Le féminin et son lien avec la féminité (2)

Retour

Le féminin et son lien avec la féminité (2)

cliquez sur les images pour les agrandir

 

Fernando de Amorim

Paris, 22 mars 2018

 

Dans la brève précédente, j’avais fait la proposition de distinguer l’ignorance féminine qui apaise la femme dans son rapport à l’Autre, indépendamment qu’il, cet Autre, soit troué – comme dans la psychose –, barré – comme dans la névrose –, ou non-barré – comme dans le cas de la perversion, d’avec la folie de la femme qui se caractérise par la souffrance qui déborde en rage, en vengeance, en désespérance ou parce qu’elle ne se prend pas au sérieux. La femme folle présente ce symptôme, indépendamment de la structure, d’une souffrance non-dite car, une fois que la femme dit sa souffrance, qu’elle se sent reconnue, la folie s’évanouie.

 

Enfin, la féminité. Je l’avais mise du côté de l’artifice de la réponse à l’autre. La féminité comme une forme d’attrape-nigaud.

 

Quand la femme interprète ce que l’homme attend d’elle, son comportement attrape-nigaud répond à la demande de l’autre. La relation de séduction c’est de l’attrape-nigaud car, une fois qu’elle a ce qu’elle voulait, elle se néglige. La putain devient déchet, devient Sainte, incarnation de la mère. Comment concilier la putain et la mère en une seule femme ? Cela n’est pas un projet de vie en couple. En revanche, en investissant dans le féminin, la femme se dégage de la position imaginaire du partenaire d’avoir à sa merci un orifice pour jouir et quelqu’un pour nourrir et torcher ces orifices. En  un mot, une maman.

 

Dans la séance de la Société psychanalytique de Vienne du 23 février 1910. Adler, en s’appuyant sur Halban, Kraft-Ebing et Fliess, part du point de vue que « tout être humain est hermaphrodite »[1]. Cet hermaphrodisme se manifesterait, selon l’auteur, soit « directement dans les organes génitaux, soit dans les caractères secondaires, soit dans la vie psychique »[2]. Nous sommes confrontés ici à un féminin articulé à un centre cérébral. Il s’agit d’une lecture médicale en générale, neurologique en particulier, de la femme. Pour Fliess, selon Adler, « ce sont les tendances féminines qui entraînent la maladie chez l’homme »[3]. Si le névrosé entend par féminin « presque uniquement ce qui est mauvais, et certainement tout ce qui est inférieur »[4], il me semble possible de mettre en évidence la responsabilité du psychanalyste d’aujourd’hui d’examiner cliniquement les racines d’un tel discours. Un tel examen se fait à partir de la méthode du transfert et par la technique de l’association libre. J’entends par « méthode du transfert » la manière par laquelle le patient et le clinicien mettent leur désir sur la table – dans le sens chirurgical – clinique pour accueillir et opérer avec les pensées, le corps et les rêves de celui qui souffre. J’entends par « technique d’association libre » l’application respectueuse de la règle fondamentale, qui consiste en ce que celui qui souffre parle ses pensées sans censurer, parle les expressions de son corps toujours sans censurer, et respecte la procédure du travail du rêve qui consiste à 1) raconter le rêve comme un film, 2) dire les images qui attirent son attention et 2b) intituler, comme une peinture, par un mot, ces images et enfin, 3) qu’avec les mots dégagés, il construise une phrase. Cette phrase devra avoir fonction d’interprétation du rêve. Si elle ne l’a pas, le rêveur reprend le chemin des associations libres.

 

Il est vrai qu’il y a du passif chez le féminin. Cette passivité est due à une assurance d’être à sa place. Cette passivité est un mot masculin pour interpréter de manière erronée ce qui, chez l’être accompli, terminé, donc féminin, est une cadence, un mouvement qui lui est propre. Il s’agit plutôt d’un mouvement rythmé par un désir qui a trouvé son objet et qui circule, en spirale et à son rythme. Femelle, femme, féminité, sont des moments avant que, castré, l’être puisse devenir féminin. Castrer la femme c’est la rendre féminine. Et ce processus passe inévitablement par l’Autre barré.

 

Si « l’enfant féminin », voit son idéal dans l’homme[5], c’est parce que cette enfant a affaire à un homme qui n’est pas sujet dans son rapport à la castration féminine – il ne désire pas le manque féminin, il le hait – et donc cet homme attire l’enfant féminin du côté d’une identification à son phallus imaginaire à lui, celui de la masculinité. Une telle logique nourrie chez les filles un sentiment d’infériorité qui n’aurait pas lieu d’être si les adultes appuyaient sa condition féminine et sa féminité.

 

En réaction à Oppenheim et à Tausk, est-il possible de savoir ce qui est féminin « au sens psychologique » ?[6] Non, parce que le psychologique n’effleure même pas le cœur de l’affaire. Ils, comme tant d’autres disciples des sciences dites humaines, peuvent s’exprimer sur les femmes, les femelles, la féminité, mais pas sur le féminin. Et ici, Friedjung, Freud et Lacan ont mis en évidence la dimension de jouissance qu’il est possible de tirer à nourrir le symptôme qui empêche des femmes de devenir féminines.

 

Il nous faut contester qu’inévitablement les filles auront un idéal masculin[7]. Une fille qui a un idéal phallique imaginaire souffre. Un sujet féminin possède, par sa condition, un phallus symbolique. Cette possession est le résultat de a) la castration du phallus imaginaire, b) le vécu du manque et c) la construction de sa vie à partir et avec ce manque. Vivre avec le manque sans que cela produise de la souffrance est l’expression du phallus symbolique chez le sujet féminin.

 

C’est un auteur comme Steiner qui cadre les membres de la réunion en disant : « En ce qui concerne la conférence, il faut distinguer entre dogmes et hypothèses ; Adler n’a pas réussi à nous apporter les preuves [à savoir, que « la tendance appartenant au sexe opposé semble se présenter comme une composante de la pulsion sexuelle et est plus ou moins condamnée à l’atrophie ou à la sublimation »[8], et que « la disposition à la névrose réside dans un sentiment d’infériorité »[9]]. Dans les circonstances actuelles, il n’est pas faux de poser comme un dogme l’infériorité de ce qui est féminin »[10].

 

La question du féminin mérite une lecture plus poussée. Elle doit, du point de vue méthodologique, s’orienter vers la mise en tension de la clinique d’aujourd’hui, c’est-à-dire avec des psychanalysantes et des cliniciens dans la position de supposé-psychanalystes, selon ma cartographie. Hors de ce registre, me semble-t-il, toute interprétation de la vie psychique des femmes serait dogme, hypothèse, spéculation.

[1]Les premiers psychanalystes, Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, II, 1908-1910, Gallimard, 1976, p. 414.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4]Ibid., p. 415.

[5] Ibid., p. 415.

[6] Ibid., p. 419.

[7] Ibid., p. 420.

[8]Ibid., pp. 414-415.

[9]Ibid., p. 415.

[10] Ibid., p. 420.

Contactez-nous