Le féminin et son lien avec la féminité (26)

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Le féminin et son lien avec la féminité (26)

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Fernando de Amorim

Paris, 17 mai 2018

 

 

Il est su que les mots comptent en psychanalyse. Or, quand Lacan écrit que « L’équivalence pénis imaginaire-enfant instaure le sujet comme mère imaginaire par rapport à cet au-delà qu’est le père, intervenant en tant que fonction symbolique, c’est-à-dire en tant que celui qui peut donner le phallus. », je suis arrivé à la conclusion – à partir de Lacan et de mon expérience de psychanalysant – qu’il est trop tôt pour parler de sujet à ce moment de la vie de l’être. Surtout quand l’être est installé dans la position de mère imaginaire. Il n’y a pas de sujet dans l’imaginaire. Le sujet est une construction psychanalytique, il advient après une psychanalyse personnelle. L’analyse ici n’y est pour rien car l’analyste est essoufflé. Seul le psychanalyste a son mot à dire, lui, qui parfois porte à bout de bras, parfois contre l’avis analytique, la psychanalyse. Si d’ailleurs je parle de position de sujet et non de place de sujet, c’est pour mettre en évidence que rien n’est assuré de tenir après une analyse. Sur l’eau comme dans la vie, si l’être arrête de ramer, il sera emporté par le vent et par le courant. La différence est que, dans la position de sujet – donc après sa sortie de psychanalyse –, le désir et le sujet rament ensemble, bras dessus bras dessous, « Selon un accord intime, Telle la main droite et la gauche. ». Les parents peuvent donner le phallus, mais il sera imaginaire. Le vrai Phallus, le symbolique, est une construction née après une psychanalyse, avec le sujet, sujet fruit de la castration et de son vécu, du manque vécu dans la chair. Quand le père donne le phallus, quand il le renforce même, nous ne sommes pas loin de l’homosexualité féminine. Affirmer cela de but en blanc vise à indiquer que la fonction du père n’est pas de combler sa fille mais sa femme, avec son pénis bien dur. Est-ce nécessaire le « bien dur » ? Bien évidemment car, un pénis mou n’est d’aucune utilité à une dame. Un père ne donne pas, il castre, dégonfle le phallus, qu’il faut entendre ici comme phallus imaginaire qui pousse dès que le petit se prend déjà pour un grand. D’abord le mari dégonfle celui de sa femme, qui ne rêve qu’à prendre sa fille comme son phallus et ainsi lui apprendre à ne pas devenir féminine – concurrence imaginaire oblige –, et il enlève toute tentative à la fille de trouver appui dans le phallus de sa mère. La visée d’une psychanalyse est que les trois travaillent pour construire leur Phallus symboliques respectifs. Cette lecture issue de ma position de psychanalysant et de clinicien est-elle envisageable dans la vie quotidienne des êtres parlants ? Je ne pense pas un seul instant, mais ma fonction est de témoigner des enseignements issus d’une clinique psychanalytique possible. Enfin, je souhaite vivement limiter le poids de l’interprétation que fait Lacan de l’article d’Ella Sharpe, comme du rêve d’Hamlet. Et cela pour la simple raison que les psychanalystes se doivent, aujourd’hui, plus que jamais, de rendre des comptes à la Cité, de la psychanalyse en tant que science, avec des faits de la vie des êtres humains et pas des personnages inspirés de l’imagination du dramaturge ou d’« analyses de thèmes littéraires. ». Le temps de ces analystes-là est révolu. La démarche de Lacan, comme celle de Sharpe et de Freud étaient justifiées à leur époque. Tous ces titres, tels que « psychanalyse et cinéma », « psychanalyse et politique », servent à gonfler l’imaginaire de celui qui écrit et de ceux qui lisent. Le moment est venu de dégraisser le mammouth imaginaire que les analystes en particulier, et les psys en général, ont engraissé au nom de la psychanalyse freudo-lacanienne. Et dégraisser le mammouth ne signifie pas exclure les indications précieuses de Lacan, mais les lire en les frottant à notre expérience de ce début de siècle. Lacan dit : « Le partenaire féminin en tant qu’Autre est justement ce qui représente pour ce sujet [le névrosé suivi par Ella Sharpe], comme pour beaucoup de sujets, ce qu’il y a en quelque sorte de plus tabou dans sa puissance, et ce qui se trouve, du même coup, dominer toute l’économie de son désir. ». Il est impossible pour un être – de là mon refus à suivre la générosité de Lacan quand il parle de sujet – qui n’est pas castré, de supporter de bander et de vivre avec un partenaire féminin. L’automobile, est loin de représenter quoi que ce soit de féminin. Elle, l’automobile, incarne le phallus imaginaire, gonflé à bloc. Elle, l’automobile, incarne la virilité, comme la féminité, imaginaire. Le féminin n’a pas de partie. La féminité oui. Le féminin enveloppe la femme, la féminité la voile. Les ridicules viles voilées qui se baladent dans nos villes – avec ou sans string en dessous de leur machin, comme avait confié une d’elles –, font écho, dans mon esprit, au voile que Lacan évoque par au moins deux fois dans ce texte sur la sexualité féminine. Femme, l’être née déjà, mais c’est l’Autre qui se penchera sur son berceau pour la féminiser, masculiniser, voire la jeter aux ordures. Devenir femme mûre n’est pas suffisant pour un être parlant car d’autres mammifères peuvent mûrir aussi. La fonction de l’Autre barré est de protéger et aimer l’enfant pour qu’elle puisse accéder à une condition féminine sans avoir la nécessité de passer par la féminité exposée ou la laideur affichée pour se protéger des prédateurs mâles et femelles. Et ces prédateurs, lecteur, se trouvent dans la plupart des cas, au sein de la famille.

Lacan, J. (1956-57), Le séminaire, Livre IV, La relation d’objet,  Editions du Seuil, 1994, Paris, p. 132.

Pessoa, F. (1914), Le gardeur de troupeaux, Œuvres poétiques, Gallimard, Paris, 2001, p. 16.

Lacan, J. (1956-57), Op. cit., p. 147.

Lacan, J. (1958-59), Le séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, Editions de La Martinière, Paris, 2013, p. 246.

Lacan, J. (1960), Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine in Ecrits, Seuil, Paris, p. 725.

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