comme l’hystérique, ou encore servile comme le masochiste. Le psychotique, indépendamment de son sexe, peut trouver une solution en construisant un pont de corde sur le trou de la forclusion ou en brodant autour du trou. Comment est-il possible d’articuler l’insubstance féminine et la parousie ? Surtout pas par la voie la plus évidente, celle de la théologie catholique, à savoir, du deuxième retour glorieux du Christ sur terre, à la fin des temps. Prenons dans le sens grec de Παρουσία, de présence, d’arrivée, de venue, sans aucun doute, glorieuse, du féminin. Le féminin chez une petite fille dans un square, chez une jeune fille joyeuse qui marche sur les trottoirs et sourit insouciante, les jeunes femmes en robe fleurie avec l’arrivé du soleil à Paris, une promeneuse parisienne, une dame âgée et digne, sont l’incarnation dans la matière – le corps chez Aristote –, et dans la forme – l’âme selon le stagirite –, du féminin. Si elles sont féminines, ce sont des êtres, si elles ne les sont pas, ce sont des étant, il leur faut accorder au moins cela. Pour être féminine, il faut passer par l’Autre barré ; pour devenir sujet, traverser une psychanalyse est de rigueur. Pour devenir psychanalyste, il faut avoir assuré la psychanalyse d’un psychanalysant. Comment pouvoir, car il s’agit de cela, occuper la position d’objet petit a, si l’être n’a pas construit l’effet féminisant, – la formule est de Lacan – qui caractérise la castration par excellence, celle de la vie avec le manque ? Bien évidement la psychanalyse du psychanalyste sans fin et sa formation est au cœur de cette affaire. J’écris cela pour ne pas nourrir cette idée de l’impossibilité. Si la position de l’analyste est une évidence, il n’en va pas de même de la position de psychanalyste. Cette dernière est ce qui peut apporter de l’oxygène à la déliquescence ambiante. Le phallus est « l’organe en tant qu’il est, e.s.t., il s’agit de l’être, en tant qu’il est la jouissance féminine. ». Le Phallus ici est représenté par un Φ – Phi – majuscule, c’est mon interprétation. Si je lis juste, cela veut dire que le féminin aime l’organe, premièrement et, deuxièmement, qu’il, le féminin, incarne le Phallus symbolique – Φ – comme représentant du manque. Il y a énormément de femelles dans le monde, mais peu sont des femmes et encore moins féminines. Celles qui font symptômes, déploient des astuces de féminité, se protègent par une forme de masculinité. La grande majorité des femmes sont égarées, comme l’immense majorité des hommes. Le rapport sexuel n’existe pas au sens que, une fois gouté, le rapport dit populairement sexuel, ne tient pas la route. Ce qui tient la route, et qui caractérise la jouissance, typiquement féminine, c’est le Phallus symbolique, et cela parce qu’il représente le manque. La femme n’existe pas, pas plus que l’homme d’ailleurs. Pour exister, l’étant se doit de se distinguer. Il se doit d’apprendre à parler, et ainsi devenir être, parlant, comme dit Lacan. Si possible, et cela n’est pas donné à tout le monde, il deviendra même, qui sait, sujet (Cf. Cartographie du RPH). Jusqu’à présent, devenir sujet se vérifie quand l’être sort de sa psychanalyse, et sortir d’une psychanalyse est moins pénible qu’une « élucubration ».

Lacan J. (1969-70), L’envers de la psychanalyse, Editions de l’ALI, Leçon du 20 mai 1970, Paris, 2006, p. 203, inédit.

Lacan, J. (1971), D’un discours qui ne serait pas du semblant, Leçon du 17 février 1971, Editions ALI, Paris, 2001, p. 66, inédit.

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