Le féminin et son lien avec la féminité (23)

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Le féminin et son lien avec la féminité (23)

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Fernando de Amorim

Paris, 14 mai 2018

 

 

 

Hélène Deutsch défend l’idée que « Les expériences analytiques ne laissent aucun doute que la première relation libidinale de la petite fille au père est une relation masochiste et le désir masochiste dans sa première phase fémininement orientée s’énonce : “Je veux être châtrée par le père” »[1]. Cet « aucun doute » c’est parce qu’il s’agit de conclusions analytiques. Si la conclusion était psychanalytique, Madame serait moins péremptoire. Ce n’est pas du tout obligé que la première relation de la fillette au père soit masochiste. Comme dit précédemment, si l’adulte ne perturbe pas la voie de maturation sexuelle, la fille sera féminine, et cela dès son plus tendre âge. Le désir masochiste chez un enfant est l’indicateur que la résistance du surmoi est déjà en train de pomper la libido destinée, par le ça, au surmoi. Pour régler ce problème clinique qui signe l’efficacité de la clinique avec les enfants, le clinicien se doit de demander aux parents de s’engager dans le traitement de l’enfant. En cas de refus – ce qui est le cas le plus fréquent –, la tendance est que les symptômes de l’enfantaugmentent. C’est pour cette raison que j’avais établi, pour la clinique des enfants et pour toute situation où le patient majeur est diminué et que les parents me contactent, d’inviter vivement ces derniers à prendre rendez-vous avec le psychanalyste. C’est à ce moment que le mot clinique prend tout son sens. Les adultes font des enfants mais ne les assument pas en tant qu’êtres. Dans la grande majorité des cas, la fonction des enfants est d’être symptômes des parents. Seul le psychanalyste est habilité à mettre en place une véritable opération de castration de la jouissance des parents, et maintenant de l’enfant. La fonction de l’adulte, quand il occupe la position de A barré, n’est pas de châtrer. Entendons ici la dimension sadique de l’adulte qui cautionne le fantasme de l’enfant. Un adulte sain, dans la position de A barré, ne tire aucune satisfaction à laisser une enfant fantasmer, voire demander d’être châtrée, et cela pour la simple raison qu’elle est née telle quelle. Avant d’arriver à cette position de fantasmer et de dire qu’elle veut être châtrée, l’adulte se doit de mettre en évidence la beauté et l’opportunité qu’elle a d’être du côté féminin de l’espèce humaine. Une fille qui demande au père d’être châtrée est confrontée à des adultes pris par l’agressivité démesurée et qui n’expliquent pas à la fille que leur haine ne s’adresse pas à elle. Et quand bien même leur haine s’adresserait à elle mais que les raisons de la colère de l’adulte envers l’enfant ne sont pas dites clairement, cela va déplacer la puissance du surmoi – où le père incarne l’Autre barré, un père « aimé et respecté », comme dit le poète –, vers sa résistance, la résistance du surmoi. La fonction de l’adulte est de castrer l’enfant, pas de le châtrer. Il faut prendre la formule du dirigent tchétchène Ramzan Kadyrov – « l’auteur de l’attentat de samedi 12 mai 2018 a grandi et a formé sa personnalité, ses options et ses convictions au sein de la société française, donc toute la responsabilité revient à la France (Le Point 14. V. 2018) – par un autre bout, celui de la responsabilité des adultes à éduquer les enfants selon les lois de la République. Châtrer l’enfant c’est l’empêcher de devenir un adulte, castrer un enfant c’est, en l’aimant et le respectant, limiter les pulsions qui l’animent à son lit, comme il se dit en hydrologie. L’Aggiornamento du désir de l’analyste, forme veloutée du céder sur son désir et qui pousse à la déviance – mot qui se trouve sous la plume d’une dame et non dans le discours de Lacan (L’Hebdo-Blog n° 137, du 13 Mai 2018), va dans le sens de l’abandon de la position du psychanalyste comme celui qui propose et non qui impose, il n’est pas un tyran, la castration comme voie possible pour que la vie de l’être soit ou devienne navigable. Sans castration, l’être se meure, l’être tue. Si l’analyste est un militant du symptôme singulier, le psychanalyste sert la psychanalyse, et la psychanalyse est la clinique de la castration. La première phase évoquée par Deutsch, est déjà fémininement désorientée. Je pense que cette petite fille de la phase supposée par ce qui sans doute aujourd’hui serais appelée l’auteure, s’oriente vers la féminité, voire la masculinité, comme une des voies possibles pour elle, d’exister. Pour l’auteur donc, « La position passive-féminine de la femme (le désir génital que nous connaissons bien comme fantasme de viol) reçoit son explication définitive si nous reportons son début à la formation du complexe de castration. Le désir de castration inaugure, à mon avis, le complexe d’Œdipe de la fille. »[2]. Le désir de castration commence chez la fille dès sa naissance, quand les adultes qui l’entourent l’empêchent d’avoir ce qu’elle n’a pas. Le fantasme de viol est une position passive et amusante sexuellement pour la femme quand elle veut actionner son fantasme pour augmenter ses chances d’orgasme. La connotation passive ici rend l’expérience péjorative donc culpabilisante, ce qui nourrit la résistance du surmoi. Dans la position féminine, l’être est extrêmement actif pour jouer la passive, voire la morte, afin que son partenaire fasse ce qu’il veut de son corps. Comme les claques sur ses fesses, les insultes et le désir d’« être bourrée sans plus », il s’agit d’un plus de jouir. Une fois qu’elle a eu ce qu’elle voulait, l’orgasme, elle ne joue plus. La difficulté pour quelques partenaires, c’est qu’ils veulent faire le bien. Trop de préliminaires, trop d’attentions inhibent, voire tuent le désir féminin. Pour Deutsch, « La ténacité du complexe de castration féminin, avec tous les destins sanglants des organes, que nous rencontrons de façon si étrange dans les analyses de nos patientes s’explique ainsi par le fait que ce complexe ne contient pas seulement le complexe de masculinité, mais aussi l’orientation infantile vers la féminité. »[3]. Le complexe de castration féminin est ce qui empêche, symboliquement, la fille de déconner, à faire la conne,voire devenir folle. Le complexe de castration barre la jouissance, empêche que la libido quitte son lit. Ce barrage commence dès le plus tendre âge de la petite et est assuré par les adultes qui l’entourent. Quand ce complexe est contaminé par la masculinité, ce qu’indique que l’adulte qui l’entoure porte un A barré en pointillé (névrose), ou A troué (psychose) ou non-barré (perversion), effectivement, l’orientation part en vrille, c’est-à-dire, vers la féminité, dans le meilleur des cas. Le sentiment de culpabilité n’a rien à voir avec des « fantasmes féminins masochistes »[4]. Le fantasme masochiste sert, si cela lui chante, pour augmenter et accélérer l’accès à la jouissance pendant le coït. Augmenter parce que la pénétration est agréable, et accélérer parce que c’est agréable de terminer une fois commencée. Le sentiment de culpabilité n’est pas du champ du féminin. Il peut même empêcher la jouissance, preuve de l’action de la résistance du surmoi. C’est elle, et non le surmoi qui force à jouir.

[1] Deutsch, H. (1929), Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité in Féminité mascarade, Seuil, Paris, 1994, p. 220.

[2] Ibid., p. 221.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 223, n. 1.

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