Le féminin et son lien avec la féminité (17)

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Le féminin et son lien avec la féminité (17)

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Fernando de Amorim

Paris, 28 avril 2018

 

 

 

Pour que la fille puisse devenir féminine, il lui faut traverser, comme on traverse une mer, son Œdipe. Freud reconnaît que, si la rivalité de la fille envers son père existe, elle n’atteint jamais le même degré que chez le garçon. L’amour de la mère étant, à cette période, le phallus désiré par les trois protagonistes. Si la mère cède de sa position phallique pour devenir objet de désir, la fille pourra s’identifier à cet objet de désir et non s’identifier au phallus incarné par la mère. Si la mère cède de sa position phallique pour devenir objet de désir, l’homme pourra la désirer, s’il s’agit d’un homme castré symboliquement, et pas jalousé de ses enfants. La féminité, comme position phallique d’identification de la fille au phallus et non à l’objet de désir incarné par une mère castrée symboliquement, peut soutenir la souffrance représentée par le symptôme, qu’il s’agit de symptôme névrotique, psychotique ou pervers. Le lecteur a déjà remarqué mon désaccord avec l’hypothèse de bisexualité. Freud insistera et dira même qu’elle « ressort beaucoup plus nettement chez la femme que chez l’homme ». Certes, elle ressort plus nettement chez les femmes mais pas par les raisons fliessiennes invoquées. La bisexualité est une indécision de l’être pour ne pas être castré, et cela indépendamment du sexe. Elle est donc la preuve que l’Œdipe n’a pas été traversé. Si la bisexualité est plus importante chez les femmes cela est lié à a) son intimité, depuis sa plus tendre enfance, liée à la proximité anatomique entre le clitoris, le vagin et l’anus et les stimulations journalières produites par les soins hygiéniques ; b) l’intimité avec l’absence du phallus imaginaire, incarné par le pénis, depuis son enfance, et la réaction méprisante des adultes ou des petits mâles pris par l’angoisse d’être privés, donc dans le réel, de leur organe, et enfin c) au piment compensatoire que la femme introduit dans son activité sexuelle quand elle fait appel à une partenaire dans sa parade sexuelle, voire dans l’acte proprement dit. Il faut signaler qu’il est plus aisé pour une femme d’introduire dans son fantasme érotique une autre femme que l’homme fantasmé d’un autre homme, sauf s’il est névrosé ou homosexuel. Pour l’être féminin, introduire fantasmatiquement une femme dans son scénario vise le plus, le piment évoqué précédemment, pour augmenter le plaisir et l’excitation sexuelle. Le clitoris n’a rien de masculin. En revanche, quand, plusieurs fois dans la journée, un adulte nettoie en passant un gant, pas forcément de manière intentionnelle, de l’anus vers le vagin, puis le clitoris ou du clitoris, en passant par le vagin jusqu’à l’anus, cela produit des excitations qui ne peuvent qu’érogénéiser toute cette région corporelle. Ce n’est pas le vagin qui est féminin, c’est toute cette région que la petite fille cherchera, si personne ne perturbe sa maturation féminine. Ensuite, le féminin prendra le reste du corps. C’est pour cette raison que, prise par leur féminin, quelques-unes sourient jusqu’aux oreilles. Elles jouissent, comme avait si bien dit, de manière intuitive mais sans théoriser, Duras. Des paroles douces, des manteaux, de l’argent ou des fleurs ne suffisent pas à féminiser un être. Il lui faut surtout de la castration symbolique, suivie des traits secondaires cités plus haut. L’une n’empêche pas les autres. Ce qui se passe dans l’enfance de la fille – qu’il s’agisse de la manière dont sont corps est pris en charge par l’adulte et comment ce dernier en prendra soin et lui en parlera – jouera un rôle majeur dans son avenir de femme, et pas uniquement une génitalité liée au clitoris. Il faut mettre en évidence les efforts que doit faire une petite fille pour que le féminin chez elle soit reconnu comme spécificité propre à son sexe par les adultes et par les petits mâles angoissés. Son comportement actif, agité, inquiet est la preuve qu’elle est obligée de faire plus que nécessaire pour exister. Si cela n’est pas nécessaire, grâce aux adultes qui l’entourent, ses craintes et angoisses auront un statut équivalent à ceux des garçons, c’est-à-dire, non pathologique, et seront résolues par des paroles d’apaisement des parents. Un « clitoris viril » n’est que l’expression des efforts supplémentaires que la fille met en place pour signaler le danger que courre le féminin en elle. Elle commence à mettre en place ici une position virile qui pourra se transformer dans l’avenir en position de femme-masculine, femme-agressive, en femme phallique ou femme fatale. Le psychanalyste n’a pas à savoir comment les « particularités de la femme se fondent biologiquement ». Il opère quand une femme en souffrance vient lui rendre visite indépendamment de la biologie, ce qui ne signifie pas qu’il ne prend pas en compte les facteurs médicaux et sociaux de l’être. Jusqu’à présent, la clinique psychanalytique a enseignée que le désir de l’Autre – qu’il soit entre-barré (névrose), troué (psychose) ou sans barre (perversion) – peut altérer la génétique, paralyser la physiologie, handicaper l’anatomie. Ce sont des psychanalysants qui enseignent à cette clinique du signifiant que, ce n’est pas parce que quelqu’un est atteint d’une maladie génétique qu’il ne peut pas se sentir sourire, alors même qu’il n’a pas de muscles faciaux ; ou que cette autre, qui a son bras inexplicablement rigide, ne pourra pas découvrir, sur le divan que, certes son père en se baladant nu à la maison montrait son désir exhibitionniste – qu’un rêve vient lui apprendre sur son désir à elle de prendre le sexe de son père dans la main et le caresser jusqu’à qu’il devienne dur ; enfin ce n’est pas parce qu’elle n’a qu’une seule jambe qu’elle ne peut pas créer, à partir de son désir, toujours à partir d’une construction dans sa psychanalyse, une manière de vivre Autrement. Le « A » en majuscule vient signaler que ces constructions ne nient pas le réel, mais que, dans la position de sujet, l’être surfe dans la vie avec ce qu’il a.

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