Le féminin et son lien avec la féminité (18)

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Le féminin et son lien avec la féminité (18)

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Fernando de Amorim

Paris, 29 avril 2018

 

 

Freud écrit : « La femme reconnaît le fait de sa castration et par là-même la supériorité de l’homme et sa propre infériorité, mais elle se rebelle aussi contre cet état de choses désagréables. ». Une femme qui reconnaît le fait de sa castration, est dans une position féminine. Le fait qu’elle reconnaît la supériorité de l’homme, ne doit pas être entendu comme une soumission mais comme une reconnaissance excitante pour elle. Cette supériorité n’est pas dû à l’homme en tant que tel, mais à son Phallus symbolique – permanent – ou à son phallus imaginaire – fugace, le moment d’une baise –, ou évanescent le temps d’un mariage pour tous. Quand il s’agit du premier, les femmes tendent à rester et à faire mariage. Quand il s’agit des autres, ça fait couple le temps que le phallus imaginaire tiendra son érection. Dans la position féminine, elle sait reconnaître la mascarade masculine. Dans la position féminine, elle ne se sent pas inférieure. Elle se sent elle, et cela sans sentiment envieux ou jaloux puisqu’elle possède le nécessaire, et quand elle manque, elle cherche et trouve chez son partenaire. La rébellion d’une femme ne concerne pas la castration mais la privation ou la frustration imposée par l’Autre social ou l’autre qui se prend pour l’Autre, à savoir, son mari, son frère. Le féminin exige de la femme une séparation avec ces autres, et surtout avec ceux qui sont, dans la grande majorité des cas, les plus intimes, à savoir père et mère. Les luttes féministes se cassent les dents dans leurs revendications parce qu’elles confondent le droit féminin avec la lutte phallique. Freud, en écrivant sur les « trois directions de développement », exprime ce qui suit : « Ce n’est qu’un troisième développement, avec bien des détours, qui débouche sur la configuration finale normale pour une femme, configuration que prend le père pour objet et trouve ainsi la forme féminine du complexe d’Œdipe. ». Il faut entendre le père ici comme le Phallus symbolique car, comme avancé plus haut, la séparation d’avec ses parents, dans l’imaginaire, dans le réel et dans le symbolique, signe la réussite pour une femme de lire sa vie à partir de la chute – « Der Untergang », comme écrit Freud – de son complexe d’Œdipe. Si le lecteur part, avec Freud, des trois directions à laquelle la fille se confrontera « pour se détourner de la mère », comme résultat « de l’effet du complexe de castration sur la créature sans pénis » – « a) celle de la cessation de toute la vie sexuelle ; b) celle de la suraccentuation, empreinte de défi, de la masculinité ; c) les amorces de la féminité définitive. » –, il me semble possible de dire qu’elle restera hors du registre du féminin, et cela parce qu’il n’y a pas de castration symbolique du phallus imaginaire. Dès le départ des trois directions envisagées, elle est traitée, probablement par l’adulte qui ne l’aide pas à reconnaître son sexe, comme un être inférieur car, au contraire de mettre l’accent sur la présence du vagin, l’accent est mis sur l'absence du pénis chez elle ou sur la possibilité d’un substitut d’un pénis, qui est le clitoris. Or, un clitoris n’est pas un sous-pénis. Un clitoris est un lieu de plaisir selon le témoignage de nombreuses personnes du sexe féminin. La lecture freudienne oublie de signaler qu’avec ou sans pénis, l’être parlant est privé structurellement. Dans les trois directions, il n’y a pas de castration symbolique. La fille se trouve avec des directions imaginaires : a) elle se prive de la vie sexuelle ; b) elle s’identifie au phallus imaginaire ; c) elle incarne le phallus imaginaire dans la « féminité définitive ». Cette féminité définitive est la preuve que l’être n’a pas réussi à se féminiser, à devenir féminin. Pendant que dans la position féminine l’être fait usage de ses attributs, dans la féminité définitive, l’être joue de ses artifices pour attirer l’autre, de n’importe quel sexe, afin de le conquérir ou pour prouver sa puissance. Au contraire de pousser ou de laisser la petite fille dans l’attente d’avoir aussi un jour un organe génital masculin, de la laisser persister obstinément dans une telle voie, la fonction de l’adulte est, dès l’apparition de ces manifestations normales d’avoir ce qu’elle n’a pas, – d’avoir l’impossible –, de commencer la vraie éducation de l’être, à savoir, la castration. De l’attente à l’espoir, toute une vie peut s’écouler. Plusieurs femmes passent à côté de l’amour, de la maternité, parce que, dès le plus tendre âge, quelqu’un n’a pas assumé la position de grand Autre barré pour lui offrir la possibilité de la castration symbolique de son imaginaire. La mère a cette responsabilité de féminiser la petite fille. Quand elle n’occupe pas cette position, il faut que quelqu’un puisse l’alerter de son immense responsabilité à castrer sa fille. En d’autres termes, grâce à l’aide d’un quelqu’un, que la mère puisse se raviser – au XIIIe siècle ce mot voulait dire réfléchir, résister à une fâcheuse impulsion –, c’est-à-dire, se castrer de son désir à tenir la petite fille comme son phallus imaginaire. Quand quelqu’un, le père, une amie, le psychanalyste, ne réussit pas à la raisonner, la féminité sera la solution que trouvera la fille pour indiquer qu’elle n’est pas castrée du désir de l’Autre de structure névrotique, psychotique ou perverse.

 

Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres complètes, Volume XIX, 1931-36, Paris, 1995, p. 9.

Freud, S. (1931), über die weibliche Sexualität, G. W., XIV, p. 518.

Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres complètes, Volume XIX, 1931-36, Paris, 1995, p. 11.

Freud, S. (1931), De la sexualité féminine, Œuvres complètes, Volume XIX, 1931-36, Paris, 1995, p. 14.

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