Le féminin et son lien avec la féminité (20)

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Le féminin et son lien avec la féminité (20)

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Fernando de Amorim

Paris, 2 mai 2018

 

 

Freud, dans son texte intitulé « De la sexualité féminine », affirme que « La voie menant au développement de la féminité est maintenant rendue libre pour la fille, dans la mesure où elle n’est pas gênée par les restes de la liaison préœdipienne à la mère, qui a été surmontée »[1]. La féminité à laquelle Freud fait référence était donc déjà prête, enveloppée, et maintenant, elle est rendue libre. Cependant, il me semble que cette liberté de la féminité ne rend pas la construction du féminin possible pour la fille. Il me semble plutôt que la féminité obnubile, voire empêche le féminin d’exister. C’est par le processus de castration, grâce à la construction en psychanalyse, que l’être pourra construire ou reconstruire le féminin en elle. Ce féminin sera le gain de la position qu’elle occupera, en tant que sujet, à la sortie de sa psychanalyse (Cf.http://www.rphweb.fr/details-proposition+d+une+cartographie+de+la+clinique+avec+le+malade+le+patient+et+le+psychanalysant+a+l+usage+des+medecins+psy-140.html). Dans cette phrase de Freud, selon mon interprétation, la féminité est le puissant porte-drapeau du phallus imaginaire. Elle est la preuve que l’être a surmonté sa haine enveloppée, envers sa mère, en développant sa féminité. Il n’y a pas, dans la féminité, acte de castration de la fille en relation à sa mère. La féminité est le résultat d’une lutte acharnée de la fille pour sauver les meubles du féminin en elle. Freud écrit : « une bonne partie de ses tendances sexuelles en général est durablement endommagée »[2]. Dans cette logique, la féminité est aussi la preuve des plumes laissées par la fille pour s’extirper du désir de l’Autre – incarné par la mère, par le père ou par n’importe quel autre adulte de son entourage – indépendamment du fait que le désir de l’Autre soit névrosé, psychotique ou pervers. Encore Freud : « Si l’on pose maintenant un regard d’ensemble sur la partie ici décrite du développement sexuel féminin, on ne peut repousser un certain jugement sur la féminité dans son entier. »[3]. La féminité (« der Weiblichkeit[4] »), est ce qui caractérise le plus la femme. Quant à son développement sexuel féminin (« weiblichen Sexualentwicklung »[5]), ou la fille continue sa féminisation sans être dérangée par les adultes qui l’entourent ou elle se féminisera pendant sa psychanalyse. La féminité toute entière de la femme est la preuve qu’elle porte le drapeau du phallus imaginaire ou qu’elle l’utilise comme arme de protection contre l’Autre. De toute évidence, dans l’histoire des femmes, le féminin est une partie de l’être qui est dévoilé à leur élu. Le féminin est enveloppé, ce qui suppose qu’il se déroule, s’élargi, se montre, se manifeste en profondeur, dans l’intimité. La féminité est visible, mais dans l’intimité elle se dégonfle, se démasque, se démaquille, montrant ainsi son vrai visage. Parfois, les interventions chirurgicales mal conduites par le chirurgien qui répond à la demande aveuglément, ne font qu’accentuer, en voulant montrer ou accentuer la féminité ou la sensualité de la femme, l’horreur qu’elle voulait cacher. Toucher aux facteurs biologiques, anatomiques ou corporels des femmes par des voies médico-chirurgicales, met en évidence les tendances actives, leur identification à l’homme ou au phallus imaginaire. Ce sont des « voies tracées de la féminité. »[6]. Ces voies n’amènent pas vers le féminin, même si Freud, rêveur, songe « à ce qu’un jour la biochimie nous offre une substance dont la présence provoque l’excitation sexuelle masculine et une autre l’excitation sexuelle féminine. »[7]. Une substance arrangerait celles qui se baladent en pyjama ou en jogging devant leurs époux pour éviter d’être pénétrée. Elle arrangerait aussi ceux qui pensent que juste bander, lui offrir un compte bancaire bien fourni ou un nouvel aspirateur serait suffisant pour qu’elle puisse devenir la putain qu’ils fantasment. Le féminin est une construction où la castration de l’homme et de la femme se rencontrent au nom du manque, donc du Phallus symbolique. Et au nom du manque, dans la rencontre des corps, ce n’est pas la présence du phallus qui fait jouir. Quand les êtres passent aux choses sérieuses, et le sérieux c’est la série, dixit Jacques Lacan, c’est dans les bords des corps qu’ils tirent leur jouissance. Entre le bord en érection et le bord vide.

[1] Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres complètes, Volume XIX, 1931-36, Paris, 1995, p. 24.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Freud, S. (1931), Über die Weibliche Sexualität, G.W., XIV, p. 533.

[5] Ibid.

[6] Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres, Op. cit., p. 24

[7] Ibid.

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