Le féminin et son lien avec la féminité (24)

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Le féminin et son lien avec la féminité (24)

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Fernando de Amorim

Paris, 15 mai 2018

 

Hélène Deutsch défend l’idée que « Dans le plus grand nombre de cas, la genèse d’une inhibition sexuelle féminine provient des vicissitudes de la phase infantile masochiste du développement libidinal… ». Il faut d’abord mettre en évidence ici les mauvaises rencontres, ensuite la part de l’adulte dans l’inhibition de la constitution de la position féminine. Une éducation rigide ou culpabilisante d’un adulte pris dans un Autre psychotique ou pervers peut anéantir la vie féminine. Et l’Autre névrosé ? Il inhibe, angoisse ou pousse le moi de l’être à produire des symptômes sans pour autant produire forcément des effets ravageurs. Le lecteur remarquera que je ne vise pas l’adulte, mère ou père, mais l’Autre qui l’habite, qu’il soit névrosé, psychotique ou pervers (Cf. le A avec la barre en pointillés, le A troué et barré et le A avec la barre éloignée pour désigner respectivement l’Autre névrosé, psychotique et pervers). En revanche, Hélène Deutsch, elle, parle d’un moi féminin. Le moi, grâce à sa structure aliénée, n’est jamais féminin. La preuve est que « Ce moi se sent menacé par les tendances masochistes du ça et il est conduit à une position de défense narcissique. ». En revanche, il est possible de situer le moi et son aliénation, et le narcissisme comme points d’appuis de la féminité ou de la masculinité chez certaines femmes. Dans ces cas, la féminité et la masculinité chez certaines femmes, sont des défenses contre les attaques rageuses de la résistance du surmoi, ou l’Autre non-barré. Le ça, comme les résistances, du moi, du ça et du surmoi, ne pensent pas, elles agissent. Les menaces vécues par le moi viennent de la résistance du surmoi et de l’Autre non-barré, son bras verbal à elle, la résistance du surmoi. La conduite narcissique du moi est du semblant : la maison brûle et le moi regarde ailleurs, dis-je pour paraphraser les dires du président Chirac devant l’assemblée plénière du IVe sommet de la Terre, le 2. IX. 2002, à Johannesburg, en Afrique du Sud. Cette aliénation du moi, comme l’envie du pénis, pour reprendre le discours de H. Deutsch, est une source importante du narcissisme, mais ce narcissisme n’est pas à situer du côté du féminin, comme elle le pense. Dans la position féminine, la femme a déjà réglé, par la castration son rapport avec son moi et donc avec son narcissisme. Dans la position féminine, elle ne veut pas de son image pour tromper l’autre, au nom de sa volonté de séduction stérile ou pour son exercice de pouvoir phallique. Dans la position féminine, son image lui sert pour être désirée et être aimée par son partenaire. La « fuite devant la féminité » de Karen Horney n’est pas, et je partage l’idée d’Hélène Deutsch, « un évitement de l’objet incestueux (Horney)… ». Pour moi, la fuite devant la féminité est surtout la fuite du désir de l’Autre que l’adulte incarne (A pointillé, A troué, A sans barre). Cliniquement, j’examine dans ce genre de situation si l’adulte responsable de l’enfant est à son poste, à savoir, celui qui a la garde et la responsabilité de protéger et aimer l’enfant. C’est en dégageant le désir de l’Autre porté par l’adulte que le clinicien pourra se dire prêt à examiner les fantasmes et le désir de l’enfant. Il faut mettre en évidence que toutes les théories à l’adresse de la vie psychique des enfants sont écrites par des adultes pour des adultes, et à être applicables par ces derniers, sur des enfants. Il ne faut pas exclure que des adultes peuvent théoriser et utiliser leur théorie, et les interprétations qui viennent avec, pour régler des comptes avec l’enfant qu’ils étaient ou sur les adultes qui les entouraient, sur le dos de l’enfant qu’ils ont devant eux et pour lequel ils sont payés pour soigner. Cette dernière phrase prendra tout son sens avec la suite de la phrase de Madame Deutsch : « … mais avant tout une fuite du moi devant les dangers masochistes liées à la relation à cet objet. ». En disant que la tâche de l’analyse « est bien évidemment de libérer ces femmes des difficultés du complexe de masculinité, de transformer l’envie de pénis en désir d’enfant, c’est-à-dire, de les amener à leur rôle féminin », je me suis dit qu’elle était bien loin du compte. Passer du complexe de masculinité, l’envie de pénis, au désir d’enfant l’amène à un rôle, certes, mais surtout pas féminin. Le féminin n’est pas un rôle, c’est une incarnation. Cette incarnation naît avec le désir de l’Autre et apparaît au moment de la mise en pratique de la position féminine dans la sexualité avec son partenaire. Dans la position féminine, elle fera des pieds et des mains pour exciter son partenaire, ce qui l’excite. Une fois qu’elle a eu ce qu’elle voulait, son orgasme, la position féminine s’endort dans son corps. Elle est féminine sans démonstration puisque ce n’est pas pour Dieu et le monde qu’elle est féminine. Elle est féminine quand elle veut pour une intention bien précise, à savoir, être baisée. C’est ici qu’il est possible de trouver le Phallus symbolique. Le Phallus est un pouvoir, un pouvoir féminin acquis, conquis par le vécu de la perte du phallus imaginaire dégonflé, par le vécu du vide, puis par le vécu du manque, permanent. C’est le vécu du manque qui construit le Phallus symbolique et donc le féminin chez l’être. Si la « tache d’une analyse », est la sublimation, la visée d’une psychanalyse est la construction du Phallus symbolique. Mais cette construction passe par le dégonflement du phallus imaginaire et l’installation du manque comme base pour la construction du Phallus. Le peu d’ambition de l’analyse amène à « faciliter pour ces femmes la possibilité de sublimation dans la direction des « tendances masculines » et à contrer ainsi le sentiment d’infériorité, l’aptitude à une sensibilité sexuelle féminine se produit automatiquement de façon surprenante. ». La perspective d’une sensibilité sexuelle féminine est un trompe l’œil car, dans la position féminine, elle veut plus que de la sensibilité sexuelle. De là l’importance de distinguer clairement l’analytique du psychanalytique. L’analytique vise la sublimation, le psychanalytique vise la castration. Chez l’être féminin, n’importe quelle partie de son corps, d’ailleurs c’est pour cela qu’avec beaucoup de justesse, Hélène Deutsch appelle « corps féminin », est « capable d’excitation sexuelle ». En revanche, il m’est impossible de la suivre quand elle estime que le masochisme correspond à une « certaine phase du développement libidinal de la femme qui représente pour ainsi dire le dernier acte dans le destin du “ complexe de castration féminin ” ». Il s’agit plutôt ici de la résistance à savoir sur sa position d’être structurellement manquant. L’envie d’un pénis est un trompe l’œil. Il s’agit de la mise en place d’un fantasme phallique pour dire ce qu’elle ne sait pas dire encore, ou ne saura jamais dire, à savoir, qu’elle, son existence, est fondée sur le manque. Il n’y a pas de phase du développement libidinal mais interruption, voire déviation, de la maturation de la position féminine. Dans ce sens, le complexe de castration féminin commence avant la naissance de la fille, par l’acceptation par l’adulte qui l’entoure de respect et d’amour, de sa condition. Le sentiment de culpabilité évoquée par Deutsch est la conséquence de la prise de pouvoir de la résistance du surmoi face à un moi éduqué dans l’aliénation de la condition féminine. La différence entre féminin et masculin ne commence pas, dans la vie psychique de la femme, par la maternité mais par la condition de savoir jouir de sa condition féminine. Le but principal du féminin est avoir du plaisir avec son corps, ensuite, avoir du plaisir d’être pénétrée, d’être mère, mais toujours dans une logique féminine.

Deutsch, H. (1929), Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité in Féminité mascarade, Seuil, Paris, 1994, p. 224. 

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