Le féminin et son lien avec la féminité (21)

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Le féminin et son lien avec la féminité (21)

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Fernando de Amorim

Paris, 4 mai 2018

 

 

Dans son article « Formes du complexe de castration féminin » (Ausserungsformen des weiblichen Kastrationskomplexes) et non « Manifestation du complexe de castration chez le femme »[1], Abraham, avec l’esprit de pionnier qui a animé les premiers élèves de Freud, signale l’idée de la fille, à savoir, qu’elle aura à un moment de sa vie un pénis. Il écrit « La petite fille se berce maintenant de l’espoir d’obtenir de son père l’enfant cadeau comme substitut de l’organe qui ne lui a pas été accordé. »[2]. Dans cette mise en évidence du complexe d’Œdipe féminin[3], il est possible de constater que l’entrée du complexe d’Œdipe de la petite fille, se caractérise par cet amour et désir de possession de sa mère, ce qui indique que le féminin n’est pas au rendez-vous. En découvrant que le garçon a un pénis et qu’elle ne l’a pas, la petite pourra, ou non, se sentir lésée. Le fait de se sentir inachevée dépendra du comportement des adultes qui l’entourent. Si l’Autre de la mère chasse le féminin possible – par jalousie ou envie – de sa fille, si l’Autre du père cautionne les élans séducteurs de la petite, ils dévieront cette dernière de la voie féminine. Pour faire vivre son être féminin, la petite sera obligée de créer des artifices pour être dans le monde. La féminité est un de ces artifices, dans des situations plus importantes, la maternité, voire une maternité à tout prix, ou encore, l’habilitation à écouter des gens qui souffrent, c’est-à-dire, devenir psy ou analyste, comme il se dit justement en société. Dans la voie phallique imaginaire, l’enfant, le titre de psy ou d’analyste, comme la maternité, seront des résolutions matérielles d’un problème phallique initié dans l’enfance de la fille devenue femme. En devenant analyste ou psy, elle a du pouvoir envers d’autres personnes, en devenant mère elle s’aliène et aliène l’enfant davantage car elle n’a pas été castrée avant de devenir mère. Vouloir se marier avec son père n’introduit pas la fille dans la voie féminine, elle l’en dévie. Ni le père, ni la mère ne doivent être un idéal pour la fille, si leur visée est de l’aider à construire une position féminine. La fonction de l’adulte n’est pas de nourrir la position de modèle pour l’enfant car, tout naturellement, l’enfant le fera puisqu’il a besoin d’un appui, d’un levier pour devenir adulte. En revanche, il n’a pas besoin que l’adulte, par carence amoureuse ou volonté narcissique, se mette dans la position de maître. L’admiration, par la fille, de la féminité de sa mère ou de la masculinité de son père, signale l’installation d’une identification phallique, donc que la castration symbolique n’est pas encore au rendez-vous, mais que la rivalité s’installe et parfois, dans quelques situations elle dégénère en haine, haine du compagnon, de l’enfant, du patient. La fille peut garder son père en elle en se masculinisant, en devenant, imaginairement, mère de l’enfant du père ou en se refusant catégoriquement de devenir femme. En attendant le cadeau du père, un cadeau-enfant, beaucoup des filles deviennent femmes et dirigent leur vie à la recherche, la quête ou la conquête de ce cadeau. Cet enfant peut prendre des formes multiples. Je me limiterai à la formation de l’analyste pour étayer ma réflexion. Lacan, en affirmant que « la terminaison de la psychanalyse dite superfétatoirement didactique, c’est le passage en effet du psychanalysant au psychanalyste »[4] – quand mon expérience montre qu’à la sortie de la psychanalyse nous trouvons un sujet, pas un psychanalyste, et que nous avons un psychanalyste quand un psychanalysant devient sujet –, laisse la porte ouverte à ce que des femmes utilisent la position d’analyste pour matérialiser leur cadeau. Elles n’ont pas un enfant du père mais elles sont des analystes. Ce qu’elles sont vraiment. Elles sont analystes mais pas encore psychanalyste. Ce semblant phallique vient signaler que la castration symbolique n’est toujours pas au rendez-vous. De là l’importance que la psychanalyse personnelle des analystes soit sans fin, c’est-à-dire, le temps qu’elles, en particulier, et tous les analystes en général, reçoivent de patients, histoire de protéger les patients et la psychanalyse de leur envie Penisneid. La psychanalyse sans fin du psychanalyste, selon la proposition de Freud, est une solution qui pourra pousser l’analyste à construire sa position de psychanalyste. La dimension phallique chez la femme-analyste semble indiquer que la position d’analyste est comparée à un cadeau, autorisée par soi-même pour résoudre son Œdipe par la présence, manutention et dureté du phallus imaginaire. Avec la psychanalyse sans fin, l’être aura plus de possibilité d’accéder à la position vraie de psychanalyste, position de manque, dans la clinique comme dans la vie. Le désêtre a ouvert la voie à la tristesse d’une position, celle de psychanalyste, qui peut exister avec esprit. Bien évidemment, je ne critique pas la position de Lacan. Hier comme aujourd’hui, il a toujours été seul : personne, de la carrure du psychanalysant, pour assurer sa psychanalyse, personne pour l’aider à porter la psychanalyse. Ma critique vise, sans détour, les arrogantes, les méchantes qui se servent de la danse, du swingue du désir comme une arme et de la psychanalyse comme bouclier contre leur propre désir. C’est à partir du manque qu’il est possible de voir naître le Phallus symbolique, et l’être qui viendra, souriant, avec. L’analyste triste est la preuve de la présence incarnée du phallus imaginaire. La position clinique, comme substitut d’un enfant, est l’incarnation d’un pouvoir phallique, est un cadeau, un cadeau empoisonné. Cadeau empoisonné pour l’analyste, pour la psy, mais surtout pour tous ceux qui lui rendent visite, et payent, pour construire des voies Autres pour leur existence. Si je peux être d’accord avec Abraham sur la tendance passive[5], je ne peux pas le suivre sur le « désir féminin passif intense »[6]. Cette tendance passive est du champ de la mascarade, du symptôme, de l’inhibition, de l’angoisse. Le désir féminin n’est jamais passif. Il est certainement intense. De là l’horreur, voire la panique, que le féminin peut provoquer.                   

 

 Passivité féminine

Caractère féminin

Sexualité féminine

L’essence de la féminité

L’hystérie féminine

Rôle féminin

Désir féminin

L’être féminin

Frigidité féminine

Idéal de la féminité

Castration féminine

Enigme de la féminité

Vie féminine

Sexe féminin

Etre purement féminin

Essence de la féminité (le masochisme ? p. 348, de alain delrieu)

Féminin passif

Surmoi féminin

Attitude féminine

 

 

féminin

1896a (1) p.58-59, (2) p. 120 : l’hérédité et l’étiologie des névroses

1896b (1) p. 62, (2) p. 124 : nouvelles remarques sur les psychoses de défense

1905d ; p. 161-62 n.1 de 1915 : trois essais sur la théorie de la sexualité

1908a p. 154 : les fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité

1910c (1) p. 112, (2) p. 121 : Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci

1913i ; p. 194 : La disposition à la névrose obsessionnelle

1914d (1) p. 134, (2) p. 102 : Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique

1916-17 ; p. 307 : Introduction à la psychanalyse

1918a p. 75-76 : Le tabou de la virginité

1919e ; p. 231 : Un enfant est battu

1928b (1927) p. 170 : Dostoïevski et le parricide

1930a ; p. 58.n. 1 : Malaise dans la civilisation

1931b ; ; p. 143; p. 150-51 : Sur la sexualité féminine

1933a ; (1932) p. 140; p. 155-56; p. 171-72-73; p. 175-76 : nouvelles conf. d’introduction à la psychanalyse

1937c p. 267 : l’analyse avec fin et l’analyse sans fin

1940a (1938) p. 59 : abrégé de psychanalyse

1950a (6 12 1896) p. 158 : la naissance de la psychanalyse

1976 p. 253 : minutes société psychanalytique de vienne (I) et de la cocaïne

1978a (23 2 1910) p. 421-22 : Minutes (II)

 

féminité

1905d p. 164 : 1905d ; p. 161-62 n.1 de 1915 : trois essais sur la théorie de la sexualité

1913i p. 195 : la disposition à la névrose obsessionnelle

1915c ; (1) p. 35-36 ou (2) p. 179 : Pulsions et destins des pulsions

1933a (1932) p. 141 : Nouvelles coférences d’introduction à la psychanalyse

1937c p. 266-67 : : l’analyse avec fin et l’analyse sans fin

1950a (14 11 1897) ; p. 237 : la naissance de la psychanalyse

1960 (23 10 1883) p. 87.; (15 11 1893), p. 87 : correspondance

 

 

LACAN

 

Féminin

 

Sem 6 : 4 3 1959 : horreur de la féminité

Sem 14 : 24 5 1967: jouissance féminine

Sem 17 : 20 5 1970 : jouissance féminine

Sem 18 : 17 2 1971 : élucubration féminine

Sem 20 : 9 1 1973 : jouissance féminine ; jouissance supplémentaire : 20 2 1973

Sem 20 : 10 4 1973 : jouissance féminine (infini)

 

 

Féminité

 

0 ?

 

[1] Abraham, K. (1920), Manifestation du complexe de castration chez la femme, Œuvres complètes, II, Payot, Paris, 1965, p. 116.

[2] Ibid., p. 120.

[3] Ibid.

[4] Lacan, J. p. 23.

[5] Ibid., p. 140.

[6] Ibid.

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